Les élèves des trois cycles reprennent aujourd’hui le chemin de l’école. Le partenaire social dans sa diversité appréhende cette rentrée scolaire qu’il qualifie «d’exceptionnelle» non pas seulement en raison du risque sanitaire lié au Covid, mais également en raison des dossiers socioprofessionnels «en suspens» depuis des années, rappelle-t-il.

PAR MILINA KOUACI
Le ministère assure avoir pris les dispositions nécessaires pour une meilleure rentrée 2021-2022, mais «le personnel du secteur va reprendre le travail dans la consternation et l’indignation», avertit Abdelouahab Lamri Zegar. Ce porte-parole de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef) explique que le corps enseignant et administratif de l’Education nationale s’attendait à ce que la tutelle «dégage» de nouvelles indemnités pour qu’il fasse face à la détérioration du pouvoir d’achat, mais «rien n’est fait», déplore-t-il. Pour expliquer le «désarroi» de la corporation, le syndicaliste évoque «l’érosion grave du pouvoir d’achat», «l’inflation», la «faiblesse du dinar» et la «hausse alarmante des prix des produits de large consommation». «Si les revendications du partenaire social ne sont pas prises en compte, l’année scolaire risque d’être perturbée», avertit-t-il, non sans rappeler que les syndicats du secteur n’ont pas cessé de «réclamer depuis des années la revalorisation du point indiciaire, l’institution des primes et l’augmentation de l’indemnité de soutien scolaire et de remédiation pédagogique (ISSRP)». Ceci, insiste-t-il, «en attendant d’avoir un nouvel statut particulier».
Pour sa part, le porte-parole du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste) s’inquiète de «la charge pédagogique» imposée aux enseignants.
«Les professeurs des cycles moyens et secondaires sont concernés par les heures supplémentaires. Ils ne souhaitent pas subir la même charge de travail que l’année passée, imposée par la conjoncture sanitaire», précise-t-il. Messaoud Boudiba reproche à la tutelle «d’alléger les programmes, de diminuer le volume horaire des matières enseignées au lieu de s’attaquer au cœur du problème en ouvrant des postes budgétaires». Outre la question du recrutement des enseignants, une «priorité» selon les syndicats enseignants, se pose encore celle de la surcharge des classes. «Beaucoup d’écoles sont en situation de surcharge scolaire, y compris dans des écoles de la capitale, cela impactera la qualité de l’enseignement et laissera de nombreux élèves à la traîne», avise Lamri Zegar de l’Unpef. Pour lui, le gouvernement est «dans l’obligation de construire des écoles pour trouver une solution définitive au problème de la surpopulation des établissements de l’éducation nationale».
En ce qui concerne le volet sanitaire et la vaccination anticovid, le porte-parole de l’Unpef affirme que le personnel éducatif «n’y est pas réticent», renvoyant le faible taux de vaccination dans le corps au retard pris dans la campagne lancée par la santé publique et au manque de points de vaccination réservés à ses collègues enseignants et fonctionnaires. «Les enseignants savent que la vaccination est la seule solution pour gagner la bataille contre le coronavirus», ils n’ont jamais été contre, assure-t-il.
Il appelle la tutelle et le ministère de la Santé à accélérer la cadence de la vaccination, tout en saluant le déplacement des médecins aujourd’hui, dans les écoles, collèges et lycées. Pour le porte-parole du Cnapeste, M. Boudiba, il s’agit de continuer dans la «sensibilisation pour convaincre les hésitants à se faire vacciner».
Déscolarisation, 500 000 élèves mis à la porte
Des parents d’élèves sont inquiets de l’avenir de leurs enfants exclus, notamment ceux n’ayant pas atteint l’âge de 16 ans. L’Organisation nationale des parents d’élèves (Onpe) fait savoir que 500 000 élèves sont exclus et se retrouvent cette année sans réelle perspective ni opportunité d’être recyclés dans les circuits de la formation ou de l’enseignement à distance. «Ils sont 500 000 élèves exclus», affirme Ali Benzina, président de l’Onpe, qui rappelle que «la scolarisation est obligatoire pour tous les élèves jusqu’à l’âge de 16 ans. Les directeurs qui excluent les élèves doivent rendre des comptes à la tutelle», s’insurge cet associatif. Il ajoute : «On ne veut pas que la réintégration des élèves soit conditionnée par la disposition des places pédagogiques, car la surcharge des classes n’est pas le problème de l’élève ou de ses parents.»
Pour lui, la surcharge de classes et le manque d’établissements sont posés depuis des années, sans réelle solution. Il déclare que le «grand souci» des parents est de «protéger leurs enfants des fléaux sociaux». <