Poussée inflationniste et inquiétude pour l’avenir économique et politique ! Voilà, en résumé, le tableau que donne à voir l’Egypte du maréchal Al-Sissi : un pays confronté à une crise sans précédent dont les marqueurs sont l’effondrement du pouvoir d’achat de ses habitants et la persistance de la menace djihadiste tantôt représentée par les Frères musulmans radicaux depuis le coup d’Etat contre le président Morsi en 2013 tantôt par les djihadistes de l’Etat islamique, Daech, dont des groupes continuent d’activer dans la région du Sinaî.

Au Caire comme dans les grandes villes égyptiennes, le débat dominant, cependant, reste celui relatif à la chute de la valeur de la monnaie nationale, la livre égyptienne, et ses conséquences sur les prix à la consommation. En une année, de janvier 2016 à janvier 2017, l’inflation en Egypte est montée à 29,6%. La poussée inflationniste s’est aggravée depuis que le gouvernement a décidé en novembre 2016 dans le cadre d’un plan de réforme dicté par le FMI de laisser flotter la livre égyptienne, entraînant sa forte dévaluation. Le FMI a, en effet, approuvé en novembre dernier un prêt de 12 milliards de dollars sur une période de trois ans, après une forte chute des réserves en devises étrangères en Egypte, conséquente à la crise provoquée par l’insécurité et le terrorisme dans le secteur pourvoyeur du tourisme. Contre ce prêt, le gouvernement a pris une série de mesures économiques dont les effets sont actuellement manifestes en ce qui concerne le porte-monnaie de l’Egyptien lambda et son moral, au plus bas selon plusieurs journaux qui suivent la conjoncture dans le pays. Selon le bureau égyptien des statistiques (CAPMAS), l’équivalent de l’ONS algérien, la monnaie nationale, la livre égyptienne, qui était alors échangée au taux officiel de 8,83 livres pour un dollar, s’est aujourd’hui affaiblie : le taux de change est monté jusqu’à 9 livres pour un dollar. D’après le CAPMAS, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 38,6% en janvier 2017 par rapport au moins de janvier 2016. Le pain et les céréales ont augmenté de 65,5%, le riz de 86%, la farine de 75,5% et le café, le thé et le cacao de 82%. Au plan sécuritaire, les nouvelles ne sont pas non plus bonnes : avant-hier, la branche égyptienne du groupe Etat islamique (EI), Daech, a diffusé des photos qu’elle présente comme l’exécution de cinq «espions» de l’armée, qui lutte dans la péninsule du Sinaï contre une insurrection djihadiste. Depuis que l’armée a destitué le président islamiste Mohamed Morsi en 2013, militaires et policiers sont régulièrement la cible d’attaques djihadistes, particulièrement dans le nord de la péninsule, un bastion de la filiale égyptienne de Daech, qui se fait appeler «Province du Sinaï». L’armée y a renforcé ses opérations et annonce régulièrement avoir tué des dizaines de «terroristes». Elle a d’ailleurs affirmé vendredi dernier avoir tué «500 éléments terroristes» dans le cadre d’une vaste opération de contre-insurrection lancée en septembre 2015 dans le nord du Sinaï, selon une vidéo postée sur le compte Facebook du porte-parole militaire.