Par Milina Kouaci
La Journée internationale des sages-femmes, célébrée le 5 mai de chaque année, est placée cette année par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avec l’Organisation internationale des sages-femmes sous le thème «Les chiffres parlent d’eux-mêmes : investissez dans les sages-femmes».
En Algérie, et en dépit de son rôle important, cette corporation souffre d’un «problème d’effectif qui entrave le respect du ratio», déplore l’Union nationale des sages-femmes algériennes (UNSFA) par la voix de sa présidente Akila Guerrouche.
«Nous subissons le martyre pour répondre aux besoins de la politique de santé maternelle et infantile», dit-elle. Les sages-femmes, rappelle Mme Guerrouche contactée par Reporters, ont acquiescé au changement et au prolongement de la formation devenue universitaire et passée d’un bac+3 à un bac+5. Et dans la période allant de 2014 à 2017, qui n’a pas connu de nouvelles diplômées, la corporation a enregistré «un départ massif à la retraite anticipée pour ne pas avoir bénéficié d’un glissement et d’une évolution de carrière».
De plus, ajoute notre interlocutrice, le métier a été frappé de «burnout en raison de notre statut particulier de la Fonction publique, qui n’a pas bénéficié des dispositions transitoires de glissement automatique, bafouant ainsi l’ancienneté de la sage-femme».
«Doublement sanctionnée, une seule sage-femme accomplissait le travail de 25 sages-femmes dans le souci de répondre aux besoins de la politique sanitaire maternelle», a-t-elle déploré. Mme Guerrouche défend ainsi une corporation qui agit et applique les programmes de santé en omettant son statut, mais réfléchit à sa santé en voulant solliciter les hautes autorités sur ses conditions de travail et son statut. «Pour l’heure, le ministère de la Santé étudie nos revendications et nous avons reçu un document et la démarche opérationnelle de la réforme hospitalière», a souligné Mme Guerrouche. Il est question entre autres de la révision de la formation, de la définition de la nomenclature des actes, de la révision des statuts et de la correction du tableau catégoriel dans lequel elles figurent, de la révision du régime indemnitaire et de l’installation d’un conseil de l’ordre et du code de déontologie pour une corporation qui compte 5 600 sages-femmes sur le territoire national.
Optimiste, la présidente de l’Union nationale des sages-femmes algériennes, assure que cette profession connaît un «engouement de nouvelles bachelières qui s’inscrivent dans les écoles de formation de sages-femmes, sachant que nombre d’entre elles ont obtenu une moyenne leur permettant de faire médecine ou pharmacie».
«Les chiffres témoignent du rôle important et primordial de la sage-femme dans le monde et dans la politique socio-économique, notamment en cette conjoncture internationale de pandémie de coronavirus», dit Akila Guerrouche. Selon elle, la sage-femme est un «maillon incontournable dans la politique du développement durable tracée à l’horizon 2030», et que «toute politique de développement dépend de l’implication de la sage-femme».
En effet, le dernier rapport mondial sur les sages-femmes montre que le fait d’atteindre une couverture universelle des soins dispensés par les sages-femmes d’ici 2035 permettrait d’éviter 67% des décès maternels, 64% des décès néonatals, 65% des mortinaissances et sauverait près de 4,3 millions de vie par an.
Ces professionnelles de la santé accomplissent des tâches importantes. «Nous sommes au cœur d’une politique économique de santé et de développement durable et bénéficiant d’un statut social favorisant son intégration dans les familles», insiste Mme Guerrouche.
Il s’agit, entre autres, de la maîtrise de la démographie et du planning familial, la réduction des décès maternels et infantiles, la réduction des maladies non transmissibles, comme le cancer du sein ou du col, à travers la sensibilisation pour un dépistage précoce et une orientation à temps pour sauver une famille et des enfants laissés en bas âge de la délinquance. n