L’enquête-BD « Des billets et des bombes » vient d’être éditée (30 janvier 2019) en France. Un ouvrage qui met en images l’affaire franco-libyenne sur le financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy de 2007, et les dessous de l’assassinat de Mouammar Kadhafi. Le livre a été réalisé grâce à la collaboration de plusieurs journalistes et un illustrateur, mais aussi par un algéro-français, El-Hadi Yazi. Ce dernier, co-directeur artistique de l’ouvrage, revient, pour « Reporters », sur son aventure livresque et également sur son parcours.

Reporters : Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette aventure ?
El Hadi Yazi : Je précise, pour qu’il n’y ait pas de confusion, que je ne suis pas impliqué au même titre que Thierry Chavant, Fabrice Arfi, Élodie Gueguen, Michel Despratx, Benoît Collombat, Geoffrey Le Guilcher qui sont les auteurs de ce très bon livre. J’ai contribué à la direction artistique de la couverture et des gardes. Je suis engagé dans le collectif de «La Revue Dessinée», qui est une publication trimestrielle de bande dessinée de reportage depuis sa création. Cette revue est co-éditrice de ce livre, avec les éditions Delcourt, ce qui a naturellement permis de concevoir, avec Thierry Chavant et Franck Bourgeron, cette couverture. L’objectif du travail, hormis la beauté, était son expressivité et son impact.

Mais qui est El Hadi Yazi ? Quel est votre parcours ?
Eh bien je suis né en France, à Livry-Gargan (93), à 10 km de Paris, de parents algériens. J’ai grandi en Seine St-Denis. Le dessin a toujours été ma passion. J’ai fais mes études supérieures à l’école Estienne, puis aux Arts Décoratifs de Paris. Après quelques expériences de graphiste à l’étranger et en France dans des entreprises et des studios, j’ai décidé de créer mon propre atelier de design graphique. Je travaille sur tout ce qui à trait aux arts visuels. Je suis donc aujourd’hui installé dans le XIIe arrondissement de Paris. Je travaille entre autres pour Gallimard, La Revue Dessinée, Télérama, L’Équipe, l’Institut du Monde Arabe, le Festival de Cannes, Canal+, France Télévisions…

Comment ce livre a été réalisé ?
Alors, pour la couverture, la conception a duré, en tout et pour tout, deux semaines et demi. Pour l’album en entier, ça s’est fait entre une année et demi, et deux ans.
Plusieurs enquêtes ont été publiées sur les relations sulfureuses entre Sarkozy et Khadafi, notamment sur le journal électronique « Mediapart » par Fabrice Arfi, qui participe d’ailleurs à ce livre. Qu’apporte de nouveau cette enquête-BD aux investigations réalisées auparavant ?
Pour cela Thierry Chavant, l’illustrateur de « Des billets et des bombes », pourrait vous en dire plus, car moi je ne suis pas à sa place (rires).

Et qu’en est-il de l’Algérie ?
Donc, je suis de nationalité algérienne, mais aussi française. Je viens assez régulièrement à Alger et dans ses environs pour passer de bons moments avec ma famille. Mais j’aimerais venir plus souvent, pour découvrir l’Ouest, le Sud et l’Est du pays. C’est immense comme pays !

Avez-vous réalisé des travaux en Algérie ?
À mon grand regret je n’ai jamais travaillé. Personne ne me connaît sur place. En France, je bénéficie d’un réseau et des connexions professionnelles se tissent ainsi naturellement. J’ai en revanche travaillé en Afrique subsaharienne et au Maroc. Mais bon, on ne m’a jamais appelé pour l’Algérie.

C’est un choix personnel ou rien ne vous a été proposé ?
Non. C’est comme partout ailleurs, il faut construire, en travaillant dur, pour avoir une reconnaissance professionnelle dans un pays. Il faut donc faire ses preuves. Donc j’espère vraiment que cela va pouvoir se réaliser en Algérie. J’ai rencontré une éditrice lors de mon dernier séjour, mais pour le moment nous n’avons pas aucun projet en commun.

Actuellement, quels sont vos projets ?
Je travaille sur une couverture aux éditions Casterman, celles qui éditent «Tintin» et «Corto Maltèse» en France…
Je viens de terminer une série de dessins sur Kilian Mbappé, son père, Wilfrid et sa ville natale, Bondy, pour «L’Équipe». J’ai aussi en projet de relooker la revue XXI, avec le directeur artistique Quintin Leeds. C’est une très belle revue de reportage, haut de gamme, bien écrite et richement illustrée. J’ai également deux projets de récits dessinés sur lesquels je travaille depuis un certain temps. Il faut que je me mette un coup de fouet pour avancer sur cela… Mais je ne peux pas en dire plus pour le moment…