Au cœur des revendications des chômeurs des wilayas du Sud, qui n’ont eu de cesse de dénoncer leur exclusion des offres d’emploi émises par les entreprises qui y activent au profit de candidats issus des wilayas du Nord, le recrutement de travailleurs obéira désormais à plus de «rigueur géographique». Le gouvernement a décidé d’afficher une fermeté dans le placement des travailleurs qui passe par les antennes locales de l’Anem.

En effet, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, a affirmé jeudi à Alger que des mesures «rigoureuses» et «sévères» seront prises dans le cadre de la loi contre tout agent administratif dont sont établis la mauvaise gestion et le non-respect des règles d’équité et de transparence dans les opérations de recrutement.
Des mesures «strictes» seront prises dans le cadre de la loi contre «tout agent administratif dont sont établis la mauvaise gestion et le non-respect des règles d’équité et de transparence en vigueur ainsi que des instruments juridiques encadrant le marché de l’emploi, que ce soit dans les wilayas du Sud ou autres», a précisé le ministre lors d’une plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN) consacrée aux questions orales.
Affirmant qu’il sera intransigeant à l’égard des auteurs de ces dépassements, M. Zemali a fait état de sanctions déjà prises, sur la base de preuves et de faits matériels, à l’encontre de cadres et de fonctionnaires ayant enfreint les règles de transparence dans la gestion des offres d’emploi.
Concernant la seule wilaya de Ouargla qui connait des contestations des chômeurs depuis 2004, M. Zemali a fait état de «l’établissement, jusqu’au mois d’octobre 2018, de 1859 PV d’infractions à l’encontre d’entreprises et de sociétés pour défaut de communication, aux organismes habilités, des postes vacants». Les chômeurs de cette wilaya riche en hydrocarbures avaient demandé à maintes reprises l’envoi d’une commission d’enquête nationale pour faire la lumière sur les placements des chômeurs dans les compagnies pétrolières par l’antenne locale de l’Anem.
Les services de l’Inspection générale du travail ont intensifié les opérations de contrôle dans le cadre du suivi de la mise en œuvre de l’instruction du premier ministre, notamment en ce qui concerne le recrutement direct par les sociétés et les entreprises exerçant au Sud, a-t-il ajouté.
Il a rappelé, à cet effet, la mise en place, en 2013, d’un dispositif spécial de gestion de l’emploi dans les 10 wilayas du Sud, y compris Ouargla, et ce, en application de l’instruction du Premier ministre du 11 mars 2013 prévoyant plusieurs mesures visant essentiellement à garantir une gestion transparente et rigoureuse du marché de travail dans les wilayas du Sud, étendue, par la suite, aux wilayas des Hauts-plateaux.
Cette instruction consacre, a-t-il ajouté, deux principes essentiels : donner la priorité aux populations de la région dans l’accès aux postes d’emploi offerts par les entreprises et les sociétés exerçant dans la wilaya et obtenir l’autorisation du wali pour tout recrutement à effectuer en dehors de la wilaya, en cas de non disponibilité de compétences requises dans la wilaya concernée. Une mesure prise, rappelons-le, au lendemain de la marche historique organisée dans cette wilaya par les chômeurs le 15 mars 2013. Une marche qui a mobilisé près de 10 000 personnes dont la plupart sont des demandeurs d’emploi. La réussite de cette action ainsi que d’autres menées à Laghouat, El Oued et Ghardaia ont poussé les pouvoirs publics à revoir le fonctionnement des agences de l’Anem.
Ces mesures interdisent aux entreprises, qu’elles soient privées ou publiques, de recruter du personnel notamment pour les postes qui ne demandent pas une grande qualification sans passer par le bureau local de l’Anem. En clair, les entreprises ou tout autre employeur doit déposer son offre d’emploi au bureau local de l’Anem qui sera chargera de lui choisir des candidats potentiels. Il est strictement interdit de recruter des travailleurs sans passer par l’Anem.
Une méthode applaudie par les chômeurs qui se plaignent du favoritisme qu’exercent notamment les directeurs d’entreprises publiques dans le choix des candidats à l’emploi. Toutefois, les chefs d’entreprises privées contestent cette méthode qui handicape, selon eux, les opérateurs du recrutement et les empêche de faire une sélection selon leurs besoins. Le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE) a, par exemple, revendiqué une plus grande flexibilité dans le recrutement du personnel. n*