Le vote massif n’a pas eu lieu. Sans surprise aucune, les élections législatives n’ont pas drainé la grande foule dans les bureaux de vote en dépit d’une campagne électorale que les candidats à la députation ont tenté de mener, en convertissant souvent leur discours en appels aux citoyens d’aller aux urnes pour provoquer le changement revendiqué.

Par Feriel Nourine
Bien au contraire, pour cette journée du 12 juin 2021, la grande majorité des citoyens inscrits sur les listes électorales ont reconduit les réflexes adoptés en pareilles circonstances, préférant rester chez eux ou vaquer à d’autres occupations que le vote.
A la fermeture des bureaux de vote, samedi à 20H, le tableau d’affichage mentionnait une moyenne de taux de participation provisoire de seulement 30,20%, selon le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Mohamed Charfi. Ce dernier n’a cependant pas manqué de créer la confusion, en indiquant que ce taux représente la moyenne du taux de participation. D’où la réaction de certains observateurs qui mettent l’accent sur la nuance entre la moyenne du taux de participation, qui s’obtient en comptabilisant les taux par wilaya pour les diviser par 58, et le taux de participation qui se calcule directement sur le nombre de votants à l’échelle nationale par rapport au nombre d’électeurs inscrits.
Visiblement, la démarche comptable du président de l’ANIE semble bien avoir été choisie pour atténuer l’effet du fort taux d’abstention, en mettant en avant les wilayas où les scores ont été les plus hauts. En ce sens, M. Charfi a choisi de préciser que 6 wilayas ont enregistré un taux de participation de plus de 50 %, dont 2 ayant dépassé 74 %, alors que 3 wilayas ont connu un taux entre 40 et 50 % et 14 autres entre 30 et 40%.
Il a été également enregistré un taux dépassant 25 % au niveau de 5 wilayas et un taux entre 20 et 25 % dans 7 wilayas.
Par ailleurs, 22 wilayas ont enregistré une participation de plus de 100 000 votants, selon l’intervenant. Lequel s’est abstenu de citer le cas des wilayas qui, comme de coutume, ont enregistré des taux de participation très bas, voire insignifiants, à l’exemple d’Alger, Béjaïa, Tizi-Ouzou ou encore Bouira. Pendant ce temps, la communauté algérienne établie à l’étranger s’est, elle aussi, distinguée par un faible taux de participation, estimé samedi à tout juste 5%.

Algériens ne cessent de bouder les urnes
Hier, en fin d’après-midi, le taux réel de la participation n’était pas encore connu. Ce qui confirmait les déclarations du
premier responsable de l’ANIE faites la veille pour souligner que les résultats du scrutin pourraient ne pas être annoncés avant les 96 heures, conformémenta à la loi, ajoutant que l’opération de dépouillement sera «compliquée» par rapport aux élections précédentes.
M. Charfi a, en effet, souligné que le nouveau système de dépouillement «s’effectuera sur deux étapes, la première s’effectuera en fonction des listes et du nombre de sièges remportés par chaque liste, la deuxième concerne la révision de chaque bulletin ainsi que le calcul des points obtenus par le candidat selon les voix des citoyens», précisant que le dépouillement sera compliqué par rapport à l’ancien système, à savoir la liste fermée. «Ainsi, l’annonce des résultats prendra plus de temps, car la réception des procès de dépouillement dure entre 3 et 4 jours, c’est pourquoi les résultats des législatives peuvent ne pas être annoncés avant 96 heures», conformément à la loi organique des élections, a insisté l’intervenant devant les médias.
En attendant les chiffres définitifs, le taux provisoire annoncé représente déjà un score encore plus faible que les 35% réalisés pour les législatives de 2017. Lesquelles, faut-il le préciser, s’étaient déroulées durant le quatrième mandat de Abdelaziz Bouteflika et à la 18e année de règne sans précédent de ce président qui pouvait, justement, compter, entre autres, sur une Assemblée populaire nationale livrée à la majorité écrasante des partis de la coalition, pleinement acquise à son programme, en totale rupture avec le rôle du Parlement et ses devoirs de représentant du citoyen avant tout.
Certes, ces nouvelles législatives, qui font suite à la dissolution de l’APN en mars dernier, se sont déroulées dans une configuration politique du pays bien différente que celle qui prévalait en 2017, et durant de nombreuses années, avec un discours officiel qui tente, péniblement, de s’inscrire en droite ligne avec les principes et fondamentaux du Hirak. Mais la démarche adoptée ne semble pas la bonne. Du moins pas pour convaincre les Algériens à cesser de bouder les urnes et à provoquer le changement en choisissant eux-mêmes leurs représentants à la Chambre basse du Parlement.
Et c’est ce qu’a donné le scénario électoral de ce 12 juin, marqué par un déficit criant en matière d’engouement populaire qui maintient toujours d’actualité l’indifférence du citoyen à l’adresse de l’APN et au statut de député dans notre pays. Du travail, énormément de travail, reste sans doute à effectuer au quotidien pour espérer impliquer le citoyen dans la gestion des affaires du pays et, partant, l’inciter à croire en ses droits et devoirs de partie prenante dans les choix sociopolitiques, économiques et autres dont dépend cette gestion.
Un taux de participation très réduit qui ne semble pas pour autant inquiéter les pouvoirs publics, et à leur tête le président de la République. «Le peuple voulait ces élections et elles ont eu lieu», a soutenu Abdelmadjid Tebboune lors de son passage au bureau de vote où il est inscrit en tant qu’électeur.
Le chef de l’Etat s’est dit «optimiste» quel que soit le taux de participation, sachant que «partout dans le monde, y compris dans les grandes démocraties, le taux de participation aux législatives n’est toujours pas le même que celui de la présidentielle», a-t-il expliqué.