L’Organisation internationale du travail (OIT) a publié lundi une étude sur l’évolution des écarts de salaires entre travailleurs migrants et non-migrants. Le rapport, également repris par le site officiel de l’ONU, conclut notamment que l’écart de salaire moyen des «travailleurs migrants» est en moyenne 13% inférieurs par rapport aux rémunérations des travailleurs locaux. Les principales causes avancées seraient la nature des emplois occupés par les nouveaux arrivants, l’ancienneté sur le marché du travail, mais aussi le manque de mécanismes de reconnaissance des qualifications. Une situation à laquelle s’ajoute également la crise sanitaire actuelle. La description du rapport proposée sur le site de l’OIT explique en ce sens que «la pandémie a eu des effets sanitaires et économiques plus importants sur les travailleurs migrants», des dizaines de millions d’entre eux «ont été contraints de rentrer chez eux après avoir perdu leur emploi».
Etude qui souligne ainsi que l’inégalité salariale des migrants «s’est creusée» ces cinq dernières années dans plusieurs pays classés parmi les «pays à revenu élevé». Les pays où les écarts sont les plus importants seraient ainsi, selon l’OIT, Chypre avec (42,5%), Slovénie (33,3%), Costa Rica (30,1%), Italie (29,6%) ou encore Jordanie (29,5%). L’agence onusienne, basée à Genève, ajoute par ailleurs que la tendance est à l’aggravation depuis ces dernières années, «au Portugal, l’écart salarial est de 29% contre 25% en 2015 et, en Irlande, il est de 21% contre 19% en 2015». La moyenne dans les pays de l’Union européenne (UE) serait quant à elle plus modérée, proche des 9%.
Quant aux causes de ces différences de traitement, Michelle Leighton, à la tête du service des migrations de main-d’œuvre de l’OIT, fait savoir que les principales sources d’inégalités de traitement sur le marché du travail se situent, notamment au niveau des possibilités d’accès à l’emploi et à la formation, en termes de conditions de travail, mais aussi en ce qui concerne la sécurité sociale et les droits syndicaux. Le même responsable estime en ce sens que «les travailleurs migrants jouent un rôle fondamental dans de nombreuses économies. Ils ne peuvent pas être considérés comme des citoyens de seconde zone».
Etude de l’OIT qui met par ailleurs en avant la tendance des pays en voie de développement, «à bas revenu et à revenu intermédiaire» à recourir aux ‘expatriés’ au détriment de leurs travailleurs locaux. Il est ici précisé que les «travailleurs migrants» sont généralement «des expatriés temporaires hautement qualifiés», leurs salaires seraient en moyenne 17,3% plus importants que ceux des travailleurs non migrants à compétence équivalente. Une situation à l’opposé de celle des «travailleurs migrants» dans les pays à «revenu élevé» où, selon le rapport, «ils sont davantage susceptibles d’occuper des emplois peu qualifiés et mal rémunérés qui ne correspondent pas à leur formation ni à leurs compétences, ce qui pourrait indiquer une discrimination au cours du processus de recrutement».
Ainsi, l’OIT explique à titre d’exemple qu’aux Etats-Unis et en Finlande «les parts des travailleurs migrants ayant un niveau d’études secondaires sont respectivement de 78 et 98%» alors que «la part des travailleurs migrants dans les emplois hautement ou semi-qualifiés n’est que de 35 et 50%». L’une des principales explications pour les auteurs du rapport serait le manque de «mécanisme reconnaissant les qualifications des travailleurs migrants». Le même rapport avançant également pour preuve que les travailleurs migrants sont plus susceptibles «d’occuper un emploi précaire» dans le secteur primaire (agriculture, pêche et foresterie) ou secondaire (mines et carrières, production manufacturée, électricité, gaz et eau, et construction).
La nature des contrats serait, elle aussi, en défaveur des «travailleurs migrants» dans les pays à revenu élevé, «près de 27% d’entre eux ont des contrats temporaires et 15% travaillent à temps partiel», une situation qui serait encore plus marquée pour les «travailleuses migrantes». L’écart de rémunération entre «les nationaux hommes et les femmes migrantes» dans les pays à revenu élevé, est ainsi estimé par l’OIT à près de 21% en termes de salaire horaire. <