Un nouvel affront pour gifler une ambition qui paraissait démesurée. Kheireddine Zetchi, président de la Fédération algérienne de football (FAF), a vu sa postulation pour les élections du Comité exécutif (ComEx) de la FIFA, prévues en mars prochain à Rabat (Maroc), être rejetée. Décryptage d’une candidature qui n’avait pas de réelles chances d’aboutir à cause d’une stratégie électorale inexistante jumelée à des antécédents disciplinaires qui se sont avérés fatals.

Le passé finit toujours par nous rattraper. Zetchi l’a appris à ses dépens mardi. En effet, il a été informé qu’il ne pourra pas s’aligner dans la course pour les deux sièges réservés à la Confédération africaine de football (CAF) au sein du ComEx de la FIFA. Il y avait beaucoup trop d’approximations dans sa quête du poste. A commencer par le manque d’alliés et le fait d’être mal conseillé. Un cocktail létal. L’idéal pour faire foirer tout plan.

Formulaire, «bonne foi» et recours
Cela a plombé l’ambition du patron de la FAF qui aurait, selon une source bien informée, omis (involontairement ou sciemment ? mais il assure l’avoir rempli «en bonne foi») de mentionner dans le formulaire des candidats qu’il avait fait l’objet de sanctions disciplinaires. En effet, dans l’imprimé pour remplir les renseignements, il y avait une case où il est mentionné : «une instance dirigeante sportive vous a-t-elle imposé par le passé une sanction ou mesure disciplinaire (ou assimilée) pour des actions constituant une violation des règles de conduite prévue dans la section 5 de la partie II du code d’éthique de la FIFA ?»
A cette question, il fallait répondre par «oui» ou «non». Zetchi a coché la case négative. Ce qui n’était pas le cas après enquête de la Commission de contrôle de la FIFA. Pourtant, il a bien été sanctionné par la CAF pour 6 mois, alors qu’il encourait une suspension de deux années pour s’être retiré de la Commission du CHAN-2018. Officiellement, son retrait était motivé par le rejet de la candidature de Bachir Ould-Zmirli, à l’époque membre du Bureau Fédéral (BF) de la FAF, qui aspirait à intégrer le ComEx de la CAF. Mais, il faut le rappeler, le dossier de ce dernier a été envoyé hors délais.
L’attitude de Zetchi avait fortement déplu aux dirigeants de la CAF. Lors d’une réunion de travail, il en est même venu aux mains avec Amr Fahmy (Egypte). Un incident et un mauvais comportement qui le rattrapent 3 ans après pour venir tout compromettre. Et ce, même si la FAF interjettera un recours en justifiant que cette sanction de l’organe confédéral n’a jamais été notifiée par courrier.

Prétention démesurée et stratégie bâclée
Mais cela ne peut pas tout expliquer tant Zetchi n’a pas préparé le terrain pour pouvoir acheminer sa prétention (démesurée ?) en lieu sûr. L’homme fort de la balle ronde Dz n’a pas semblé avoir beaucoup de soutien. Même pas au sein de l’Union nord-africaine de football (UNAF), structure régionale qui devait lui permettre de mettre les bases de son opération séduction.
Les relations tendues avec son homologue tunisien Wadie Jary illustrent parfaitement son manque de tact et de clairvoyance politique nécessaire pour priser ce genre de magistratures. Dans un rayon plus vaste, celui continental, il a attendu ce mois de janvier pour aller «mendier» des soutiens au sein de la CAF à l’occasion du CHAN 2021 qui se tient au Cameroun. Tout était tardif et fait dans la précipitation et l’improvisation pour un rendez-vous qui requiert un lobbying plus consistant et prolongé dans le temps.

La sanction de la LFP caduque dans 3 jours
Et pour boucler la boucle, tel un symbole, Zetchi ne fait même pas l’unanimité en Algérie. Nombreux bruits de couloirs ont évoqué un sabotage en interne par le clan de «Raouraoua» qui aurait cherché à faire avorter son avènement éventuel au sein du ComEx de la FIFA. Toutefois, on notera que le supposé PV de la sanction infligée, en février 2016 lorsqu’il était président du Paradou AC, par la Ligue de football professionnel (LFP) pour avoir critiqué l’arbitrage, ne pouvait pas peser dans cette inéligibilité car la sanction en question est «mineure».
En outre, les «Raouraouistes» contre les «Zetchistes» se mènent, d’ailleurs, une guerre sur les réseaux sociaux. Les partisans de l’actuel maître des lieux au siège de Dely Ibrahim ont évoqué une trahison pour donner un cachet «dramaturgique» à cet épisode. Or, la sanction de la LFP deviendra caduque à compter du 1er février 2021 sachant que le code disciplinaire de la CAF prévoit, dans son article 110, la prescription des sanctions au bout de 5 ans.
A partir de là, le second motif évoqué dans la correspondance de la FIFA pour signifier le rejet de candidature ne sera plus valable dans 4 jours. Et il ne peut pas suffire à invalider la candidature de Zetchi sachant que le vote est prévu en mars. Reste la sanction décidée par la CAF. C’est cette dernière qui pourrait rendre la requête de recours sans suite.