Deux tendances s’affichent dans l’analyse de la conjoncture, l’une, alarmiste anticipant une chute plus importante des prix du pétrole, en raison de la surabondance de l’offre par rapport à une demande en forte baisse, l’autre, plus optimiste, affirmant que les prix du pétrole ont atteint des cours planchers tels qu’ils sont poussés irrémédiablement à la hausse.

La situation n’est pas claire sur les marchés pétroliers internationaux. Deux tendances s’affichent dans l’analyse de la conjoncture, l’une, alarmiste faisant valoir que les prix du pétrole vont chuter davantage en raison d’une offre surabondante, face à une baisse importante de la demande due aux effets du Coronavirus sur les flux de marchandises et de personnes et sur l’activité économique mondiale, l’autre, plus optimiste, soutenant que les prix ont atteint des niveaux planchers tels qu’il faut s’attendre à une remontée des prix du pétrole au cours des prochaines semaines, voire en juin prochain, ou au cours du second semestre 2020. En ce sens, les cours du pétrole hier ont observé une hausse, le Brent était coté à 23 dollars, après la baisse historique des cours de lundi dernier où le baril de pétrole de mer du Nord a atteint un seuil sans précédent depuis 18 ans. En outre, la très sérieuse banque d’affaires américaine JP Morgan table sur un prix moyen du baril de 40 dollars en 2020, privilégiant une perspective plus éloignée. Ce qui est sûr, c’est qu’«en cas de poursuite de cette chute des prix du baril à 23, 25, 30 ou 40 dollars, l’économie algérienne va être très affectée. Le risque est de voir les exportations atteindre des niveaux de recettes sans précédent depuis 2004-2005, avec une population beaucoup moindre et des dépenses publiques qui ont progressé de manière exponentielle depuis, avec comme conséquences des retombées très négatives, sur l’emploi, les dépenses sociales et le pouvoir d’achat des ménages si le gouvernement ne met pas en oeuvre et de manière efficace et rapide des mesures pour atténuer l’impact de ce choc pétrolier sur l’économie nationale et les revenus de la population.
Contacté par Reporters, le spécialiste pétrolier Noureddine Legheliel commente ainsi la situation des marchés internationaux du pétrole : «La situation n’est pas claire. Il faudra attendre quelque temps pour pouvoir apprécier l’impact de cette expiration de l’accord de réduction de production Opep-non Opep le 31 mars dernier et de l’entretien de Vladimir Poutine et Donald Trump -qui ont convenu de coopérer pour stabiliser les cours du pétrole-, sur l’évolution des prix du pétrole Les marchés ont déjà connu un effondrement des prix très important, 50% en peu de temps (près de 60% depuis fin 2019). La chute très importante des prix du pétrole de lundi dernier autour de 23 dollars a été mal interprétée. Il s’agit de contrats de vente qui ont expiré le 29 mars dernier». Selon lui, ces cours ne reflètent pas les réalités du marché. «Les nouveaux contrats pour échéance juin, la véritable référence pour le marché, étaient cotés hier à plus de 27 dollars». Cette analyse est confortée par plusieurs sites spécialisés comme investing.com et Investir.echos.fr

Noureddine Legheliel : «La chute historique de lundi ne reflète pas les réalités actuelles du marché»
Selon le Wall Steeet Journal cité par Reuters, les Etats-Unis dans la foulée manoeuvrent pour que la Russie réduise sa production et amène l’Arabie Saoudite à l’imiter, l’entretien entre les deux chefs d’Etat constituant le premier pas dans cette voie. Cette curieuse position américaine s’explique par la crainte que l’industrie pétrolière américaine soit anéantie avec cette chute très brutale des prix du pétrole, les stocks sont à leur plus haut niveau et la demande sur le brut est en berne. Pour Noureddine Legheliel, la Russie et l’Arabie Saoudite n’ont pas d’autre choix que de se réunir autour d’une même table. L’économie russe subit de plein fouet les effets de ce krach pétrolier, la monnaie russe, le rouble, a perdu 15% de sa valeur, la Bourse de Moscou est en chute libre et les organismes de notation internationale sont susceptibles de déclasser ce pays. L’Arabie Saoudite, elle, est en train d’acheter les actions d’Aramco, sa compagnie pétrolière, pour soutenir l’action de sa pétrolière. De surcroît, les pertes financières que subit ce royaume en raison de cette guerre des prix qu’il a déclenchée sont énormes.
Les compagnies pétrolières internationales sont également dans le pétrin. «Elles sont en train d’acheter notamment pour les majors leurs propres actions et de réduire leurs dépenses d’investissement», ajoute Noureddine Legheliel. Cette situation n’arrange pas du reste les acteurs des marchés pétroliers internationaux.
Autre détail très important, l’Algérie est en train d’œuvrer pour une réunion extraordinaire de l’Opep et non Opep à Alger ou Moscou, le Nigeria et l’Irak sont d’accord, confie une source proche du ministère de l’Energie. Ses efforts en vue de renouer le contact entre la Russie et l’Arabie Saoudite seront-ils couronnés de succès ? La situation invite à ce qu’ils se réunissent autour de la même table ou par visioconférence, Coronavirus oblige. La Russie, qui semble se tourner vers les Etats-Unis en vue d’un rapprochement afin de lever l’embargo américain, contraindra- t-elle l’Arabie Saoudite à revoir sa position ? Tout sera plus clair à l’évidence dans quelques jours, voire au cours des prochaines semaines.<