Beaucoup de clients de pays européens, notamment d’Europe de l’Est, ont sollicité Sonatrach pour l’achat de quantités de gaz. La compagnie pétrolière nationale est en discussion pour la signature de contrats de vente de gaz algérien avec certaines compagnies européennes.

L’heure est à l’optimisme. Le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, n’a pas exclu que la compagnie Sonatrach dégage des quantités supplémentaires de gaz à l’exportation vers l’Europe cette année, voire en 2023, à la faveur des incidences du conflit russo-ukrainien qui a conduit l’Union européenne à chercher en urgence une alternative au gaz russe. Dans cette conjoncture, le gaz algérien est fortement demandé. Toufik Hakkar, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse, organisée à l’issue de la présentation du bilan de Sonatrach de l’année 2021 et les cinq premiers mois de 2022, confirme que l’Algérie est très sollicitée par des compagnies européennes pour l’achat de nouvelles quantités de gaz.
«Nous avons reçu beaucoup de demandes de compagnies de ce continent, hors clients traditionnels, notamment d’Europe de l’Est, pour les approvisionner en gaz. Ces demandes sont à l’étude. Des discussions sont en cours avec certaines de ces compagnies européennes pour la conclusion de contrats de vente de gaz algérien pour des volumes précis pour la livraison de gaz fin 2022, voire en 2023. Pour le PDG de Sonatrach, le potentiel gazier algérien important, confirmé en particulier par la réévaluation en hausse des réserves du gisement de Hassi R’Mel avec une estimation préliminaire des réserves de la découverte récente au sein de ce gisement, entre 100 et 340 milliards de mètres cubes de gaz, est, outre la fiabilité du fournisseur, l’une des raisons qui expliquent cette forte demande. Il est prévu une production de plus de 3 milliards de mètres cubes/an de gaz naturel, précisément 10 millions de mètres cubes/jour, à titre d’exploitation de cette nouvelle découverte à partir de novembre prochain, soit en peu de temps.
La mise en service de nouveaux gisements de gaz, fin 2022, voire au cours du premier trimestre 2023, motive en outre cet optimisme. Il n’a pas exclu que la réhabilitation des complexes de liquéfaction de gaz (GNL) puisse contribuer à dégager ces quantités supplémentaires.

«Il n’y a pas, jusqu’à présent, de changement de destination du gaz algérien»

Concernant la possibilité que le gaz algérien soit exporté vers le Maroc, via l’Espagne, soit un changement de destination, le PDG de Sonatrach a affirmé que jusqu’à présent, il n’y a pas eu de changement de destination du gaz algérien. «Le contrat interdit le changement de destination. Il y a des exceptions, le changement de destination doit se faire avec l’accord de Sonatrach et s’il y a bénéfice, le bénéfice doit être partagé entre Sonatrach et son client. Ce qui veut dire que le gaz exporté par l’Espagne vers le Maroc récemment n’est pas algérien. S’il y a des changements de destination, il existe des procédures selon les contrats pour contraindre le client.
L’Algérie avait averti, rappelons-le, le client espagnol de Sonatrach que si la compagnie espagnole change la destination du gaz algérien en l’expédiant vers le Maroc, elle sera obligée de rompre le contrat de livraison de gaz à l’Espagne.

«Négociations pour la révision des prix du gaz avec 9 compagnies clientes»

Le PDG de Sonatrach a indiqué en outre qu’après la signature du contrat de révision des prix du gaz avec l’ENI, Sonatrach est en train de négocier actuellement la révision à la hausse des prix, comme indiqué dans notre édition du dimanche 3 juillet, du gaz avec 9 clients. «La signature de deux ou trois accords sera annoncée dans les prochains jours», a-t-il indiqué. «Les discussions sont très avancées avec l’ensemble des clients et non par nature du client, qu’il soit européen ou asiatique. Ces discussions sont complexes et éreintantes», a affirmé le PDG de Sonatrach. Le reste le sera ultérieurement. Il convient de noter à ce sujet que Sonatrach met en œuvre, avec ces révisions de prix, une clause contractuelle, la clause de bouleversement. Celle-ci autorise Sonatrach à entrer en négociations avec la société cliente pour réviser les prix à la hausse, en raison de la flambée des prix du gaz sur les marchés internationaux à partir du premier trimestre 2021. Les prix négociés auparavant étaient en contexte de baisse des prix du gaz sur les marchés internationaux. Concernant les contrats en amont, Sonatrach est sur le point de conclure des contrats d’exploration-production avec les compagnies étrangères avec lesquelles elle a signé des mémorandums d’entente en 2020-2021. Ils seront conclus courant 2022. Elle avait signé ces accords préliminaires en 2020-2021, notamment avec Equinor, Total, Oxy, Exxon Mobil, Chevron, Lukoil. Bémol, la hausse de la consommation domestique gaz et pétrole est de 9%. Ce qui pose pour Sonatrach le défi d’augmenter le volume de sa production pour, non seulement honorer ses contrats mais, également, dégager des quantités supplémentaires de gaz à l’exportation pour profiter de cette conjoncture favorable. Ce qui invite à accélérer la mise en oeuvre en urgence par l’Etat des politiques d’économie et d’efficacité énergétique pour ne pas freiner les exportations de Sonatrach.