Par Feriel Nourine
Les sanctions prises pour punir la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine n’ont visiblement pas encore fini d’afficher leurs répercussions sur l’équilibre socio-économique des pays qui les ont décidées.
Si dans le secteur hautement stratégique et vital qu’est l’énergie, les pays de l’Union européenne hésitent à franchir le pas et à mettre à exécution leurs menaces d’embargo sur le pétrole et le gaz russes, c’est parce que les risques encourus à travers une telle stratégie font trembler les gouvernements en place à leur seule évocation. Qu’en sera-t-il donc, demain, si les 27 venaient à suivre l’exemple des Etats-Unis en rompant avec les approvisionnements énergétiques russes dont la majorité des membres de l’Union dépend exagérément ?
Sans doute un AVC économique et un malaise social dans une atmosphère de récession, en rupture dramatique avec le rebond de la croissance économique mis en branle suite au recul de la pandémie de Covid-19.
La dépendance européenne du géant énergétique russe n’a, d’ailleurs, pas attendu que la rupture brandie en menace soit accomplie pour montrer combien elle était forte. Il n’y a qu’à constater le déséquilibre entre la demande et l’offre qui règne sur le marché pétrolier, depuis que la Russie trouve d’énormes difficultés à acheminer son pétrole, pour se faire une idée. Les clients européens de Moscou se voient privés de volumes considérables et multiplient les tentatives d’obtenir des alternatives chez d’autres producteurs.
De leurs côtés, les Etats-Unis ne souffrent pas du même degré de dépendance du pétrole russe que leurs alliés européens. C’est pourquoi, ils se sont permis l’opération d’embargo sans attendre. Mais pour la première puissance mondiale, chaque baril est sans doute important pour assouvir les besoins excessivement énergivores de sa machine économique, pour freiner une flambée des prix à la pompe qui serait très mal accueillie par la population américaine, friande de grosses cylindrées.
C’est pourquoi, d’ailleurs, en cessant leurs commandes pétrolières de Russie, les Américains sont allés chercher un palliatif en creusant davantage dans leurs réserves stratégiques qui étaient déjà débloquées depuis six mois en guise de riposte à la montée des prix de l’or noir.
L’effet boomerang de la sanction américaine contre le secteur énergétique russe ne s’est alors pas fait attendre. Le recul des réserves de brut du pays ne s’arrête plus. Une tendance qui se vérifie chaque semaine sans discontinuer à travers des chiffres qui dépassent largement les prévisions.
Hier, les stocks affichaient leur niveau le plus bas depuis octobre 2018. A méditer !