L’Algérienne Leïla Zerrougui a été nommée représentante spéciale et chef de la mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco). Mme Zerrougui, 61 ans, succède ainsi au Nigérien Maman Sidikou, dont le mandat s’achève en janvier 2018.

Ancienne représentante spéciale du secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé de 2012 à 2016, Leïla Zerrougui ne sera pas en terrain inconnu. Forte d’une expérience de plus de trente années dans les domaines de l’Etat de droit et de la protection des civils, elle a démontré une compétence élevée en matière de gestion et de leadership. Il faut dire que Leïla Zerrougui connaît ce pays pour y avoir déjà exercé. Elle a été, de 2008 à 2012, représentante spéciale adjointe du secrétaire général à la Monusco dirigeant les travaux pour renforcer l’Etat de droit et la protection des civils.
Leïla Zerrougui est experte juridique dans le domaine des droits de l’homme et de l’administration de la justice. Elle a mené une remarquable carrière dans le renforcement de l’Etat de droit et la défense des stratégies et des mesures de protection des groupes vulnérables, notamment les femmes et les enfants. Membre du groupe de travail sur la détention arbitraire du Conseil des droits de l’homme des Nations unies de 2001 à 2003, elle en a été présidente-rapporteuse de 2003 à 2008. Elle a également été membre expert de plusieurs groupes de travail et comités relevant de l’ancienne Commission des droits de l’homme des Nations unies. Avant d’entamer sa fonction à l’international, Leïla Zerrougui a mené une longue carrière en Algérie où elle a occupé divers postes académiques. Diplômée de l’École nationale d’administration d’Alger, d’où elle est sortie en 1980, cette native de Souk Ahras a été professeur agrégée à l’école Supérieure de la magistrature à Alger puis nommée, en 2000, à la Cour suprême.

Mission délicate
Une mission difficile attend néanmoins Mme Zerrougui dans ce pays complexe de l’Afrique centrale. Dès sa prise de fonction en février 2018, elle sera confrontée à de multiples défis. Son prédécesseur, le discret Maman Sidikou, resté deux ans à la tête de cette importante mission de maintien de la paix, n’aura pas marqué son passage. La protection des populations sera la priorité de la Monusco. La pacification du pays est loin d’être acquise, même après 19 ans de présence en RDC. Leïla Zerrougui devrait lancer un signal de fermeté à tous les groupes armés en action qui se sont récemment distingués par des actions d’exactions. Dans le territoire de Beni, la Monusco a perdu au moins quatroze (14) de ses hommes, tués dans une attaque attribuée aux rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF). Le pire bilan de l’histoire de la présence des Casques bleus en RDC. Il faudrait également accompagner le processus politique et électoral dans ce pays. Objectif : accompagner la RDC vers des élections démocratiques «dans le cadre d’une transition politique inclusive et apaisée». Mission difficile, Leïla Zerrougui hérite d’un processus politique en panne. Une année après la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre censé baliser la voie de la première alternance pacifique au sommet de l’État congolais, la situation n’est pas encourageante. Son expérience dans le pays devrait lui permettre d’éviter les pièges. Depuis fin novembre, la Commission électorale nationale indépendante attend de la Monusco «l’élaboration d’un plan de mise à disposition des fonds pour l’appui à l’organisation des opérations électorales» en RDC. Leïla Zerrougui aura pour mission de convaincre les partenaires extérieurs de la RDC de mettre la main à la poche.
Il s’agirait absolument de relancer le dialogue stratégique entre la Monusco et le gouvernement congolais. La question du retrait des Casques bleus du territoire congolais sera aussi au cœur de son action. Fin mars, le Conseil de sécurité avait déjà décidé de réduire (très légèrement) les effectifs maximums des troupes onusiennes en RDC.