Après un silence qui a commencé à devenir pesant sur la non-réception dans les délais prévus de nouvelles doses de vaccins anti-Covid-19 en Algérie, de nouvelles annonces accompagnées d’explications sur le retard enregistré ont été révélées, hier, par le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid.

PAR INES DALI
Le premier responsable du secteur de la santé a déclaré que l’Algérie devrait recevoir prochainement des quantités de vaccins de plusieurs fabricants, dont le vaccin russe Spoutnik V. «Nous attendons l’arrivée de plusieurs vaccins», a-t-il dit, précisant qu’«il s’agit des vaccins d’AstraZeneca-Oxford, de Pfizer-BioNTech, de Johnson & Johnson ainsi que d’un autre vaccin chinois», soit un autre que le vaccin Sinopharm reçu la dernière semaine du mois dernier. «Nous avons conclu des contrats et avons signé les contrats d’acquisition», a-t-il ajouté.
Il a cité également «à titre d’exemple» un autre contrat signé pour l’achat du vaccin russe. «Nous avons aussi un contrat pour le vaccin Spoutnik V à travers lequel nous devons acquérir un million de doses. Nous avons déjà obtenu 50.000 doses, puis 30.000 et attendons 920.000 doses que nous devons réceptionner avant la fin d’avril», a encore dit le Pr Benbouzid, en réponses aux questions de la presse en marge des assises nationales de l’économie de la connaissance.
Les doses susmentionnées ne seront pas reçues en une seule livraison mais ce sera en deux ou trois étapes, selon ce qui ressort des déclarations du ministre. «Nous sommes toujours en contact avec la partie russe pour recevoir au moins 100.000, 200.000 ou 300.000 doses pour continuer à vacciner et éviter qu’il y ait une rupture dans la vaccination», a-t-il souligné, notant que le contact n’est pas rompu et que les discussions se poursuivent, et indiquant que le choix de la prudence en lançant une vaccination progressive était justement d’éviter une rupture du vaccin.
Concernant le retard de livraison des vaccins, il a expliqué que cette situation était «hors de son contrôle» ajoutant que le responsable est «le fournisseur». Il s’agit surtout de la réception du vaccin d’AstraZeneca dont environ 800.000 doses devaient être livrées à l’Algérie en mars, mais qui ne sont toujours pas arrivées à destination. Ce qui a soulevé des interrogations, voire de l’inquiétude dans la communauté médicale, mais aussi parmi la population voulant se faire vacciner. La situation «hors de contrôle» dont parle ministre fait, ainsi, référence à la forte tension mondiale qu’il y a sur les anticoronavirus, la demande dépassant de loin l’offre sur le marché, mais aussi au laboratoire Astra-Zeneca qui a développé le vaccin avec l’Université d’Oxford et qui rencontre des difficultés avec l’Union européenne qui le somme de lui livrer, selon les termes contractuels, les doses prévues dans les délais, sous peine de se voir «bloquer les exportations hors UE». La bataille mondiale pour l’obtention de l’antidote pénalise ainsi les pays devant bénéficier de l’initiative du système Covax dont l’objectif était de garantir une accessibilité «juste et équitable» à tous les citoyens du monde, notamment dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.

Possible production de Spoutnik V dans 6 mois, selon Senhadji
Devant toutes ces difficultés et d’autres qui pourraient apparaitre, le meilleur moyen de sécuriser son approvisionnement en anti-Covid-19 reste sa production à l’échelle locale. Le Professeur Kamel Senhadji, directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), a apporté une pointe d’optimisme dans ce sens. «Nos négociations avec la partie russe sont avancées pour produire le vaccin Spoutnik V en Algérie», a-t-il assuré, avant de donner une estimation en termes de temps surtout. «La production serait possible dans un délai de 6 mois», a-t-il indiqué. «Toutes les conditions sont réunies pour adapter les laboratoires algériens dans la fabrication du vaccin qui pourra avoir lieu au deuxième semestre de cette année», a-t-il affirmé. Concernant la vaccination, cet immunologue a estimé qu’il était possible de s’appuyer sur l’immunité collective, de sorte que les personnes infectées par le Covid-19 ne soient vaccinées qu’une seule fois.
En attendant la production locale, et alors que la vaccination continue à petits pas, l’ensemble des professionnels de la santé saisissent toutes les occasions pour réitérer l’indispensable respect des mesures de prévention et des protocoles sanitaires. «Nous ne sommes pas à l’abri d’une troisième vague», a encore soutenu le Pr Mohamed Belhocine, membre de suivi du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus et responsable de la cellule d’investigation et de suivi des enquêtes épidémiologiques.

Les gestes barrières, encore et toujours
Il insiste que «l’unique élément qui nous permettrait de nous en protéger et de limiter la transmission du virus, ce sont les gestes barrières que nous continuer de respecter», surtout après l’apparition des variants britannique et nigérian en Algérie. Tout en disant préférer tirer «la sonnette d’alarme» et tout en admettant que «cela peut paraître une obsession», il a souligné que «ce sont les pays qui respectent les gestes barrières qui gèrent au mieux cette épidémie». Cela d’autant que le rythme de la vaccination reste lent en raison de la non-disponibilité des antidotes. «Je pense que c’est un problème d’approvisionnement en vaccins. Nous ne sommes pas le seul pays au monde à vivre cette situation de difficultés d’approvisionnement», a estimé le Pr Belhocine. «Il y a une demande qui surclasse de très loin l’offre en vaccins, et donc il faut espérer que les antidotes commandés et pour lesquels l’Algérie a signé des contrats soient livrés à temps, de façon à accélérer la vaccination, notamment en vaccinant ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire les sujets exposés en première ligne, les personnes âgées de plus 65 ans et les personnes avec des comorbidités», a conclu le membre du Comité scientifique.