Pour un pays comme le nôtre, grandement tributaire de ses recettes d’exportations d’hydrocarbures, l’effondrement actuel des cours du pétrole, et si cela venait à perdurer, « il est effectivement à craindre que l’économie algérienne évolue dans une échéance proche dans un contexte de plus en plus contraint », attestent des économistes. Comme ils avancent que si l’Algérie venait à réduire le volume déjà faible de ses exportations de gaz et de pétrole, ses maigres réserves de changes vont se tarir plus tôt que prévu, « d’où le risque de se retrouver une nouvelle fois dans les fourches caudines du FMI », redoutent-ils. Un tel scénario peut être évité, selon l’expert en énergie Tewfik Hasni. Ce dernier, contacté par nos soins hier, nous a expliqué que « malgré l’évidence que les prix du baril de pétrole vont continuer à décliner, le pays dispose encore d’une marge de manœuvre qui peut l’éloigner de l’endettement extérieur pour peu que l’Algérie accélère sa transition énergétique ». Expliquant que c’est la « seule alternative » à partir du moment que les pays qui, jusqu’ici, étaient de gros importateurs d’énergies fossiles vont à court terme basculer vers les énergies renouvelables, l’expert en énergie appelle à « vite accélérer notre transition énergétique » au risque de perdre notre clientèle européenne. Car il est évident que celle-ci « ne va pas attendre que notre transition énergétique se fasse au ralenti afin de rester au 1er rang de ses fournisseurs  ». En clair, toujours selon cet expert, « c’est une course contre la montre qui nous attend si l’on veut être au rendez- vous, car il est plus qu’évident que nous sommes à la veille d’une quatrième révolution industrielle celle des Energies renouvelables (ENR). Autrement dit, la demande mondiale en énergie fossile va peu à peu se réduire à des niveaux insignifiants et, par voie de conséquence, ce sont nos recettes d’exportation d’hydrocarbure qui vont baisser drastiquement. A moins que, comme je l’ai dit auparavant, le pays n’accélère au plus vite sa transition énergétique d’autant plus que c’est à notre portée, dès lors où nous disposons d’un fort potentiel qui puisse faire de l’Algérie l’un des plus gros fournisseurs mondiaux en énergie électrique issue du photovoltaïque ». Et de conclure enfin : « Nous devons relever le défi, car ce qui était prévisible à moyen terme est arrivé beaucoup plus tôt concernant la fin de l’ère de l’énergie fossile. »
Autre expert sollicité par Reporters, Farid Souhil, consultant dans le domaine énergétique. Ce dernier rejoint l’approche de Tewfik Hasni, mais craint que les «pouvoirs public ne se rendent pas à l’évidence que l’ère de l’énergie fossile est révolue ». Expliquant dans la foulée : «La demande mondiale en énergie fossile va accuser une sérieuse baisse actuellement due à la récession économique engendrée par l’épidémie du coronavirus. » Mais pour ce consultant, « cette baisse de la demande de l’énergie fossile peut nous être bénéfique dans le sens que cela nous incitera à accélérer notre transition énergétique, qui n’arrive toujours pas à passer à une vitesse supérieure en termes de mise en œuvre sur le terrain. Et pourtant, c’est une alternative incontournable ».
Notons enfin que le marché pétrolier traverse, depuis l’apparition du Covid-19, une période d’inertie avec comme corollaire le maintien au plus bas des cours du baril. Une situation qui risque de s’inscrire dans la durée et de s’accentuer après la guerre des prix déclarée par l’Arabie saoudite. C’est donc un sérieux avertissement pour le pays pour se décider enfin à accélérer sa transition énergétique, car c’est la seule alternative qui puisse lui assurer des recettes extérieures qui lui sont indispensables. <