Jamais peut-être une réunion de l’Opep+ n’a suscité autant d’espoir et autant d’incertitudes et de craintes. La promesse des pays membres d’augmenter leur production pour faire baisser la tension haussière des prix, à la demande des économies européennes, risque de rester lettre morte.
En effet, la plupart des producteurs de pétrole ont atteint leur limite de production et la frayeur d’une rareté des produits énergétiques ajoute de l’eau au moulin de ceux qui voient un baril à moitié vide. La guerre en Ukraine a complètement chamboulé le marché de l’énergie auquel les pays occidentaux ont réagi, toujours égoïstement, en créant des stocks de pétrole et surtout de gaz. La conséquence a été une demande en nette expansion face à une offre qui n’est pas extensive. Le semblant de boycott du gaz russe n’a pas eu l’effet escompté sur le Kremlin mais a dévoilé l’égocentrisme des pays occidentaux qui recommandent exactement le contraire de ce qu’ils font, car le gaz russe coule toujours dans les gazoducs européens, et c’est Poutine lui-même qui choisit le débit à délivrer, et à qui.
Une éventuelle augmentation de la production de pétrole demain ne saurait donc bouleverser durablement les prix des cours mondiaux tant les espoirs bâtis sur certains pays se sont étiolés. Ces mêmes pays qui réclament, aujourd’hui, des actions pour contrer l’affolement de la bourse de l’énergie ne peuvent plus compter sur la Libye, toujours en proie aux démons de la guerre civile. Même chose pour l’Irak, qui n’arrive plus à se relever de sa crise politique, cultuelle et économique. Le même son de cloche provient de Téhéran, que l’on a réduit «au chômage » et que l’on sollicite, aujourd’hui, pour dépoussiérer ses installations pétrolières.
Les exemples sont légion aussi en Amérique du Sud où le Venezuela et l’Equateur deviennent soudain fréquentables après avoir été mis entre parenthèses par l’oncle Sam et ses alliés/clients du moment.
Car il est évident que pour contrer la crise post covid et remettre en branle sa machine économique, les Etats-Unis se frottent les mains en pensant à la reconstruction de l’Ukraine, les factures des armes qu’ils distribuent à tout-va, et les ventes records de son pétrole et son gaz à des prix prohibitifs, après ses «conseils » pour boycotter la Russie et «l’achever ». Un autre plan Marshall se dessine donc toujours entre les frontières de l’Europe et avec pratiquement les mêmes clients.
L’effet boomerang des sanctions contre Moscou, que plusieurs pays européens craignaient, est en train de se manifester incontestablement. Et ce ne sont pas quelques milliers de barils de pétrole supplémentaires qui vont atténuer sa force.