Les millions d’élèves algériens qui devaient retrouver les bancs des classes aujourd’hui devront encore patienter. Le calendrier officiel de la rentrée des classes a été totalement faussé par la crise sanitaire.
Prévue aujourd’hui 4 octobre, la rentrée scolaire n’aura pas lieu avant plusieurs semaines, croit-on savoir. Le grand retour à l’école a été reporté de «manière exceptionnelle à une date ultérieure», avait déjà indiqué, jeudi dernier, le ministère de l’Education nationale. La même source a ajouté que la date de reprise des cours sera fixée suivant «les décisions des autorités publiques concernées par l’autorisation de la reprise de l’activité des établissements de l’éducation et d’enseignement publics et privés». Quand ? Si l’on croit Sadek Dziri, président de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef), la décision sera prise au prochain Conseil des ministres. Dans une récente déclaration, M. Dziri est allé jusqu’à évoquer la date du dimanche 8 novembre, une semaine après la tenue du référendum sur la révision constitutionnelle
Pour Khaled Ahmed, président de l’Association nationale des parents d’élèves (ANPE), la décision de reporter la rentrée des classes est «sensée et judicieuse». «C’est la santé des élèves et du personnel du secteur qui prime avant tout», a-t-il déclaré. Au vu de la situation épidémique et la crainte d’une recrudescence des contaminations, «il est logique et dans l’intérêt général que le ministère déclare officiellement le report de la date de la rentrée des classes», a-t-il ajouté. Le président de l’ANPE a estimé par ailleurs que la reprise des cours pourrait intervenir au début du mois novembre.
Les syndicats des enseignants, eux, expriment leurs inquiétudes de devoir compenser le retard qui touchera immanquablement le programme scolaire. Rattraper les cours perdus sera un souci majeur et «ne sera pas sans conséquences sur le déroulement de l’année scolaire», a considéré Zoubir Rouina, secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA). «Du fait de la pandémie de coronavirus, c’est tout un trimestre qui a sauté l’année passée et des semaines sont déjà amputées de cette année qui n’est toujours pas lancée. «Si la rentrée scolaire tarde encore, on fera inéluctablement face au problème de cumul des cours perdus, qui ne sera pas sans conséquences sur le déroulement de l’année scolaire», ajoute M. Rouina.
«Les établissements ont été fermés depuis mars dernier et des semaines sont déjà amputées du mois de septembre», renchérit Khaled Ahmed.
Comment rattraper le retard ?
Pour le président de l’ANPE, les cours à distance sont un moyen «complémentaire seulement» du travail effectué en salle de classe, mais pas la solution. Une position partagée par Abdelouahab Lamri Zegar, porte-parole de l’Unpef, pour qui les cours à distance ne sont pas une «alternative» à proposer aux élèves, notamment en raison du faible débit d’internet et du «caractère irremplaçable des situations pédagogiques vivantes», c’est-à-dire le contact direct entre enseignants et élèves. Que faire alors ? Aux yeux de M. Zegar il est nécessaire après la reprise des cours de faire de la journée du samedi une «journée pédagogique ouverte».
Toutefois, le porte-parole de l’Unpef se dit favorable à une reprise rapide des cours. «Mieux vaut peu que rien, nos écoliers doivent impérativement reprendre leur scolarité même pour une courte période», dit-il, insistant sur la «nécessité de se conformer à un protocole sanitaire strict. Réussir la rentrée scolaire repose sur le respect des règles d’hygiène et gestes barrières». S’agissant du CLA, son secrétaire général fait savoir que les enseignants sont «disposés» à reprendre le travail. «Une plus longue rupture pénalisera l’enseignant qui sera contraint de redoubler d’effort afin de mener à bien l’année scolaire», a-t-il encore dit.
Pour rappel ministère de l’Education a proposé dimanche dernier, après une rencontre de concertations avec les syndicats du secteur, une série de mesures pour la rentrée scolaire. Mohamed Ouadjaout a insisté sur les mesures de préventions et le respect strict du protocole sanitaire, en recommandant d’éviter, en particulier, les regroupements importants d’élèves lors de l’accueil et des récréations. Il a proposé d’adopter le découpage pédagogique, où chaque groupe pourrait être divisé en sous-groupe ne dépassant pas 20 élèves et de les alterner par la suite. Tout en suggérant une semaine de 6 jours et d’exploiter tous les locaux disponibles y compris les laboratoires, les amphithéâtres, la bibliothèque et les ateliers dans le secondaire. Il a également appelé, à travers un plan exceptionnel, à adapter les contenus des programmes des matières d’enseignement en se concentrant sur les apprentissages fondamentaux de chaque discipline en fonction du volume horaire réservé, dans la mesure où il est possible de réduire l’heure de la séance, au collège et au lycée, à 45 minutes. n