Un projet de restructuration du complexe sidérurgique est sur les tablettes. Il sera examiné «prochainement» par le Conseil des participations de l’Etat (CPE), à en croire le ministre de l’Industrie, Ahmed Zaghdar. L’ancien fleuron de l’industrie lourde algérienne se fond dans d’interminables difficultés financières.

Par Hakim Ould Mohamed
«Nous comptons restructurer le complexe d’El Hadjar au titre d’un projet au niveau du CPE qui sera prochainement soumis au Premier ministre pour adoption», a déclaré le ministre de l’Industrie, invité de l’émission «Forum de la Radio algérienne».
Le ministre n’est pas allé par quatre chemins pour dire les difficultés financières auxquelles est confronté le complexe sidérurgique, lesquelles difficultés impliquent, selon lui, une ingénierie financière s’appuyant sur ses capacités sans recours aux financements directs du Trésor. Sans aller dans les détails du business plan élaboré au profit d’El Hadjar, Ahmed Zaghdar a souligné que la nouvelle vision pour le financement de ces entreprises s’appuie sur des plans à moyen et long termes conformément à des objectifs définis soumis aux banques en vue d’obtenir des crédits. Ajoutant que les banques «ont la liberté de décision» dans le financement ou non de l’entreprise.
Sur la question de la manière dont les entreprises industrielles économiques seront gouvernées à l’avenir, le ministre de l’Industrie a affirmé que les services de son département ont instruit les gérants des entreprises publiques à l’effet de signer des contrats d’efficacité comportant des objectifs définis qui feront l’objet d’évaluation à la fin de l’année.
La réforme du secteur public économique, qui inclut aussi bien l’option de restructuration, à l’image de ce qui se prépare pour El Hadjar, que celle portant sur l’ouverture de leur capital via la Bourse, fait partie des actions économiques phares défendues à cor et à cri par l’actuel gouvernement dans son programme.
Cette réforme devrait affranchir les entreprises publiques des perfusions financières du Trésor public, voire des investissements à perte des banques publiques, dont certaines ont été affaiblies par une hausse des créances non performantes et/ou compromises, détenues sur des entreprises publiques. Cependant, compte tenu du passif de plusieurs d’entre elles, il est peu probable que l’Etat se retire ainsi facilement sur l’Aventin, sans une prise en charge préalable de l’ensemble des dettes du secteur public.
La réforme du secteur public marchand serait tributaire d’une énième opération d’assainissement financière, laquelle constituerait un prélude, soit à leur introduction en Bourse ou à leur restructuration suivant un nouveau business plan.
L’insoutenable concours financier de l’Etat
Au cours des dernières années, l’Etat avait consacré plus de 1 200 milliards de dinars à l’assainissement de ces entreprises sans atteindre l’objectif escompté à cause des dettes cumulées, en raison de plusieurs facteurs, a reconnu le ministre de l’Industrie, voici quelques jours. Invité dans les studios de la Télévision algérienne, Ahmed Zaghdar avait annoncé, à la même occasion, le lancement d’un programme de relance de 51 entreprises économiques publiques, dans le cadre du Plan d’action du gouvernement. El Hadjar en fait partie. Tout comme Eniem et Enie. Le complexe sidérurgique s’est révélé un véritable gouffre financier ces dernières années ; la dernière dotation financière en date s’élevant à 80 milliards de dinars (34 milliards de dinars pour la première phase et 46 milliards de dinars pour la deuxième). Les aides financières de l’Etat au bénéfice de ses entreprises grèvent la trésorerie publique et affaiblissent les banques, dont les engagements à long terme se sont traduits en partie par la hausse des crédits non performants. D’ailleurs, le ministre de l’Industrie a déclaré, en septembre dernier, lors d’une visite au complexe d’El Hadjar, qu’il n’est plus possible pour l’Etat de maintenir son aide financière au profit du complexe. «Le complexe ne devrait plus compter sur l’aide de l’Etat vu la situation actuelle des finances publiques», a déclaré Ahmed Zaghdar. Pour sa part, le Premier ministre Aïmene Benabderrahmane a déclaré, il y a quelques mois, que l’accompagnement financier de l’Etat aux entreprises publiques sera conditionné par la modernisation de leur mode de gestion et qu’un cahier des charges définissant les conditions d’accès de ces entreprises au soutien financier étatique sera bientôt mis en place. «Le cahier des charges en question sera élaboré par le Trésor public, les banques publiques et les entreprises industrielles publiques», a indiqué le Premier ministre.
Les responsables sont ainsi unanimes à dire que les aides financières permanentes au profit des entreprises publiques sont décidemment insoutenables pour l’Etat et qu’il va falloir affranchir le secteur public du concours financier du Trésor et des banques. En attendant les modalités d’application de cette réflexion, l’Exécutif est attendu sur d’autres chantiers de réforme, et non des moindres, dont la révision de la loi relative à l’investissement. Sur cette question, le ministre de l’Industrie a fait savoir que le nouveau texte concrétisera le principe de stabilité législative et prendra en compte le caractère immatériel de certains investissements, outre l’octroi d’avantages aux projets inscrits en faveur du développement des Hauts-Plateaux et du Grand-Sud.