Aïn Kerma est une des quatre communes que gère la daïra de Bouhadjar, située à quarante-trois kilomètres du chef-lieu de wilaya. Elle ne dispose d’aucune ressource pouvant renflouer ses caisses pour pouvoir lancer des projets réclamés par la population rurale vivant depuis la nuit des temps des produits de la terre.

Une telle situation est à l’origine des contestations des habitants qui ne savent plus où donner de la tête.
Lors des dernières élections communales du 23 novembre 2017, les électeurs chauffés à blanc par des candidats RND ont balayé d’un revers de la main les candidats FLN et candidats d’autres formations taxés de laxistes durant les cinq années de gestion. Un jeune ex-inspecteur des télécommunications a raflé la mise en remportant la majorité des sièges. Il a été réhabilité par la population ayant fait déjà trois ans en remplacement d’un ex-P/APC, auquel le wali avait mis fin à ses fonctions. Durant ces trois années, Kamel Belkhiri (RND), sérieux et loyal, a laissé une bonne impression chez ses administrés. Ils l’ont récompensé lors des dernières élections en le portant avec tous les honneurs au portillon. La commune ne survit qu’avec les subventions étatiques réduites depuis la crise économique à sa plus simple expression. Une subvention qui n’arrive pas à payer les fonctionnaires et les ouvriers communaux, dont le nombre se rétrécit d’année en année comme une véritable peau de chagrin. Avec un taux de chômage estimé de 20 à 30%, un manque criant en infrastructures de base, une absence quasi totale de planification, de cadres et d’un commerce florissant et de lieux de distraction, la commune d’Aïn-Kerma est à classer parmi les communes de la wilaya les plus démunies. «Tout manque dans cette localité abandonnée», nous soufflent des jeunes, vendant le long de la rue principale des petits objets. «Nous nous adonnons à cette activité pour ne pas devenir des délinquants», nous lance un autre jeune ayant quitté les bancs d’école avant seize ans. Aïn Kerma est une ville morte à partir de dix-huit heures. En ce samedi, où sur ces hauteurs il fait frisquet, aucune âme qui vive après la prière d’El Maghreb. Quelques fidèles reviendront à la mosquée pour accomplir la prière d’El Icha. L’agglomération sombre dans une profonde léthargie. Elle nourrit un espoir sur la création d’unités économiques pour résorber le chômage, nous apprend-on. Ici comme ailleurs, les initiatives sont tuées dans l’œuf, comme le cas d’un fermier qui a misé gros mais qui a finalement perdu beaucoup à cause des obstacles rencontrés. Premier constat pour tout visiteur venant d’une autre contrée, l’impraticabilité des voies de communication menant vers la douzaine de mechtas formant la commune de douze mille habitants, Fehis, Jantoura, Sanhadja, Fertita, etc. C’est un vrai parcours du combattant hiver comme été. La population est alimentée à partir du barrage de Bounmoussa en passant par Damous Bouhadjar. Quand l’eau est disponible, elle est servie deux heures au maximum. Toutes les enveloppes financières votées depuis qu’Aïn-Kerma est devenue commune n’ont pas suffi pour assurer une seule voie carrossable. L’on se demande où a été injecté cet argent ? La dernière était de cinquante-cinq milliards de centimes. Elle aura l’année prochaine cent milliards comme budget communal. Sur le plan santé, la commune est loin d’être gâtée bien qu’elle soit dotée d’une polyclinique. Les accouchements se font souvent après transfert à Bouhadjar ou au niveau d’un des hôpitaux de la wilaya d’El Tarf ou El Kala. Des études ont été faites depuis plus d’une dizaine d’années pour le montage d’une briqueterie, mais depuis, aucune suite n’a été donnée à ce projet. La population tire ses ressources de subsistance dans la pratique de la terre. Le taux de paupérisation dans cette commune, distante de 26 km du chef-lieu de wilaya, a atteint un taux alarmant. L’on dénombre plus de quatre à six mille familles démunies, dont une majorité vit des actes de bienfaisance d’âmes charitables. Avec le nouveau P/APC et la nouvelle méthodologie de développement imposée par le nouveau wali, l’espoir renaît chez ces habitants hospitaliers et affables de Aïn Kerma.