Le Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a appelé l’Arabie saoudite, premier exportateur de pétrole, à « rassurer les marchés énergétiques et financiers » face à la crise économique mondiale qui se profile.

Dans un entretien qu’il a eu mardi soir avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le chef de la diplomatie américaine a estimé que Ryad, « en tant que président du G20 » cette année « et important leader énergétique », avait « une vraie opportunité de se montrer à la hauteur des enjeux », alors que le cours du pétrole a fortement chuté.
M. Pompeo a tenu ces propos à la veille d’un sommet virtuel des dirigeants du G20 sur la crise sanitaire due au nouveau coronavirus que l’Arabie saoudite organise aujourd’hui. Jeudi dernier, le président américain Donald Trump s’était dit prêt à « agir en tant que médiateur pour faciliter la guerre de l’offre en pétrole entre l’Arabie Saoudite et la Russie ».
Des hostilités entre deux géants qui ont jeté de l’huile sur le feu, allumé par le coronavirus, qui consumait déjà le marché pétrolier et poussait les prix à une très forte baisse.
Face au refus de la Russie de continuer à coopérer avec elle, dans le cadre de l’Opep, le royaume, premier exportateur mondial d’or noir, n’a pas trouvé meilleure riposte que de casser ses prix et d’augmenter sensiblement son pompage à partir du mois d’avril, quitte à inonder le marché et, pire, rendre l’excédent impossible à contenir en cette période de fort recul de la demande mondiale provoqué par le Covid-19. Ceci d’autant que les Emirats arabes unis n’ont pas tardé à s’inscrire dans la logique de leur allié saoudien, annonçant leur disponibilité à faire monter leur production d’un million de baril par jour. D’où d’ailleurs le passage rapide du stade de la dégringolade des prix à celui de leur effondrement, avec un baril qui s’est installé nettement en dessous des 30 dollars depuis la semaine dernière, perdant plus de 50% de sa valeur depuis le début de l’année.
Hier, à la mi-journée, les marchés tentaient de conserver leurs gains de la clôture de mardi, après avoir été soutenus par une autre initiative américaine consistant en un accord, un plan de relance de l’économie locale soutenant la demande en pétrole de la première économie mondiale.
A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai valait 26,82 dollars à Londres, en recul de 1,22% par rapport à la clôture de mardi, après une séance asiatique dans le vert. A New York, le baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour mai gagnait 0,25%, à 24,07 dollars. La veille, les deux indices de référence se sont appréciés de 0,4% et de 2,8%.
La Maison-Blanche et le Sénat sont ainsi parvenus, dans la nuit de mardi à mercredi, à un accord « historique » sur un plan gigantesque de relance aux Etats-Unis, durement frappés par la pandémie de coronavirus, avec un ensemble de mesures qui vont mobiliser autour de 2 000 milliards de dollars.
« Malgré tout, le défi pour le marché physique du pétrole reste l’offre excédentaire actuelle et croissante », a rappelé Bornar Tonhaugen, analyste au sein de Rystad Energy, inscrivant sa remarque dans un contexte de guerre des prix entre les membres des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leur allié russe. Reste à savoir quel impact aura le déploiement américain sur cette guerre qui risque de mettre à plat les économies d’autres pays producteurs, particulièrement les plus vulnérables. n