En plus de pousser les prix du pétrole à l’effondrement et de réduire sensiblement les recettes tirées des ventes de l’or noir, le coronavirus est en train d’impacter les plans d’investissement des entreprises du secteur. Ces dernières sont en train de revoir à la baisse leurs ambitions en exploration-production en réduisant de leurs dépenses sur ce registre.

Début février dernier, l’institut IFPEN tablait sur des investissements de 517 milliards de dollars pour le forage pétrolier et gazier dans le monde, mais depuis, la situation du marché s’est tellement dégradé que ces perspectives sont devenues caduques, estiment des analystes.
«Toutes les entreprises du secteur vont regarder ce qu’elles peuvent faire pour réduire les dépenses, concentrer leur activité sur les champs avec les coûts les plus bas, tailler dans les investissements et réfléchir sérieusement au dividende qu’elles peuvent se permettre de payer», prévoit David Elmes, professeur à la Warwick Business School. Abondant dans le même sens, Biraj Borkhataria, analyste chez RBC Capital Markets, considère que «pour les majors, la perspective d’un cours à 30 dollars ou moins pendant un certain temps représente un défi extrême», souligne Biraj Borkhataria, analyste chez RBC Capital Markets.
Côté entreprises, Saudi Aramco a indiqué dimanche dernier qu’il allait limiter ses investissements à entre 25 et 30 milliards de dollars en 2020, «compte tenu des conditions actuelles du marché». Le géant saoudien avait investi 32,8 milliards de dollars l’année dernière.
Dans la même logique commerciale, le directeur financier du britannique BP, Brian Gilvary, a indiqué que son groupe pouvait réduire ses dépenses de jusqu’à 20% cette année, dans un entretien à Bloomberg Television.
«En raison de cet environnement sans précédent, nous évaluons toutes les mesures nécessaires pour réduire significativement les dépenses opérationnelles et d’investissement à court terme», a expliqué, quant à lui, le P-DG de l’Américain Exxon Mobil, Darren Woods.
La révision à la baisse des dépenses fait partie également des plans d’autres entreprises moins connues et moins solides. «Les compagnies indépendantes de taille moyenne seront fortement impactées», prédit Moez Ajmi, du cabinet EY. «Des reports de projets seront décidés, et des restructurations de dettes seront observées». La compagnie américaine Kosmos Energy, qui concentre son activité sur les façades atlantiques américaine et africaine, a par exemple annoncé cette semaine une baisse de ses dépenses pour 2020 (investissements, dépenses de fonctionnement) mais aussi la suspension de son dividende.
Pioneer Natural Resources, concentrée dans le bassin permien du sud des Etats-Unis, a prévenu qu’elle allait réduire drastiquement ses forages. Ce genre de société spécialisée dans les pétroles de schiste, déjà très endettée, aura beaucoup de mal à rester rentable, préviennent les spécialistes.