La visite de deux ministres du secteur et du PDG de Sonelgaz au site de l’Opérateur Système à Gué de Constantine, mardi, a été l’occasion d’apprendre que la filiale de la holding énergéticienne s’apprête à se doter de nouveaux équipements pour intégrer progressivement l’énergie renouvelable dans son dispositif opérationnel et créer une alternative à la domination de la filière gaz comme source de génération électrique.

Mardi, 8 septembre, les ministres de l’Energie et des Energies renouvelables étaient présents sur le site de l’Opérateur système de Sonelgaz où il a été annoncé, par son directeur général, Aziz Aimoud, la mise au point d’un « nouveau système de gestion de l’électricité », dont l’exploitation est prévue pour l’été 2021.
L’important dans cette annonce est que l’OS, qui est une filiale de la holding électricienne et gazière qui fonctionne à partir de la filière gaz essentiellement, s’apprête à intégrer dans son dispositif la gestion des énergies renouvelables, le solaire essentiellement, avec de nouvelles exigences de charge et de flexibilité.
Ce ne sera pas pour l’immédiat, mais cela montre que le gouvernement entend enfin intégrer concrètement le renouvelable dans la production de l’énergie électrique dans le pays à des fins de consommation et de commercialisation. C’est un peu tard pour un pays aussi ensoleillé et désormais peu sûr de ses réserves fossiles, mais, au moins, c’est du concret même s’il faut attendre encore quelques années pour que l’Opérateur Système dispose des moyens matériels et technologiques nécessaires pour injecter du renouvelable dans le réseau électrique national.
Selon son directeur général, M. Aimoud qui a indiqué que le système actuel est géré par six centres de commandement, il va falloir mettre en place de « nouveaux équipements », le recours aux services internet pour l’échange d’informations et «l’installation d’une base de données sécurisée garantissant l’échange d’information » en temps réel ». Il a indiqué que cette opération de modernisation dont il n’a pas dévoilé le coût est à même d’élargir la capacité du système actuel jusqu’à l’année 2035 au-delà de laquelle d’autres investissements seront sans doute nécessaires.
On suppose qu’à cette échéance, en effet, le réseau algérien sera en situation de tenir compte de l’arrivée dans le secteur de la génération électrique d’opérateurs privés générateurs d’énergie à partir de la ressource solaire qui est aujourd’hui, selon les experts et selon les discours officiels, la mieux indiquée en termes de maitrise technologique et de rentabilité. Une donnée nouvelle qui aura pour conséquence d’installer un marché nouveau qu’il s’agira d’organiser et de réguler pour les particuliers qui voudront s’équiper de panneaux solaires à usage domestique comme pour les entreprises qui chercheront à investir ce créneau.
Le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, a confirmé cette tendance en indiquant que l’Algérie a atteint un taux de consommation et de distribution qui nécessite la modernisation du système actuel et que, surtout, le secteur s’orientait en partenariat avec le secteur de Transition énergétique vers l’exploitation des énergies renouvelables dans la production de l’électricité. Pour ce qui est de l’échéance de 2035 évoquée par le patron de l’Opérateur Système, M. Attar a apporté un éclairage précieux. Il a fait savoir que les capacités de production nationale en électricité, de 17 000 mégawatts, « suffisent pour couvrir l’ensemble des besoins nationaux même en période de pic jusqu’à 2030 ».

Une faible intégration et une épineuse question des prix
L’annonce que l’Opérateur Système se prépare à l’intégration du renouvelable est intervenue vingt-quatre heures avant que le président du Cluster Energie solaire, Boukhalfa Yaïci, ait déclaré hier que son groupe disposait d’une feuille de route pour accompagner le programme du gouvernement relatif au développement des énergies renouvelables. « Nous avons une feuille de route sur le plan industriel qui consiste à augmenter l’intégration nationale dans la fabrication des équipements de production des énergies renouvelables », a-t-il déclaré à la radio nationale chaîne III. L’intégration nationale dans ce domaine est inférieure à 10 % et que son Cluster souhaiterait la porter à 25% sur les trois prochaines années. « Pour cela, a-t-il affirmé, nous travaillons avec des fabricants et des fournisseurs de verre, d’aluminium et de plastiques afin de produire des composants pour l’industrie du solaire », a-t-il affirmé. Quelque chose est donc mis en route et à charge pour les banques de suivre et d’accepter de financer des projets considérés à risques et peu rentables en phase de lancement.
Dans un pays habitué à une électricité pas chère pour ne pas dire offerte comparativement à d’autres, il y a l’inconnue du consommateur auquel le ministre de la Transition énergétique, Chemseddine Chitour, a déclaré aux côtés de son collègue, M. Attar, que cette transition requiert « une révision et une étude rigoureuse des prix des énergies », d’où l’impératif de mettre en place des mesures de subvention au profit des franges vulnérables en les obligeant, bien entendu, à éviter le gaspillage et en imposant des tarifs abordables pour les catégories aisées. Il faudra également fixer des tarifications en fonction des types de ménages, de groupements, de véhicules, etc.
Pour rappel, le programme national d’intégration des énergies renouvelables (EnRs) a été adopté en février 2012 et mis à jour en février 2015. Il prévoit sur le papier la production de 22 000 MW, ce qui représenterait 27 % du mix énergétique global algérien à l’horizon 2030, dont 13750 MW solaire photovoltaïque (PV), sur la période 2015-2030. n