La ministre de la Culture, et suite aux appels des associations de la wilaya d’El-Oued, a ordonné l’arrêt de la procédure de destruction de la vieille gare ferroviaire, un vestige de la période de colonisation.

Une intervention venue à temps pour suspendre la décision de démolition de ce qui reste de la vieille gare ferroviaire à Oued Souf. Le précieux vestige a été en partie détruit, mais reste le silo qui se dresse encore majestueusement, seul au milieu des décombres, témoin d’une partie de l’histoire d’un lieu que beaucoup veulent supprimer.
L’acharnement contre les vestiges historiques se poursuit. A El Oued aussi, les destructions des témoins du passé vont bon train quelques jours seulement après la destruction de la coupole de la vieille gare ferroviaire.
La wilaya a construit un nouveau siège de l’APC à l’intérieur du secteur sauvegardé abritant le vestige de la vieille gare ferroviaire, avec un style et des matériaux ne respectant pas le cachet architectural local. Violant encore les règles en optant pour un revêtement en cassettes d’alucobond. Sous prétexte qu’ils cachent la façade du nouveau siège de l’APC, la coupole et le silo, ce qui reste de la vieille bâtisse, font l’objet d’un projet de démolition par les autorités locales qui ont tout fait pour la détruire et récupérer l’assiette qui l’abrite.
Le Syndicat national des architectes, bureau d’El Oued, avait exprimé son refus catégorique de la décision de l’Assemblée populaire concernant la destruction de ce qui reste du vestige de l’ancienne gare ferroviaire. La destruction délibérée du patrimoine culturel constitue un crime selon l’association Kounouz El Djazair (Trésors de l’Algérie). Cette dernière a déploré la décision des autorités locales qui ont autorisé puis procédé à la démolition de ce vieux vestige. Une opération effectuée dans la nuit en période de confinement, ce qui a suscité des interrogations sur la légitimé de l’action et de la procédure entière. Le wali d’El Oued avait, rappelons-le, organisé quelques jours avant un référendum local à travers les réseaux sociaux pour demander l’avis de la population. Ce qui a suscité une vive polémique et la controverse dans la ville et divisé les habitants entre les pour et les contre de l’idée. Une façon, selon certains, pour le wali d’El-Oued de se déresponsabiliser en laissant la balle dans le camp de la population, déjà largement divisée sur l’affaire. Pour les associations et les cadres de la ville, cet acte «inadmissible » vise à semer la discorde entre les habitants de la wilaya.
L’association Kounous El-Djazair, et à travers son bureau national, a adressé le 19 août 2020 une lettre à la ministre de la Culture, dont nous disposons d’une copie, où elle attire l’attention de cette première responsable du secteur sur les graves atteintes au patrimoine de la wilaya, vestige qui date de l’époque coloniale.
L’association a dénoncé la décision, selon elle «irresponsable » et «improvisée », de l’Assemblée populaire communale, prise lors d’une délibération le 16 août 2020, autorisant ainsi la destruction de ce qui reste du vestige de la vieille gare ferroviaire, à savoir la coupole et le silo. Ce vestige, qui se dresse majestueusement en plein centre-ville des 1 000 coupoles, est un patrimoine historique, culturel et touristique, fondé en 1943. Elle comportait les services de gestion de la voie ferroviaire et ce jusqu’à l’Indépendance. Elle a été fermée complètement durant les années 1970.
Le nouveau président de l’APC, fraîchement installé, et avec le soutien du wali, a procédé, dans la nuit du mercredi vers 23H30, et après l’entrée en vigueur du confinement, à la démolition de la voûte adjacente au silo, une coupole témoignant d’une histoire transmise entre les générations. Cet acte restera à jamais une tache dans l’histoire en violant le décret exécutif du 28 mars 2011 qui détermine la cité El Achache, secteur sauvegardé et classé au patrimoine national, relève la correspondance de l’association.
On y lit également : «Ce vestige s’étend sur une superficie dépassant les 29 hectares. Ce monument, qui exprime la mémoire historique de la ville d’El-Oued, est aussi révélateur du caractère architectural d’une époque historique de l’Algérie. La ville va ainsi perdre une partie de son caractère traditionnel et patrimonial et une source attrayante de tourisme. »
La ministre a chargé la direction de la restauration et de la conservation du patrimoine culturel ainsi que la direction de la culture dans la wilaya de suivre l’affaire. Il s’est avéré que la fondation du lieu remonte aux années quarante du siècle dernier et, en termes de forme de localisation, matériaux de construction, sa couleur et les éléments urbains expriment le style architectural distinct de Oued Souf. Il est aussi symbole d’un caractère local que nous devons préserver, valoriser et intégrer dans les démarches culturelles et touristiques de la ville, selon le communiqué publié sur la page officielle du ministère de la Culture et des Arts.
A cet effet, la ministre de la Culture rappelle aux associations et personnalités intéressées par le patrimoine, que le champ est ouvert pour contribuer à la réalisation de l’inventaire général du patrimoine culturel non classé de la wilayat d’El-Oued, et ceci dans le cadre du projet de carte archéologique nationale, supervisé par le ministère de la Culture et des Arts.
La ministre a donné donc des instructions pour arrêter le processus de démolition et intégrer ce bâtiment sans distorsion dans la réhabilitation de l’espace urbain de la ville, afin qu’il reste un repère culturel et touristique qui symbolise l’une des composantes architecturales, urbaines et esthétiques de la ville aux 1 000 coupoles, souligne la ministre dans son message. Cette intervention est survenue suite aux appels des associations et des cadres de la région. Après la lettre de l’association nationale touristique Kounouz El Djazair (Trésors de l’Algérie), les messages adressés au ministère par les cadres, le Dr. Abdelkader Azem Aouadi, professeur d’histoire contemporain et chercheur en histoire locale, l’Association nationale pour le développement durable local et d’autres. Pour le journaliste Gaid Khalifa, chercheur, doctorant en narratologie, ce site fait partie de l’histoire, d’une région qui est en jeu, et la rupture d’un lien culturel qui s’était tissé entre le temps et le lieu. C’est un témoin d’une partie de notre passé qui a disparu, a-t-il lancé tristement.
A rappeler que l’assiette d’une petite église, vieille de plus de cent ans, a été également détruite et un logement de fonction pour les cadres de la formation professionnelle est construit à la place. Encore, la première mosquée construite dans la région ainsi que la maison de l’auteure et exploratrice suissesse, d’origine russe qui s’est installé à Oued Souf en août 1900 et celle qui a nommé El Oued, la ville aux 1 000 coupoles et beaucoup d’autres lieux historiques, ont été détruits par des P/APC et des responsables locaux qui détiennent le pouvoir de gestion et de décision au niveau local. <