« Message au peuple algérien, protégez-vous. La prévention c’est de restez chez vous ! » C’est l’appel lancé par les membres de la famille Hami, touchée par le Coronavirus et ayant perdu deux membres en moins de 24 heures. Plusieurs personnes de la même famille présentent actuellement des symptômes dont une confirmée.
Hier encore, un autre membre de la famille Hami, qui a perdu en moins de 72 heures deux personnes, a été testé positif au Covid-19. Deux autres membres dont une femme, suspectés d’être porteurs de ce virus, ont été mis en isolement à l’EPH d’El-Oued, selon Ismaïl Salah, membre de la famille Hami, dans un entretien téléphonique avec Reporters.
Jusqu’à maintenant, et malgré l’important danger de contamination, la famille des sujets contaminés n’est pas placée en isolement réellement. La décision n’est que verbale et les autorités locales, du wali aux responsables de la DSP, sont tous absents. Les membres de la famille endeuillée lancent depuis deux jours des posts d’alerte sur leurs pages de Facebook, avertissant la population d’éviter de s’approcher la zone où la famille réside et ont appelé tous les citoyens à rester chez eux.
Le nombre va sûrement augmenter vu l’absence des autorités locales, des services de la DSP et le laisser-aller qui règnent dans la ville, nous lancent les membres de la famille Hami. Selon eux, les mesures de confinement et de distanciation sociale n’ont pas été imposées ni respectées. La famille a été abandonnée à son sort, sans soutien, sans réelle prise en charge, à l’exception du staff soignant qui a tout fait pour sauver les victimes, nous assurent-ils.
Selon ce dernier, il s’agit d’un autre oncle qui habite à Blida et qui aurait contaminé les deux défunts, ces derniers n’ont pas quitté la ville d’El-Oued depuis des semaines et n’ont été invité à aucune cérémonie de mariage. Selon Ismaïl Salah, leur oncle a rendu visite à la famille à Oued Souf, au début de la semaine dernière après que les tests réalisés à Blida se sont avérés négatifs. Deux jours après la visite de ce proche, son frère (Abdelhadi Hami) et sa sœur (Bahia Hami) sont morts par le coronavirus.
Suspecté de porter le coronavirus, le premier cas a été hospitalisé avec sa sœur, qui présentait également les mêmes symptômes, le lundi 16 mars 2020, il est mort. Contrairement aux déclarations du directeur de la santé d’El-Oued, l’homme est décédé lundi dernier et non pas jeudi, et avant de confirmer qu’il était infecté par le Covid-19. Puisque le compte rendu des résultats des tests envoyés à l’institut Pasteur n’a été reçu que mercredi soir, soit plusieurs jours après le décès. La sœur de la victime, âgée de 69 ans et non pas 51 ans, comme a déclaré le DSP aux médias, a aussi succombé au coronavirus. Elle est morte jeudi soir.
La famille lance un appel au Président Tebboune
« Il ne fait aucun doute que ceci est dû à l’insuffisance du système de prévention et de vigilance, qui est malheureusement toujours sous la supervision des anciens superviseurs », publie Ismail sur sa page Facebook dans un message destiné au Président Tebboune. « Il est inconcevable que les proches des défunts, victimes du misérable système, soient plus conscients que ceux chargés de veiller à la santé des citoyens », dit-il. Il affirme dans ce message qu’il existe des défaillances réelles dans la lutte contre la pandémie de Corvid 19 dans le cas des deux malades de la famille Hami au niveau de la prévention et le diagnostic préalable du patient référentiel, le traitement avec les cas suspects, leurs familles et le manque d’efficacité de l’enquête épidémiologique, le traitement et la communication durant la phase de la confirmation de la maladie, de l’hospitalisation, de la mise en quarantaine des proches du patient et de l’absence de cellule d’écoute. « Et même après la mort, l’absence de mécanismes d’intervention des autorités qui a conduit les proches des défunts à sortir et à achever par eux-mêmes les démarches bureaucratiques pour l’enterrement des leurs, loin de l’isolement sanitaire », a conclu son message.
Mesure de confinement fragile et risque de propagation
Bien que sollicités de rester chez eux, les membres de la famille de la défunte se sont trouvés obligés de sortir pour finaliser et accomplir les procédures administratives, sécuritaires et préventives pour l’enterrement. « On s’est retrouvé en train de galoper d’un service à l’autre, de l’hôpital à l’APC pour avoir l’autorisation à l’enterrement, à se procurer les produits de désinfection, trouver un laveur de mort et se procurer un cercueil pour le transport de la dépouille et éviter d’éventuelles contaminations », se désole Salah, ex-directeur de l’EPH de Mohamed-Boudiaf de Ouargla et le fils de la victime.
« On a tout fait seuls sans l’aide des autorités locales. Cela nous a pris toute la journée. Notre mère a été mise en terre en début de soirée », ajoute ce dernier avec amertume.
« On craint une contamination massive les jours à venir. Je peux être porteur de virus mais je dois sortir pour acheter ce dont j’ai besoin. L’Etat est quasi absent. La décision de confinement n’est que verbale et aucune mesure n’est prise pour la faire respecter », déclare un autre membre de la famille. Depuis la mort des leurs et la confirmation des tests de contamination par le virus Covid-19, les membres de la famille mènent une vaste campagne de sensibilisation sur la dangerosité de la situation. Ils se sont précipités sur l’espace bleu pour avertir la population et appeler les gens à rester chez eux, à travers leurs pages Facebook. n