Par Nadir Kadi
A quatre jours du lancement officiel de la campagne pour les élections législatives du 12 juin, le président du parti Jil Jadid, Soufiane Djilali, était hier l’invité de la Chaîne III. Le responsable, dont le mouvement présente une cinquantaine de listes lors du scrutin, a de nouveau expliqué la position et l’objectif du parti, «ne pas laisser le champ libre» aux forces de l’ancien régime.
Ainsi, Soufiane Djilali, tout en répondant aux critiques qui lui sont faites, en indiquant entre les lignes qu’elles viennent de ceux qui ont «fait le lièvre» pour l’ancien système, a par ailleurs appelé les manifestants du Hirak à voter le 12 juin prochain. Un vote qui doit se porter, selon lui, vers les candidats qui prônent le changement : «Au lieu de faire que les marche du vendredi, il faut se décider à porter avec énergie les candidats qui semblent porteurs d’un projet qui arrange les Algériens qui veulent un changement (…) Ces Algériens doivent aller voter pour eux.»
En ce sens, revenant, très peu sur le «fond» du programme politique préparé par Jil Jadid, et qui devrait être dévoilé en détail dans «les prochains jours», Soufiane Djilali a plus largement axé son propos sur une justification du choix de son parti de prendre part à l’élection du 12 juin. Il estime ainsi que l’échéance se déroulera dans des conditions favorables au changement : «Nous sommes dans une situation où il est possible de créer quelque chose de nouveau (…) C’est une chance pour le changement qu’il faut saisir. Nous avons un Président de la République qui a, j’imagine, bien compris le message du peuple algérien. Il s’est engagé à répondre aux désirs des Algériens (…) mais cela ne peut se faire de manière unilatérale.» Appelant en ce sens la population «ou au moins une frange de la population» à «s’impliquer». Soufiane Djilali tient notamment pour preuve du «changement» positif des conditions du scrutin que le gouvernement est jusque-là resté en retrait : «J’ai noté qu’aucun ministre ne s’est porté candidat, semble-t-il sur instruction du Président de la République (…) C’est à mon sens un très bon point, d’autant que durant des mois il y avait de soupçons qu’un certain nombre d’associations étaient préparées pour prendre la suite des partis (…) Or rien de tout cela, il n’y a pas de ministre (…) le jeu reste ouvert.»
Appel au «changement» et à la participation qui devra toutefois passer par un renouveau du dialogue avec les électeurs lors de la campagne, explique en substance S. Djilali : «Il faudra reconquérir le cœur, la raison des Algériens en leur donnant des éléments et des arguments sérieux sur lesquels ils pourront construire l’espoir (…) Il ne s’agit plus de faire des promesses pour tromper l’opinion publique.» Le président du parti Jil Jadid souligne à ce propos que le pays paye aujourd’hui les erreurs des dernières décennies : «L’Algérie était dans une telle crise qu’il ne sera pas facile de renouer le lien de confiance entre une classe politique trop longtemps discréditée et une population désabusée (…) Les Algériens sont encore en colère». Et au sujet de cette «colère» qui se serait exprimé le 22 février 2019, «dans une phase que je qualifierais de révolutionnaire», explique le responsable, elle doit aujourd’hui se transformer en actions : «Beaucoup réclament la démocratie, l’Etat de droit, la justice indépendante, comme préalables à toute participation politique. Je pense que cela s’apparente à mettre la charrue avant les bœufs (…) C’est au contraire en agissant que l’on construira cet Etat de droit que nous espérons tous. Attendre que d’autres le fassent à notre place, ou laisser le champ vide, et par conséquent, laisser les anciennes forces l’occuper (…) ne pas participer, boycotter toutes les élections, c’est permettre aux anciens appareils de revivre avec facilité (…) Aujourd’hui c’est le moment d’occuper l’espace politique».
Responsable politique, qui a par ailleurs répondu hier aux critiques qui lui sont adressées depuis l’annonce de la participation de Jil Jadid aux élections. Soufiane Djilali a déclaré en ce sens que ces critiques n’étaient pas justifiées : «Ils attaquent un parti qui prône la démocratie, l’égalité, l’Etat de droit, la citoyenneté, le changement économique… Mais en même temps, ils ne disent rien contre ceux qui ont brisé le pays et sont impliqués dans les scandales. Cela prouve que leur intention est de lutter contre le changement.» Le responsable qui, habituellement, ne désigne aucune personnalité politique ou parti, a toutefois répondu hier que parmi ceux qui critiquent le choix de Jil Jadid il y a «entre autres» le Parti des Travailleurs. Le responsable ajoutant plus loin, et de manière plus générale, que la critique de la position de Jil Jadid venait de ceux qui «faisaient le lièvre pour le quatrième mandat et avaient accepté le cinquième mandat». Ils «se mettent aujourd’hui à crier sur l’illégitimité du pouvoir». n