Par Nadir Kadi
Le Parti des Travailleurs (PT) a confirmé sa position quant à une éventuelle participation aux prochaines élections locales anticipées du 27 novembre. Le PT, par la voix de sa secrétaire générale Mme Louisa Hanoune, estime en substance que l’organisation du scrutin n’est pas une «priorité» et n’implique pas sa formation politique. Elle s’engage toutefois à apporter son soutien «aux militants du PT qui souhaitent participer» dans ce qui s’apparente à une démarche inédite du PT.
La responsable politique a, en effet, rappelé, vendredi, lors de l’ouverture de la réunion ordinaire du Bureau politique du parti, que le PT a décidé de «laisser la liberté à la base militante» en ce qui concerne la participation ou non à l’élection.
«Pour la première fois depuis la création
du parti, et en raison de la situation exceptionnelle extrêmement compliquée, causée par la crise généralisée que traverse le pays, le parti a décidé de laisser la liberté à la base militante».
Le mouvement politique s’engage toutefois à apporter son soutien aux militants qui se présenteraient. «Nous ne pouvons pas ignorer la minorité de militants qui ont fait le choix de se lancer dans la bataille électorale (…) Il est de la responsabilité de la direction du parti de leur apporter le soutien politique».
En ce sens, cette position «inédite», à mi-chemin entre le boycott et la participation, s’appuyait selon Louisa Hanoune sur les résultats d’une «consultation» et d’un «débat de fond avec les militants et citoyens», organisé tout au long du mois de septembre.
Ainsi, il en ressort selon la responsable «une très grande réserve quant à la participation aux élections à cause de la situation du pays sur les plans politique, économique et social» ; Louisa Hanoune, sans donner de chiffres, reconnaît cependant qu’un «pourcentage limité de militants a défendu le choix d’une participation (…) non-électoraliste, mais à cause des mêmes considérations relatives à la situation difficile du pays». En ce sens, Le PT ne tranche pas entre les deux voies possibles : «Nous estimons que la question n’est pas stratégique. Les deux points de vue en faveur ou en défaveur de la participation partent de considérations légitimes et ne s’opposent pas». Il apparaît pour Mme L. Hanoune a un certain penchant pour la non-participation.
Pour la majorité, les élections ne sont pas une solution car elles ne pourront pas modifier la situation vers l’amélioration. Au contraire, elles consacrent le maintien du statu quo actuel sans rupture avec l’ordre ancien contre lequel s’est soulevée la majorité du peuple en 2019». La responsable souligne en ce sens que la «consultation» faite par le PT a montré que «le désintérêt» populaire pour les élections est «sans précédent depuis l’Indépendance (…) Il s’agit même d’un rejet clair, qui s’amplifie à chaque augmentation des prix des produits de première nécessité».
Et ce dernier point, à savoir la question sociale et économique est, pour la secrétaire générale du PT, la véritable priorité du moment. Ainsi elle détaille les attentes qui auraient été exprimées par «les diverses catégories populaires et travailleuses». «Les priorités des personnes consultées sont en relation avec leurs souffrances (…) Il s’agit pour la plupart d’un sentiment d’injustice (hogra) et de peur d’un lendemain incertain en raison d’une descente aux enfers en ce qui concerne leur situation sociale et économique.» La responsable, qui appelle notamment à relancer le secteur public, en précisant que l’argument de sa «non-rentabilité» et de sa survie grâce à l’argent public était fallacieux.
«Il faut savoir que le secteur public a reçu en 30 ans moins de 7% des près de 400 milliards de dollars qu’a reçu le secteur privé oligarchique en 15 ans.».
Elle a notamment estimé hier que les employés du secteur public vivent un «sentiment d’angoisse (…) face aux dangers qui menacent les entreprises publiques, d’autant que le gouvernement a choisi de revenir aux privatisations sous couvert de diverses appellations».