L’émigration clandestine, la harga, reste encore et toujours un sujet d’actualité en Algérie. L’annonce, avant-hier, du « sauvetage » de 485 personnes « lors d’opérations distinctes menées dans les eaux territoriales algériennes par des unités des Garde-côtes durant la période allant du 15 au 19 septembre » vient le rappeler à tous ceux qui ne veulent pas voir l’ampleur de ce phénomène. Ainsi, le nombre de tentatives de rallier les côtes espagnoles et italiennes ne cessent d’augmenter.
Si, le communiqué du ministère de la Défense nationale évoquait des opérations « de recherche et de sauvetage » sur les trois façades maritimes (Est, Ouest et Centre), la harga englobe, faut-il le rappeler, les bilans macabres. Disparitions et corps rejetés par la mer sont à chaque fois liés à ces opérations clandestines. Un état des lieux qui aurait dû être un frein pour calmer les ardeurs des candidats, mais, hélas ! Ces sauvetages, les arrestations en découlant et la lutte contre les « réseaux spécialisés dans l’organisation de traversées clandestines en mer » sont loin d’être suffisants.
Le constat a été fait depuis longtemps, et il est indispensable d’opter pour d’autres procédures devant rassembler d’autres acteurs que ceux de la justice, des services de sécurité ou des Garde-côtes. Cette approche a montré ses limites, alors qu’en face la harga prend de plus en plus d’ampleur, que ce soit en nombre ou dans la forme. Depuis plusieurs mois, il n’est plus question uniquement de jeunes chômeurs ou de « désœuvrés ». Des femmes, des vieux, des enfants prennent régulièrement ces embarcations de la mort.
L’approche ne peut être qu’en amont. Un travail de sensibilisation s’impose et devrait impliquer plusieurs acteurs. Tout le monde est concerné par la harga, et certains plus que d’autres. Combien de sociologues se sont impliqués dans des études de ce phénomène ? Combien de médias se sont concentrés dessus en deçà des émissions vides ? Pourtant, ils ont du temps pour se pencher sur la harga. Cette dernière, sous sa forme d’embarcations de fortune, a réellement démarré lors du réveillon de 2007, à partir de Annaba. Des centaines de harragas avaient défrayé la chronique dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Elle était annonciatrice de la déferlante qui s’ensuivra. Près de 14 ans après, la « riposte » reste encore aux chiffres des communiqués et aux constats désapprobateurs.