Dans ce qui correspond à la mise en œuvre de l’initiative «rassemblement» et «main tendue», le président Tebboune a entamé, avant-hier, une série de rencontres avec des représentants de la classe politique en recevant deux chefs de parti, Abdelkader Bengrina du mouvement El Bina et Soufiane Djilali de Jil Jadid.

PAR NAZIM BRAHIMI
Si ce n’est pas la première fois que le président de la République lance un cycle de dialogues avec des entités politiques et des représentations sociales, depuis son accession au Palais d’El Mouradia, en décembre 2019, le présent contexte semble différent dans la mesure où ces rencontres sont à inscrire dans l’initiative portant «rassemblement» de tous les Algériens, telle que présentée par le président du Conseil de la nation (Sénat), Salah Goudjil.
Un «rassemblement» pour quel contenu? Le président du Sénat s’est exprimé à la veille de la commémoration des massacres du 8 Mai 1945 après les allusions de l’agence officielle, qui a insinué l’existence de l’initiative en question, soutenant que l’Algérie «a besoin de tous ses enfants pour fêter tous ensemble, le 60e anniversaire de l’Indépendance», donnant lieu à lire à une nouvelle offre politique dont les contours ne sont pas encore connus.
Et si l’institution présidentielle n’a pas communiqué sur cette initiative, lancée à deux mois du 60e anniversaire de l’Indépendance du pays, date à forte charge symbolique, les pronostics suscités par l’agenda présidentiel font avancer l’idée d’un tour de table et de consultations en perspective d’un changement de gouvernement, un projet annoncé récemment par le chef de l’Etat lors de sa dernière rencontre avec des médias nationaux. Au-delà de ce dessein visant à reconfigurer le staff exécutif pour une meilleure action publique, notamment sur le terrain des réformes économiques dont le marqueur attendu sera sans doute le futur code de l’investissement qui sera examiné demain jeudi en session spéciale du Conseil des ministres, c’est aussi, pour le chef de l’Etat, le plan pour un «nouveau pacte ou consensus national» qui est évoqué selon les échos perçus çà et là.
Il s’agirait d’un nouveau deal politique par lequel M. Abdelmadjid Tebboune voudrait redonner au champ politique une «nouvelle impulsion» et une «nouvelle dynamique» qui pourraient s’exprimer par des initiatives d’ouverture en direction des différents courants partisans et syndicaux et des sensibilités qui appellent à une décrispation du climat politique général, notamment le versant relatif aux libertés…
Les déclarations des deux premiers hôtes d’El Mouradia ont livré des indications générales quant aux questions évoquées à cette occasion avec le chef de l’Etat. Elles semblent toutefois versées vers cette hypothèse de mise en train d’un nouvel environnement de consultations et de dialogues avec les «forces vives» du pays. Sofiane Djilali a indiqué que la rencontre avait permis d’examiner un «nombre important de questions», soulignant que le président Tebboune avait «expliqué les positions de l’Etat algérien dans tous les domaines», à l’instar de la gestion publique, l’économie, les médias et la lutte contre la corruption. Il a ajouté que cette rencontre «s’est articulée autour d’une idée cruciale selon laquelle le temps était venu pour échanger les points de vue, défendre l’unité nationale et contribuer à l’édification d’une société et d’un Etat fort».
Au début de la semaine et avant la rencontre Tebboune-Soufiane Djilali, le parti de Jil Jadid a rendu public un communiqué à puissante teneur politique considérant que l’Algérie «doit rapidement retrouver un consensus politique national pour renouer les fils de la confiance, réhabiliter la politique et faire face aux potentielles perturbations sociales à venir». L’inquiétude de cette formation politique est bâtie sur «la faiblesse de notre système économique, du chômage endémique, de l’inflation excessive due en bonne partie à une dépendance trop élevée aux importations, de l’absence d’une dynamique de l’investissement, d’un système financier rigide et d’une bureaucratie toujours plus entreprenante devenue l’outil par excellence pour une corruption active».
Estimant que «les difficultés socio-économiques ne peuvent que renforcer la défiance de la société algérienne à l’encontre des institutions politiques», Jil Jadid considère que «les poursuites judiciaires avec détentions préventives excessives pour activisme politique, le manque flagrant de communication de l’appareil judiciaire et politique, a fortiori lorsqu’il y a mort d’homme, la fermeture inexpliquée des médias, renforcent le sentiment de malaise dans le pays». Le parti avait pointé également «la faiblesse manifeste d’un gouvernement qui semble déconnecté de l’opinion publique et les multiples décisions contradictoires et répressives dans la gestion économique du pays… démoralisent les citoyens, en général, et les entreprises, en particulier».
Pour sa part, M. Bengrina a indiqué avoir abordé avec le président Tebboune «toutes les questions nationales et régionales», mettant l’accent sur «la nécessité de renforcer le front interne et de mettre main dans la main pour faire face aux défis». Il a ajouté que «plusieurs préoccupations jugées essentielles» ont été soulevées durant cette rencontre, notamment en ce qui concerne le volet économique et le secteur agricole, ainsi que «la performance de certains départements ministériels dont la prestation de certains n’est pas à la hauteur». Une formulation qui conforte quelque part le scénario d’une reconfiguration prochaine, voire rapide de l’Exécutif et du gouvernement que préside actuellement Aïmene Benabderrahmane. n