Le FFS a annoncé sa participation au prochain scrutin local, fin novembre. Son choix, qui a des chances d’être imité par les autres formations opposées à la politique du pouvoir, procède du souci de ne pas laisser vide le terrain des communes et des collectivités locales et de ne pas renoncer à la mission d’organe médiateur entre l’Etat et la société, au profit d’acteurs qui démobiliseraient davantage leurs troupes.

Par Lyes Sakhi
La carte des élections locales du 27 novembre 2021 se dessine. Les lignes qui la constituent convergent toutes ou presque vers le scénario d’une participation de l’ensemble des formations du champ politique national. Cette prévision vaut surtout pour les partis d’opposition, dont l’antagonisme avec le pouvoir s’est accentué depuis le 22 février 2019, en ayant un positionnement critique vis-à-vis de la présidentielle du 12 décembre 2019 et de l’élection de M. Tebboune à la tête de l’Etat et, surtout, en tournant le dos aux dernières législatives du 12 juin 2021. Elle est à prendre en considération après la décision prise vendredi par le Front des forces socialistes (FFS) d’être présent au scrutin de novembre prochain. Ce choix ainsi que les motivations qui l’ont nourri vont sans doute être les mêmes que les autres formations qui suivront dans les prochains jours le même chemin.
Comme le FFS, ces partis politiques participeront au scrutin du 27 décembre avec le sentiment de faire un choix cornélien : soit ils refusent de s’engager dans cette élection et de courir le risque d’abandonner leur électorat et de laisser le terrain libre à des ambitions et des candidatures qui ne manqueront pas de se manifester dans une nature qui a horreur du vide. Soit ils acceptent de tenter la chance de renouer «organiquement» avec leurs bases respectives ou de gagner des électeurs qui ne leur étaient ni réellement ni potentiellement favorables auparavant.
Entre ces deux déclinaisons, synonymes d’un véritable pari au vu du contexte complexe dans lequel va avoir lieu ce scrutin local de fin novembre prochain, il y a aura, pour les partis politiques, le souci premier de ne pas «décrocher» de leur fiefs respectifs et de pratiquer la raison de parti pour contrer des acteurs toujours présents et toujours tentés de les concurrencer pour le contrôle des assemblées communales et de wilayas. Pour argument, ils ont, pour cela, la leçon des dernières législatives à l’issue desquelles ils ont affirmé avoir constaté que le pouvoir, quel que soit le prix à payer en termes de crédibilité, pouvait se contenter d’une représentation parlementaire mal élue, en raison du boycott de l’opposition et du faible taux de participation des votants, ces 23% que le chef de l’Etat avait anticipé en allant jusqu’à déclarer qu’un modeste suffrage ne le dérangeait pas.
Leur seconde préoccupation est de se voir contraint, en cas de désertion des urnes, de payer davantage les répercussions de la défiance aujourd’hui aggravée des Algériens vis-à-vis du jeu politique et partisan. Un boycott du rendez-vous du 27 novembre prochain, synonyme d’un abandon de leur vocation à s’occuper des affaires de leurs communes et d’une abdication face à leur mission d’organe de médiation entre l’Etat et la société, de constituer également une alternative sérieuse au pouvoir, est un risque de perte d’une influence qui s’est déjà gravement érodée durant ces dernières décennies. Durant cette période, le phénomène partisan en Algérie a, en effet, souffert de l’hégémonie de contrôle des collectivités locales et de ses outils de gestion et de gouvernance par l’administration centrale. Il a aussi pâti des évidentes erreurs de conduite et d’intendance, rendant les maires et les élus locaux des courants d’opposition des sujets à l’interrogation, voire au soupçon et à l’accusation populaire sur fond de réelles ou présumées affaires de corruption quand celles-ci ne sont que d’incompétence crasse. La première victime est l’aménagement et l’urbanisme, des lieux de graves dommages partout manifestes dans le pays.

Entre le marteau et l’enclume
Ces bévues ont affaibli la confiance déjà historiquement et structurellement faible qu’ont les Algériens vis-à-vis de leurs représentations politiques, d’abord nationales puis, de plus en plus, locales comme le font constater les résultats électoraux de ces dix à quinze dernières années. L’abstention forte qui les a marqués est l’obstacle que les partis d’opposition vont devoir déjouer et l’indicateur auquel leurs états-majors devront songer avant d’entamer leur prochaine campagne. D’autant que le risque du boycott des électeurs n’est pas exclu, pas seulement en Kabylie, région sur laquelle on focalise davantage en raison du bilan dramatique qu’elle paye des gigantesques incendies de forêt et de leurs conséquences socio-économique, mais partout dans le pays. Le constat du recul inquiétant du service public (notamment dans la santé en pleine crise du Covid) et la perte conjoncturelle, mais considérable, des espaces de liberté d’expression, y a laissé des traces profondes qu’il serait absurde, voire irresponsable, politiquement, de nier. En somme, c’est entre le marteau et l’enclume que les formations d’opposition iront aux élections locales. Elles ont cependant, pour elles, la possibilité de tirer profit du malaise et du climat de menace qu’éprouvent les Algériens sur leur unité et leur cohésion, un sentiment que le massacre de Djamel Bensmaïl a rendu plus lourd. Il y a là, peut-être, une alarme ou une raison, en plus de celle des partis de pacifier le rapport entre les populations et l’Etat, de les impliquer à participer à la vie institutionnelle si mise à mal depuis des lustres.