Depuis 2014, date de leur lancement par l’Institut du monde arabe, les Rencontres économiques du monde arabe connaissent un indéniable succès. C’est l’occasion pour de nombreux acteurs économiques et politiques de se retrouver afin de débattre de problèmes et de thèmes dont les enjeux sont déterminants. L’occasion également de faire le point sur l’évolution économique du monde arabe.

Cette année, c’est l’Egypte qui est au cœur des débats, pays qui vient de traverser de sérieuses turbulences. Pays convalescent, mais qui a su conserver les soutiens des pays du Golfe, au premier rang desquels l’Arabie saoudite. La journée a été ouverte par une brève allocution de M. Jack Lang, président de l’IMA. Ayant pour thème « L’avenir des échanges franco-égyptiens », cette journée, a-t-il précisé, est en  phase avec l’exposition consacrée au Canal de Suez et à son histoire. « Le Canal de Suez, a déclaré Jack Lang, « fait partie de ces grands axes qui permettent à l’humanité de transhumer, de découvrir, de commercer ». Etant l’État le plus ancien du monde, l’Egypte est un pays qui revêt des enjeux considérables pour les nations européennes comme du reste l’implication des nations européennes dans l’histoire égyptienne le montre. A la fin de son laïus, Jack Lang a remercié les personnalités, dont certaines de tout premier plan, qui ont accepté d’honorer de leur présence et de leur participation les débats. Deux ministres égyptiens étaient présents, Mmes Hala Helmy El Said, ministre de la Planification et de la Réforme de l’administration, et Sahar Nasr, sa collègue en charge de l’Investissement et de la Coopération internationale. M. Bruno Lemaire, ministre de l’Economie, s’est fait représenter par Mme Delphine Gény-Stephann, agissant en sa qualité de secrétaire d’État. Cette dernière s’est réjouie de la transition économique initiée par l’Egypte au cours des dernières années. Enfin, M. Jack Lang n’a pas manqué de remercier chaleureusement les acteurs grâce au soutien desquels cette rencontre a été rendue possible, notamment les sociétés Engie, la Fondation Total, le Crédit agricole, Saint Gobain, Suez, et les ambassades française et égyptienne.

Contexte macro-économique égyptien
Trois tables rondes étaient programmées, la première avait pour sujet le contexte macro-économique égyptien, il y était question de « réformes structurelles et d’opportunités d’affaires » ; la seconde abordait le thème des défis urbains et l’avenir des villes égyptiennes ; la troisième se focalisait sur le problème des énergies renouvelables. Rappelant dans son intervention que la France occupe le 5e rang des investisseurs en Egypte, Mme Gény-Stephann évoque la transition économique vécue par l’Egypte au cours des dernières années dont la visée est de « restaurer la confiance des marchés et d’améliorer la situation du pays ».
Mme Sahar Nasr a, pour sa part, constaté que les rapports franco-égyptiens connaissent une embellie et a insisté sur le fait que la France contribue à renforcer ces relations en prenant en compte les priorités et les intérêts de l’Égypte. C’est ainsi que l’Egypte a pu bénéficier du soutien français auprès de la commission européenne. Mme Sahar Nasr a formé des vœux pour que les relations françaises se renforcent par un surcroît de coopération et d’investissement et notamment dans les domaines des énergies renouvelables, de la santé et de l’agriculture. En effet, 160 entreprises françaises travaillent déjà en Egypte pour 4 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Prenant la parole, l’ambassadeur de France en Egypte, M. Stéphane Romatet en fonction depuis seulement un an, a tenu à insister sur la méconnaissance des réalités égyptiennes. Il a notamment reproché à la presse française la partialité de son regard sur le pays et ce qui s’y passe. Stéphane Romatet estime que les médias français ne rendent pas assez compte de la réalité des changements en Egypte. D’autre part, le diplomate français a reconnu que la présence française en Egypte était essentiellement due à de grands groupes et que le défi consistait désormais à « convaincre les petites et moyennes entreprises à faire le pari de l’Egypte ». C’était du même coup confesser que la présence française en Egypte n’était pas « à la hauteur de la relation politique et stratégique d’ensemble » entre La France et l’Egypte. Enfin, le représentant du Crédit agricole, M. Pierre Finas, a évoqué le problème de l’informel estimant qu’il y avait là des ressources perdues pour l’Etat. Par ailleurs, il a estimé que l’Egypte était un pays sous-bancarisé, puisque seuls « 14% des citoyens égyptiens détiennent un compte bancaire ». Abordant les difficultés qui peuvent surgir dans les rapports professionnels et les affaires, M. Romatet, a insisté sur les éléments culturels. Le rapport au temps en Egypte est différent de ce qu’il peut être ailleurs, surtout en Occident. On ne fait pas des affaires en Egypte comme on peut les faire en Occident. Savoir créer une ambiance de sympathie et s’adapter au temps sur lequel se règle l’Egyptien, autant d’atouts essentiels pour réussir dans le monde des affaires. Ce sont des évidences, mais qui sont bonnes à rappeler, parce qu’il arrive que l’on perde de vue ces fondamentaux lorsqu’on a la tête sur le guidon des affaires. Quand on veut faire des affaires en Egypte, on vérifie que le cadre législatif est propice, que la gouvernance des projets est conforme aux exigences européennes. Subsidiairement, le problème de la corruption a été évoqué, nul n’en a nié la réalité, mais certains intervenants ont insisté sur le fait qu’on pouvait parfaitement évité d’être englué dans ce marécage, qui est tout aussi réel en Afrique et hors d’Afrique.

Démographie et défis urbains
Abordant la question des défis urbains, M. Hady Nassif, directeur délégué du groupe Saint Gobain pour le Moyen-Orient, a constaté l’intérêt du développement démographique pour sa société. Il a redit combien la conjoncture actuelle était favorable à la stratégie de développement du groupe Saint Gobain. Assumer les défis urbains, pour M. Olivier Badard, c’est d’abord travailler à la planification des besoins, appréhender la croissance démographique et les nouveaux modes de mobilité dans une capitale, le Caire, qui compte 20 millions d’habitants.
Le défi à relever, c’est de leur permettre de se déplacer, sachant qu’il y a toujours un temps de latence entre le moment où l’on envisage de mettre au point les nouveaux moyens de transport et leur mise en œuvre effective.
La troisième table ronde était animée par Myriam Mascarello, journaliste économique à France 24, qui fait remarquer qu’il y a quelque paradoxe à associer l’Egypte aux énergies renouvelables, l’Egypte étant l’un des tout premiers pays consommateurs d’hydrocarbures en Afrique. Les énergies fossiles représentent 95% de la consommation des ménages, mais que l’inflation commence à se stabiliser et que le gouvernement égyptien respecte ses engagements internationaux. Néanmoins le virage vers les énergies renouvelables est net et général. Il y a là en effet un enjeu majeur qui est la lutte contre les retombées du changement climatique. A signaler l’intervention de Naguib Sawiris, le patron et fondateur d’Orascom Telecom, qui a réaffirmé son amour pour la France, il a redit qu’en Egypte nombre de régions ont besoin d’investissements français, que les technologies occidentales et en particulier françaises apportent une plus-value considérable à l’Egypte. Il a insisté sur le fait que la situation politique et sécuritaire de l’Egypte était désormais stable et bonne et que par conséquent, les investisseurs étrangers n’avaient rien à craindre.

*Docteur en philosophie (Paris IV Sorbonne)