Les dernières dispositions prises par le ministère de l’Education nationale, concernant la nouvelle grille indiciaire des grades et le régime de rémunération ont provoqué la colère de l’Intersyndicale du secteur, dont les responsables ont tenu hier une réunion à Alger pour évaluer l’impact de ces mesures qu’ils jugent «injustes».

«Les dispositions annoncées par le ministère, jeudi passé, sont injustes et n’apportent aucune solution aux problèmes du secteur. Elles en génèrent même d’autres», a estimé le secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef) et membre de l’Intersyndicale, Boualem Amoura, en marge de la réunion d’hier. Faisant remarquer que «le décret présidentiel 14-266 porte sur la valorisation des licences et DEA», M. Amoura dira que «la ministre, à travers ses décisions, a démontré que ce n’est pas tout le monde qui est concerné par la nouvelle grille, à l’exemple des adjoints intendants qui sont titulaires de licences, mais n’ont pas bénéficié de promotions». «Nous ne sommes pas contre la promotion de qui que ce soit, mais nous voulons que les choses se fassent dans la légalité et non au profit des uns et au détriment des autres», poursuit le syndicaliste. Avant d’insister encore sur le cas de certaines catégories qui n’ont pas eu droit aux promotions, dont «les superviseurs éducatifs, les services économiques et le personnel des cantines scolaires».
Allant dans le même sens du discours développé par le secrétaire général du Satef, le porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), Zoubir Rouina, considère que «les décisions de promotions prises par la tutelle ne profitent qu’à 3 % du personnel de l’Education nationale». À ce titre, l’initiative du département de Nouria Benghebrit est «une opération de marketing», juge-t-il, estimant que ces dispositions sont «partielles et vont créer de grands problèmes au sein du secteur» et « consacrent beaucoup plus d’injustice et de ségrégation entre les divers corps ».
L’avis partagé par Boualem Amoura et Zoubir Rouina fait l’unanimité dans les rangs de l’ensemble des syndicalistes que nous avons rencontrés hier. Ces derniers mettent l’accent sur le caractère «négatif» de la démarche du ministère de tutelle. Ce qui, soulignent-ils, «entrave le travail réalisé par la commission mixte syndicat-ministère, installée pour la révision du statut particulier du personnel de l’Education depuis 2015, dans l’objectif de mettre fin à toutes les anomalies qui caractérisent ce statut». Face à cette situation, l’Intersyndicale «décidera des démarches à entreprendre après de larges consultations au niveau de la base», nous a-t-on encore indiqué.

Appel à «une riposte commune» des travailleurs du secteur
D’ailleurs, pour le Conseil des enseignants des lycées d’Algérie (CLA), ces décisions visent à «semer l’illusion au sein des travailleurs de l’Education nationale, d’un côté, et de l’opinion publique, de l’autre. Il estime que face à ces décisions, des précisions doivent être apportées. «Au-delà de l’application du décret présidentiel n° 266/14 qui a été accordé dans le cadre de la négociation avec l’Intersyndicale de l’Education, pour le reste des décisions sont prises de façon unilatérale et sans aucune concertation», dénonce le syndicat. Ajoutant qu’il «considère que les décisions prises concernant quelques corps du secteur, même celles légitimes, sont une insulte pour le travail de la commission mixte (syndicats-ministère), installée pour la révision du statut particulier depuis 2015, dans l’objectif de mettre fin à toutes les anomalies qu’il contient».
Le syndicat alerte sur «leurs dangers et impacts par rapport à l’objectif recherché par tous, qui est celui de la stabilité du secteur et la défense d’une école publique, gratuite et de qualité».
Devant cette situation, il appelle « l’ensemble des enseignants et des corps laissés pour compte à se mobiliser et à se préparer à une riposte commune, afin d’exiger ensemble la mise en application des recommandations de la commission mixte de la révision du statut particulier.» Les recommandations de cette commission mixte s’articulent, rappelle-t-on, autour de «la reclassification catégoriale de tous les corps, la création de nouveaux grades de promotion, la modification des conditions de promotion, la création de passerelles entre les corps et les paliers, le respect du principe d’équité, de justice et de hiérarchie.
Pour rappel, le ministère de l’Education nationale a rendu publics, au début de la semaine en cours, les grades et la grille de classification des fonctionnaires du secteur selon leur expérience, catégorie et maîtrise. Pour rappel, l’Intersyndicale du secteur de l’éducation regroupe 5 syndicats, à savoir le Satef, l’Unpef, e ’Snapest, le Cla et le SNTE.
Par ailleurs, le CLA s’est exprimé, hier, sur la suspension du secrétaire général du Syndicat des inspecteurs de l’Education nationale, M. Chelbi, décidée par le ministère. Cette sanction est intervenue après que le secrétaire général «ait dénoncé la gestion du secteur et s’est opposé au recours fait par la tutelle aux inspecteurs pour remplacer et briser la grève des enseignants». Le CLA a exigé «la réintégration immédiate et sans condition» de l’inspecteur suspendu et l’«arrêt immédiat des atteintes aux libertés syndicales dans le secteur de l’éducation».
Ainsi, dans une motion de soutien signée par son premier responsable, le CLA a estimé, qu’encore une fois, «les atteintes aux libertés syndicales continuent à faire leur chemin dans le secteur de l’Education nationale et commencent à devenir un mode de gestion des conflits du travail». Il rappelle qu’après avoir «voulu radier des milliers d’enseignants, voilà que l’administration de l’Education nationale procède à la suspension du secrétaire général du syndicat des inspecteurs de l’Education nationale» pour avoir «dénoncé la gestion du secteur et refusé le recours de la tutelle à utiliser les inspecteurs pour remplacer et briser la grève des enseignants». Le CLA «dénonce cette décision arbitraire et déclare sa solidarité active avec le Syndicat des inspecteurs».
Enfin rappelons que la ministre de l’Education, alors en visite, avant-hier, à Aïn Defla, a estimé que «le temps est venu pour construire le consensus autour de la nécessité de bâtir une école de qualité. Une mission qui n’incombe pas seulement à l’administration ou à la famille de l’Education mais à la société dans son ensemble». Mme Benghebrit a, toutefois, assujetti la réalisation de cet objectif «à l’instauration d’un climat de sérénité à même de permettre à l’enseignant et à l’élève d’optimiser leurs potentialités».