Les élections législatives du 12 juin sont marquées par une grande visibilité des femmes sur les listes électorales mais, également, une forte présence des candidates à ses élections sur le terrain lors de la campagne électorale.

Par Sihem Bounabi
Les chiffres de l’Autorité électorale nationale indépendante (ANIE) ont révélé que 8 305 femmes, dont 5 743 âgées de moins de 40 ans, se sont présentées aux élections législatives sur les listes indépendantes et des partis politiques. La loi électorale avait prévu la parité obligatoire entre les femmes et les hommes sur les listes de candidature, l’article 191 de la loi organique des élections stipulant que le principe de la parité entre les hommes et les femmes doit être respecté et d’au moins la moitié. En d’autres termes, chaque liste de candidats doit comporter au moins 50% de femmes, alors que la règle en vigueur est le tiers (30%). De plus, les listes doivent être composées d’un tiers de candidats de moins de 40 ans. Toutefois, il est à noter que la politique du quota de la représentativité des femmes d’un tiers au Parlement a été abrogée. Et par conséquent, il faudrait attendre les résultats du vote pour observer le taux de la représentation des femmes dans la prochaine Assemblée populaire nationale (APN).
Le constat, aujourd’hui, relevé par de nombreux observateurs, est au-delà de la question de la parité des listes électorales, il y a de plus en plus de femmes qui s’engagent sur le terrain politique pour faire entendre leur voix et participer en tant que citoyenne à part entière à la construction de la société.
Avocate, militante pour les droits des femmes et des enfants et candidate indépendante, Nadia Aït Zaïd déclare à ce propos : «C’est important que les femmes se présentent aux élections parce que c’est un acte de citoyenneté, de démocratie et de participation active de la femme à la construction de la société.» Elle souligne également que «la politique c’est aussi une affaire de femmes, il s’agit de leur engagement sur les questions importantes qui concernent l’Algérie, et pour cela, il faut qu’elles fassent entendre leurs voix». Nadia Aït Zaïd souligne ainsi l’importance de la présence des femmes en tant qu’élues du peuple au niveau de l’Assemblée populaire nationale. Estimant que «c’est là où elles doivent être vigilantes, pour qu’elles soient au fait des questions de justice et d’égalité. Il faut que les femmes prennent conscience que leur voix est importante dans la négociation».
Cette prise de conscience des femmes sur l’importance de leur implication en politique s’est traduite lors de la campagne électorale pour les législatives du 12 juin par une forte présence sur le terrain et sur les réseaux sociaux, nouvel outil pour se faire connaître auprès des électeurs et expliquer les programmes qu’elles défendent.
A ce sujet, la candidate indépendante nous affirme qu’«elles ont été présentes et visibles tout au long de la campagne électorale. Elles croient en leur démarche, elles ont présenté des programmes intéressants sur différents dossiers». Elle insiste également sur le fait que «cette campagne a été marquée par une réelle volonté et un engagement des femmes pour défendre leurs programmes».
Nadia Aït Zaïd, partageant son expérience en tant que candidate, confie que «sur le terrain, il y avait un fort engouement des femmes. Le fait de voir toutes ces femmes croire en leur potentialité et en leur apport est un point positif qui donne de l’espoir». Elle ajoute concernant son choix de participer à ces élections en tant que candidate indépendante : «Ce qui m’a motivé, c’est de ne pas laisser la chaise vide.» Précisant que «c’est aussi une manière de dire que si on veut construire la démocratie, il faut aller aux élections. Ensuite, c’est à nous d’avoir les capacités de mobiliser et sensibiliser les citoyens. Il s’agit de regagner la confiance des citoyens et je pense que dans les listes indépendantes, il y a beaucoup de gens auxquels on peut faire confiance.»
Dans ce sillage, la candidate indépendante affirme : «Si je suis élue, c’est sûr qu’au Parlement la question des droits des femmes et des enfants et celle de l’égalité et de la justice seront au centre de mes préoccupations, comme je l’ai toujours fait dans le mouvement associatif. On fera en sorte que cette Algérie soit juste pour tout le monde.»
Concernant la question de la parité en politique et de la nouvelle loi électorale, l’avocate nous explique que ces dernières années, en Algérie, les partis ont occulté la présence des femmes dans leurs listes et préféré payer des indemnités que d’assurer la parité. Elle estime ainsi que «c’est pour cela que c’est une bonne chose qu’on les oblige à mettre dans les listes de candidatures une parité sous peine que la liste soit rejetée». Elle relève, cependant, que la véritable parité sera révélée lors des échéances électorales, soulignant que «c’est après les résultats de vote que l’on pourra savoir si la parité est de mise ou pas», mettant ainsi en exergue que «ce sont les citoyens qui voudront qu’elle existe réellement car cela dépend du pouvoir du citoyen de choisir pour qui voter».
Toutefois, elle estime que «c’est en soi un apprentissage pour aller vers une égalité même si ce n’est pas évident». Nadia Aït Zaï cite en exemple les expériences qui ont démontré qu’il est difficile d’atteindre la parité en politique. Expliquant que «pour atteindre la parité il y a eu des mécanismes que l’on a mis en place, comme le quota qui est une mesure temporaire qui permet de construire l’égalité et arriver à la parité». Elle rappelle que «c’est ce que l’Algérie a essayé de faire dans la loi en 2012, mais cela a été abrogé».
Nadia Aït Zaïd en tant que militante pour les droits des femmes et des enfants appelle à une plus grande implication des femmes en politique pour qu’elles contribuent notamment à l’élaboration des lois et de la justice pour tous, en déclarant : «Il faut que les femmes soient plus nombreuses et plus présentes en politique, il faut qu’elles prennent conscience que c’est important de s’impliquer afin de s’exprimer et d’exister en tant que citoyennes à part entière».