Jour J pour les élections législatives anticipées, dont la campagne de sensibilisation a été entamée le 20 mai dernier, mais dont le déroulement semble être singulier par rapport aux précédents rendez-vous électoraux.

PAR NAZIM BRAHIMI
Plus de 24 millions d’électeurs sont inscrits pour élire leurs représentants à l’APN, selon les chiffres de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) qui encadre à l’occasion son troisième vote dans un scrutin qui intervient dans un contexte particulier.
D’abord, il s’agit d’une élection anticipée à inscrire dans le processus de renouvellement des assemblées élues, étape à laquelle tient M. Tebboune depuis sa candidature à la magistrature suprême. Ensuite cette élection a été approchée différemment par les courants politiques présents sur la scène nationale. Elle se distingue ainsi par le boycott des formations politiques du courant démocratique qui sont restés attachés à l’option d’un processus constituant.
En face, les partis du courant islamiste sont tous de la partie, jusqu’à nourrir des appréhensions chez des pans de la société, notamment ceux austères à ce courant de voir une représentation parlementaire dominée par les MSP, El Bina, FJD et autres.
Les 407 sièges (462 auparavant) à pourvoir pour la neuvième législature sont répartis sur un total de 58 circonscriptions électorales (contre 48 auparavant), après la promotion en début d’année de dix circonscriptions administratives en nouvelles wilayas, en plus des 4 zones pour le vote de la communauté algérienne établie à l’étranger.
Dans cette compétition, ils sont 28 partis politiques à s’engager pour ces élections avec 646 listes (10 468 candidats), soit moins que les indépendants qui ont présenté 837 listes (12 086 candidats), dans une nouvelle tendance qui n’a pas encore bénéficié des études appropriées pour une meilleure compréhension du champ et de la sociologie des élections.
Tout comme pour ce «phénomène» de la forte participation des jeunes sur les listes de candidatures aussi bien sur les listes partisanes que celles des indépendants. Les chiffres de l’ANIE indiquent que plus de 13 000 jeunes sont candidats à ces élections, alors que le nombre de femmes est de 8 305. Le nombre de candidats de niveau universitaire quant à lui est de 19 942, soit 74 % de l’ensemble des candidats.

Fin de l’ère des quotas ?
Jeudi, et à 48 heures du rendez-vous électoral, le président Tebboune a évoqué une nouvelle fois le scrutin législatif en soulignant que le citoyen «sera souverain» dans ses choix, soutenant que «l’ère des quotas est révolue» en allusion à la fraude qui caractérise les scrutins antérieurs marqués par les victoires du FLN et du RND, ce qui affaiblissait le pouvoir législatif arrimé à l’Exécutif. «Le 12 juin, le citoyen sera souverain dans le choix de ses représentants à la prochaine Assemblée populaire nationale», a affirmé le président lors d’une visite au siège de l’ANIE à l’invitation de son président, Mohamed Charfi.
M. Tebboune a déclaré, par la même occasion, que «l’ère des quotas est révolue, maintenant que les lois régissant le processus électoral sont respectées, conformément à la Constitution et à la nouvelle loi organique sur les élections, et ce pour asseoir une nouvelle ère en Algérie conformément aux engagements». Cette échéance «offre, pour la première fois, l’opportunité aux jeunes et aux candidats aux finances limitées, de représenter le peuple, notamment après que le processus électoral a été mis à l’abri de l’argent, sale ou pas, ce qui garantit une véritable représentation du citoyen», a ajouté le président. Ce dernier a relevé, que le renouvellement de l’institution législative «sera suivi des élections des assemblées communales et de wilaya, des instances très proches du citoyen», confirmant ainsi l’annonce de la convocation du corps électoral au mois de septembre prochain.

Enjeux et contexte tendu
Incontestablement, c’est la question relative aux taux de participation qui suscite plus la curiosité au vu notamment du contexte global dans lequel se déroule la consultation et des positions des uns et des autres.
Pour le président de l’ANIE, le taux de participation «sera plus important par rapport à celui enregistré lors du référendum» sur la révision de la Constitution, expliquant ses prévisions par «l’engouement constaté pour les candidatures». Un avis que ne partageraient pas les partisans du boycott et les acteurs engagés dans la mobilisation citoyenne en vigueur depuis février 2019, mais dont la réponse est une question de jours seulement, le temps que les résultats préliminaires soient proclamés.
Cette étape de l’annonce des résultats ne sera pas semblable aux précédents votes puisqu’elle prendra davantage de temps à cause du comptage des voix devenu plus complexe avec le nouveau mode de scrutin retenu dans la nouvelle loi portant régime électoral. «Une déclaration concernant le paysage politique pourrait être faite au bout de 4 à 5 jours», a affirmé jeudi M. Charfi, lequel a relevé qu’on «ne peut avoir les résultats ni le lendemain ni le surlendemain».
En ce qui concerne la sécurisation du scrutin, M. Tebboune a donné mardi dernier instructions au ministre de l’Intérieur et aux responsables des corps de sécurité de sécuriser l’opération électorale, notamment les bureaux de vote, conformément aux dispositions de la loi régissant et encadrant les élections qui «garantit à l’électeur la liberté de vote et criminalise toute atteinte à l’exercice de ce droit consacré par la Constitution».