La nouvelle est tombée comme un couperet. Il est vrai que le retrait de la grande comédienne Sonia de la scène artistique paraissait anormal, elle qui a régné sur les planches du théâtre et sur les plateaux de tournage des films et des séries télévisuelles depuis 1973, année de ses débuts artistiques en tant que professionnelle, en dépit du fait que son père soit contre le choix de Sonia.

Formée à l’Institut des arts dramatiques de Bordj-El-Kiffan, elle s’est illustrée en tant que comédienne au théâtre avec plus d’une quarantaine de pièces et en tant que metteur en scène, elle comptait à son actif plusieurs pièces théâtrales. Des années après, trente ans après plus exactement, elle dirigera en tant que directrice l’Institut des arts dramatique et dira dans un excellent documentaire que lui a consacré la réalisatrice Meriem Hamidat que « c’était une étrange sensation ». Sonia, qui a débuté sa carrière artistique au théâtre de Annaba, finira aussi par diriger cette institution où elle avait connu le grand comédien Sid Ahmed Agoumi qui deviendra son mari. Ce célèbre couple du théâtre et du cinéma algérien donnera naissance à une grande actrice Samia Meziane.
Sonia raconte dans le documentaire de Mériem Hamidat que « lorsque son père est parti s’installer à Constantine, ma tante lui a dit qu’elle allait me garder pour vivre avec elle ». « C’est elle qui m’a élevée. Son mari avait une boutique où il vendait du beurre et du miel et nous vivions bien jusqu’au jour où il décèda. Du jour au lendemain, ma tante s’est retrouvée seule sans ressources. Elle est partie chercher du travail et je n’oublierai jamais ce qu’elle m’avait dit ce jour-là. Elle est rentrée du boulot et s’était assise au milieu d’une chambre et elle s’est mise à pleurer comme le jour où elle a perdu son mari et elle m’a dit «Ma fille étudie, étudie afin que jamais tu ne mettras la mlaya, cette merde sur ta tête», C’est inoubliable », conclura Sonia.
Dans son travail théâtral, elle dira qu’elle a mis la femme au centre de sa création pour la placer au centre de la société. Sonia se rappelle de l’hommage que lui a rendu le Qatar en 2012, elle en était fière.
Elle se rappelle du jour de l’Indépendance, elle avait 13 ans, sa tante avait gardé le drapeau algérien. Sonia l’a pris pour aller danser et chanter dans les rues de Constantine et dira à ce sujet « qu’il est important de vivre dans un pays libre quelles que soient les difficultés sociales ou autres.» « L’Indépendance m’a apporté la liberté. La grande réussite, c’est notre indépendance en dépit de tout et de la décennie noire. La société a évolué, mais pas les textes » avant d’ajouter qu’elle a envie que l’Algérie soit le plus beau pays au monde. « Je formule que chaque quartier soit doté d’un théâtre pour que les gens en profitent » Une grande dame s’en va, une grande comédienne nous quitte et nous laisse son œuvre, une œuvre riche et diversifiée. Repose en paix Sonia !