Le nombre de Harragas interceptés en mer a encore augmenté, ces derniers jours, selon le nouveau bilan publié, hier, par le ministère de la Défense nationale (MDN). En effet, les unités des Garde-côtes ont procédé, lors de diverses opérations menées dans les eaux territoriales algériennes entre le 20 et le 25 septembre 2020, à l’interception et au sauvetage de 755 personnes qui tentaient de prendre la mer de manière illicite, alors que 3 dépouilles d’émigrants clandestins dont l’embarcation a chaviré, ont été repêchées précise le communiqué.

Le MDN précise que les opérations de recherche et de sauvetage ont été exécutées sur la façade Maritime Centre (340 émigrants clandestins), la façade Maritime Ouest (343 émigrants clandestins) et la façade Maritime Est (72 émigrants clandestins). La semaine dernière, le MDN avait publié un bilan qui faisait état de l’interception de 485 migrants et le repêchage de dix noyés entre le 15 et le 19 septembre dernier. En somme, durant dix jours, plus de 1 200 personnes en majorité des Algériens, dont des femmes et des enfants, ont tenté de traverser la mer pour rejoindre les rives européennes. Il est à noter que les personnes interceptées, après avoir reçu les premiers soins sont présentées devant la justice pour «tentative de quitter le territoire national de manière illégale». Une loi votée en 2009 punit jusqu’à six mois de prison ferme les harragas. Les passeurs quant à eux peuvent être condamnés jusqu’à 20 ans de prison ferme.
Depuis plusieurs mois, le phénomène des harragas connaît une ampleur de plus en plus importante, notamment «à cause des conséquences socio-économiques de la crise sanitaire de la Covid-19 où beaucoup d’Algériens ont perdu leur emploi ou se sont retrouvés en situation précaire avec des revenus minimes», nous a récemment expliqué le professeur en sociologie Rabeh Sebaa. Il a également pointé du doigt la cupidité des passeurs, «un mal qu’il faut arracher à la racine». Des réseaux de passeurs qui utilisent des discours rassurants et des garanties d’un meilleur avenir pour entraîner de plus en plus de personnes dans leur trafic lucratif.
Des réseaux de passeurs qui sont en ligne de mire des services de sécurité et qui ont été récemment au centre de plus d’une dizaine d’opérations sur terre menée conjointement par la Sûreté et la Gendarmerie nationale. Ainsi dans les efforts déployés pour juguler le flux migratoire qui a pris d’énormes proportions sur les côtes Ouest, Mostaganem, Oran et Aïn Témouchent, plus d’une dizaine d’affaires en lien avec l’organisation et la tentative d’émigration clandestine ont étés menées notamment par les services de la Brigade de recherche et d’investigation (BRI) et les unités de cybercriminalité car les réseaux sociaux sont devenus les nouveaux espaces de recrutement des candidats à l’émigration.
Il est précisé à propos de ces opérations que l’«action d’anticipation sur le terrain, de même que la bonne exploitation des informations ont contribué à déjouer des tentatives d’émigration illégale, depuis la terre».
Mais au final, le constat amer est là, au-delà de l’arsenal juridique, des efforts conjugués des Forces navales, de la Gendarmerie nationale et de la Sûreté nationale à travers une centaine d’opérations menées sur mer et sur terre durant août et septembre, tout cela n’arrive pas à freiner cette envie viscérale des jeunes de quitter la terre qui les a vus naître et grandir pour des rives qu’ils estiment plus enchanteresses.
Aujourd’hui, si les efforts des forces de sécurité ont permis de sauver plus d’un millier de vies, ces dix derniers jours, il n’en demeure que chaque semaine les bilans sécuritaire des harragas continue d’être égrené illustrant la soif des jeunes de partir malgré les risques encourus.
Pour conclure, rappelons la déclaration du professeur de sociologie de l’université d’Oran : «On ne peut pas traiter le sociétal par le juridique.» Soulignant en substance que les pouvoirs publics devraient travailler en amont avec une approche pluridisciplinaire si on veut réellement trouver des solutions.
Pour rappel, selon les derniers chiffres de l’agence européenne de contrôle des frontières Frontex, 5225 Algériens ont emprunté la route de la Méditerranée occidentale et 865 celle de la Méditerranée centrale durant les huit premiers mois de 2020.