La violence en Afrique et les moyens que peut avoir la littérature romaneasque pour raconter cette douleur est la thématique centrale abordée par l’écrivain et chimiste congolais Emmanuel Dongala, lors de son intervention au stand Esprit Panaf, situé cette année au pavillon central de la 23e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA).

Le romancier congolais a parlé également de son parcours littéraire en illustrant son témoignage avec son cinquième roman intitulé «Johnny chien méchant», publié en 2002. Cette oeuvre est, selon Emmanuel Dongala, le premier travail où il se concentre sur des faits réels. «Ce roman est unique en son genre. C’est le premier qui ne sort pas totalement de mon imagination. Il raconte des faits réels sur des événements que j’ai vécus durant la guerre civile qui a touché mon pays à la fin des années 1990», a-t-il souligné. «J’ai dû quitter mon pays après les horreurs et toutes les injustices auxquelles j’ai assisté. Durant cette période, j’ai perdu toutes les personnes qui m’étaient chères, dont mes parents et mes amis.» L’intervenant a également avoué que tous les événements qu’il raconte dans son roman «ont été très éprouvants et douloureux. Malgré cela je l’ai écrit assez vite. Mais la douleur est, d’ailleurs, toujours en moi». Emmanuel Dongala confiera, également, aux présents que c’est la relation qui le lie avec l’auteur américain Philip Milton Roth qui l’a aidé. «Il m’a sauvé la vie, il m’a aidé à obtenir la bourse Guggenheim Fellowship, grâce à laquelle j’ai reçu beaucoup d’argent. C’est ce qui m’a permis par la suite de me lancer dans ma carrière d’écrivain et à écrire d’autres romans.» D’autre part, l’auteur souligne son penchant pour le féminisme. «J’écris beaucoup sur les femmes et les problèmes qu’elles endurent. Je me considère comme un féministe. Au début, je ne pensais pas pouvoir écrire sur une femme, car je n’en suis pas une. Je me demandais souvent si ce que j’allais écrire serait honnête», a-t-il déclaré. Poursuivant : «Je me suis tout de suite mis à lire les femmes écrivaines. Je me suis rendu compte que ce n’est pas possible car je ne suis pas l’une d’elles. Alors, j’ai décidé de le faire à ma propre manière et écrire sur plusieurs femmes à la fois. Ceci en me penchant sur leurs problèmes et les douleurs auxquelles elles font face en Afrique.»
En marge de son intervention au stand Panaf, l’auteur congolais nous explique à propos de la situation de l’écrivain africain et, plus particulièrement, l’écrivain congolais qu’«on essaye de vivre comme on peut. Ce qui est certain c’est que nous ne pouvons pas vivre de notre plume. Je connais très peu d’écrivains africains qui arrivent à vivre grâce à leurs écrits. Moi, je suis professeur de chimie, j’écris juste par amour de la littérature qui est mon passe-temps préféré». «La littérature est très importante pour nos sociétés. Car sans elle, beaucoup de problèmes ne seraient pas mis en lumière», a-t-il estimé.
Selon l’auteur, le rôle de la littérature est «de montrer les choses telles qu’elles sont, grâce à elle on peut prévenir les lecteurs de ce qui se passe dans nos sociétés. Malheureusement, elle n’a aucun pouvoir de changer la misère». Ajoutant toutefois que «quand ces injustices sont connues aux yeux du lecteur, c’est un début pour essayer de les résoudre et éviter que cela ne se reproduise». L’écrivain congolais, qui vit actuellement aux Etats-Unis, nous relate également son parcours et les sujets qui le passionnent en nous confiant : «J’écris spécialement des romans et j’ai un recueil de nouvelles très connu qui s’intitule ‘‘Jazz et vin de palme’’. J’écris aussi beaucoup sur les femmes, les enfants soldats ou encore sur la corruption. En fait, j’écris sur tous les sujets qui intéressent et parlent de l’Afrique actuelle.» Il nous précise toutefois que «sur mon dernier roman, j’ai totalement changé de style. J’ai voulu aborder l’histoire d’un musicien noir qui vivait en Europe, pour lequel Beethoven a composé une sonate. Je l’ai d’ailleurs appelé ‘‘la Sonate à Bridgetower’’».