Par Nadir Kadi
La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) a de nouveau réagi, hier, à la réunion de samedi du mouvement dit des « redresseurs » du Parti des Travailleurs. Louisa Hanoune, qui explique que le PT se réserve le droit de poursuivre les organisateurs de la rencontre, notamment pour l’utilisation « illégale » du nom du parti, a par ailleurs indiqué que le parti attendait la réaction des « autorités compétentes » qui auraient « immédiatement » été prévenues : « Le comité central va se réunir dans les prochains jours. Nos avocats sont prêts (…), nous pouvons aller en justice, mais nous attendons pour le moment de voir comment les choses évoluent. » Ainsi, il apparaît que le PT temporise et demande aux autorités d’éclaircir les conditions dans lesquelles a été autorisée la « réunion publique sans objet » et d’expliquer son « détournement » vers une rencontre consacrée au PT. « Ce qui est grave est que cette réunion publique sans objet s’est transformée en une pseudo-rencontre du comité central et de la base du PT. Et cela sans être dérangé (…) alors que les organes de sécurité étaient là. »
Pour rappel, l’hôtel Mazafran a accueilli samedi une réunion durant laquelle la « destitution » de la secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune, a été prononcée par « la centaine » de participants. L’ancien député du Parti des travailleurs pour la wilaya de Skikda, Mounir Nasri, a par ailleurs été désigné par la même occasion pour la remplacer « par intérim ».
Première responsable du PT qui a répété hier que cette réunion restait « extérieure » au Parti des Travailleurs : « Ce n’est ni un mouvement de redressement ni de réforme (…) A l’exception d’une seule personne, ils n’ont aucun lien avec le parti et aucun droit de destituer la secrétaire générale ou le bureau politique. » Mme Hanoune appuie notamment sa déclaration sur la liste des participants à Mazafran, mais aussi sur les photos de la réunion : « La majorité d’entre eux n’ont jamais été membres du parti (…) Une minorité sont d’ex-militants exclus du PT pour diverses raisons. Certains pour corruption, d’autres pour trahison (…) Par exemple, l’un avait porté plainte contre l’UGTA, ce n’est pas dans nos traditions de porter plainte contre un syndicat, nous dialoguons ». En ce sens, durcissant le ton tout au long de la conférence d’hier, la responsable du PT a même porté des accusations contre certains desdits « redresseurs ». Ainsi, elle déclare que certains participants, ex-responsables du PT, avaient eux-mêmes entériné l’exclusion d’autres personnes présentes à la même réunion. « Smaïn Kouadria et Rachid Khan, qui étaient samedi à la réunion, avaient eux-mêmes voté l’exclusion des membres en 2016 et 2019 (…) C’est un exemple de l’étrangeté de cette réunion ». Quant à Mounir Nasri, ajoute la secrétaire générale du Parti des Travailleurs, « il a été nommé samedi secrétaire général par intérim (…) Il prétendait être appuyé par l’armée. Il avait démissionné du conseil national du parti, puis a changé d’avis parce qu’il avait besoin de l’immunité parlementaire (…) Je ne rentrerais pas dans les détails, mais je les ais ».
Ainsi, les suites de la réunion de Mazafran pourraient très bien être judiques dans les prochains jours, elles sont déjà politiques. Mme Hanoune qui rappelle que l’organigramme du PT, reconnu officiellement par le ministère de l’Intérieur depuis son dernier congrès, met « les autorités » devant un choix en faisant le lien implicite avec la décision de ne pas prendre part aux élections législatives. « Si les autorités valident cette opération illégale et criminelle, cela confirmerait que c’est une opération de vengeance contre le PT et moi-même et traduirait une volonté de mettre au pas toute la société ». La responsable, pour qui fermer les yeux sur une telle situation marquerait la « destruction » de tous les cadres politiques, syndicaux… ajoute : « A ce rythme, tout Algérien en payant quelques dizaines de personnes pourrait leur demander d’élire un nouveau président ».
En ce sens, et en restant dans le registre du conditionnel, la secrétaire générale du PT pose la question de l’éventuelle signification politique : « La crise du système a-t-elle atteint le stade du surgissement de forces centrifuges qui, de l’intérieur de l’Etat, organisent des provocations (…) Je ne crois pas que la wilaya donne son accord par hasard, et je ne crois pas que ces personnes aient le courage d’agir seules ». Par ailleurs, et dans le même logique, Mme Hanoune a éclairci hier sa déclaration de mercredi sur la « coïncidence étrange » entre les dates de la réunion du FFS et celle de Mazafran : « Ce que je veux dire est qu’au sein du FFS, il y avait un débat très serré sur la participation (aux législatives) et, le même jour, une manifestation est organisée pour annoncer un putsch contre le PT. Cela ressemble à une pression contre le FFS ». n