L’organisation terroriste Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a, désormais, un nouveau chef en la personne d’Abou Obaida El-Annabi qui prend ainsi la place d’Abdelmalek Droukdel, tué lors d’une opération de l’armée française en juin dernier dans le nord du Mali.

L’annonce d’un nouveau nom à la tête de l’organisation terroriste indique au moins trois choses importantes. La première a trait au timing dans lequel a été communiquée la nouvelle. L’on peut se poser, dans ce registre, la question de savoir pourquoi cette organisation terroriste a mis tout ce temps pour se doter d’un chef. L’interrogation est motivée par le fait que l’organisation, traditionnellement, ne perd pas de temps à pourvoir sa direction d’un chef.
L’hypothèse la plus plausible et qui répondrait à l’interrogation est qu’Aqmi n’était pas en situation d’annoncer l’identité de son désormais premier responsable et que, probablement, l’organisation opérait dans un périmètre moins sûr pour elle. Le choix peut également traduire un message à mettre en relation avec le contexte actuel, marqué particulièrement par l’instabilité chronique dans la région, aggravée par des développements géopolitiques, eux-mêmes annonciateurs de probables basculements, notamment à travers la bataille désormais armée entre le Maroc et le Polisario.
Le second point indique que cette désignation intervient moins d’un mois après la transaction au terme de laquelle 200 terroristes ont été relâchés en contrepartie de la libération, en octobre, d’otages occidentaux et de l’homme politique malien Soumaïla Cissé.
Ce groupe de terroristes opérait, faut-il le souligner, sous la coupe directe ou indirecte de Jamaat Nosrat al-Islam wal-mouslimin (JNIM) ou, en français, de soutien à l’Islam et aux musulmans, que dirige Lyad Ag Ghaly, l’ancien targui devenu «taliban» et se réclamant d’allégeance à Al Qaïda au Maghreb, filiale régionale de la franchise islamo-terroriste, dont le noyau a été fondé à la fin de la décennie 80 par Abdallah Azzam avant de mourir en 1989 à Peshawar au Pakistan. Ce qui autorise à considérer qu’on pourrait craindre un regain d’activité terroriste dans la région sahélo-sahélienne où est établie une forte connexion entre des crimes de diverses natures. Le troisième point que livre cette nouvelle nomination à la tête d’Aqmi concerne l’identité algérienne de son nouveau chef, originaire de la ville d’Annaba, comme l’indique son surnom «El Annabi». Autrement dit, et en termes «d’organisation», Aqmi demeure sous la main de djihadistes algériens, ce qui n’est pas pour faire une bonne publicité à l’Algérie.
Au-delà de toutes ces indications, il faut s’attendre et craindre à ce que le nouveau patron d’Aqmi revivifie la nuisance de cette organisation, lui, qui a exhibé, en 2013, la menace «d’attaquer des intérêts français partout dans le monde». Dénonçant ce qu’il considérait comme «la croisade menée par la France contre les musulmans» au Mali, Abou Obeida Youssef El-Annabi a exhorté alors «les musulmans dans le monde entier» à «attaquer les intérêts français partout, car ce sont des cibles légitimes». Une menace face à laquelle la France a dit prendre «au sérieux», selon les termes du Président en poste, François Hollande, qui avait indiqué que malgré les pertes «considérables infligées à cette organisation au Mali, la menace terroriste n’a pas disparu». C’est une indication qui ne mettrait pas moins la pression sur le dispositif en vigueur au Mali dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ce qui augure également d’une pression supplémentaire pour les services de sécurité mobilisés dans cette zone très chaude où s’opèrent des attentats, des enlèvements et bien d’autres crimes. <