La ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, a terminé, hier, une tournée d’inspection commencée samedi dernier dans la wilaya d’Oum El Bouaghi…


Sur place, elle a rencontré l’ensemble des cadres de l’éducation, parmi les directeurs d’établissement, les inspecteurs de l’administration, de matière, en présence du chef de l’éxécutif de la wilaya qui a tenu à faire part de certaines insuffisances du secteur de l’éducation de la wilaya, notamment en matière de résultats d’examen, particulièrement le baccalauréat.
A la dernière session du Bac et au lendemain des résultats, la wilaya s’est retrouvée dans le bas du tableau. Autre dysfonctionnement signalé, le fonctionnement des cantines scolaires. 173 sur les 366 que compte le secteur dans la wilaya servent des repas froids par une main-d’œuvre non qualifiée. Pour sa défense, Mme Benghebrit a insisté sur la pédagogie et la gouvernance, mettant en exergue l’intérêt particulier accordé par les pouvoirs publics au secteur et les moyens importants qui lui sont accordés. L’occasion également de revenir sur la réforme que connaît l’Education nationale, « dont le fruit sera visible dans neuf ans à compter de maintenant ». Plus précise, elle ajoute que les résultats de ces réformes apparaîtront lorsque les élèves actuels du primaire arriveront au terme du palier moyen.
Une réforme qui a été engagée sur les deux plans essentiels de la pédagogie et de la gouvernance justement, la ministre de l’Education affichant une nouvelle fois « sa disposition pour le dialogue, l’écoute et la prise en charge des préoccupations des travailleurs du secteur ». L’adaptation avec les changements et la diversification des canaux de communication avec la société demeurent essentielles, ajoute Mme Benghebrit, avant de rappeler la tenue d’un cycle de rencontres bilatérales avec les partenaires sociaux.
Pour ce qui est des résultats et des taux de réussite connus au niveau de la wilaya, elle a souligné que le défi d’améliorer le taux de réussite dans la wilaya, qui a régressé au cours des deux dernières années, est lié à l’amélioration du rendement du système scolaire à travers des mesures décidées par la tutelle pour la révision des programmes, du traitement pédagogique, du système d’évaluation et de la consolidation des activités annexes.
En effet, la wilaya a connu un faible taux de progression de 3 points seulement comptabilisés depuis 2012 pour les examens de fin de cycle primaire, et la diminution du taux de réussite du BEM et du baccalauréat. Et de reconnaître que « certaines difficultés exigent la consolidation des efforts de la tutelle à l’échelle centrale, des autorités locales et des partenaires du secteur » de sorte à surmonter toutes les entraves et corriger les dysfonctionnements pour être à la hauteur du soutien de l’Etat et des aspirations de la wilaya. La ministre a également suivi un  exposé sur le secteur de l’éducation dans la wilaya, ses infrastructures, son encadrement, ses effectifs, la santé et l’alimentation scolaires ainsi que la formation.

Les syndicats enseignants relativisent !

« Les réformes scolaires sont un processus dont les résultats et impacts sur la performance des élèves ne peuvent être visibles qu’après une durée définie», a réagi hier
Nabil Ferguennis, porte-parole du Syndicat national du personnel de l’administration (Snapap), aux propos de la ministre sur les résultats de la réforme qu’elle mène et qui seront « visibles dans neuf ans ». Pour lui, il est tout à fait « logique » que la ministre de l’Education nationale Nouria Benghebrit parle d’une durée déterminée pour « qu’on puisse tirer un bilan » des réformes qu’elle mène depuis sa prise de fonction.
« C’est l’un des secteurs dont il est difficile de faire une évaluation. Automatiquement, il faut attendre quelques années pour pouvoir estimer la fiabilité des réformes menées », a dit, pour sa part, Idir Achour, porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA). Pour Ferguennis, la ministre a voulu transmettre un message au corps enseignant ainsi qu’à ses partenaires sociaux. « Vous pouvez venir me parler d’ici à neuf ans », poursuit notre interlocuteur, expliquant ainsi que la ministre n’accepte pas « qu’on la critique ou qu’on lui fasse des remarques sur les réformes qu’elle mène avant de constater sur le terrain le rendement des écoliers qui apparaîtra lorsque ces derniers arriveront au terme du palier moyen », a-t-il précisé.
Mais le problème qui se pose, selon lui, est que ces réformes ont été faites « à la hâte ». «Imaginez que nous, enseignants, avions reçu les nouveaux manuels scolaires, appelés communément deuxième génération, au même titre que les élèves», a-t-il ajouté. «Nous avons commencé à dispenser des cours sans recevoir de formation sur les nouveaux manuels », mais « ce n’est pas le seul problème», explique Ferguenis. Pour lui, «les programmes scolaires ont été changés à maintes reprises mais les méthodes d’enseignement sont restées les mêmes». «Même les anciens enseignants continuent d’enseigner avec l’ancienne méthode, qui est l’approche par apprentissage, parce que jusqu’à présent, ils ne maîtrisent presque pas la méthode appelée approche par compétence ». Abordant le même sujet, Messaoud Amraoui, chargé de communication de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef) indique : « Nous avons adopté la méthode de l’approche par compétence depuis 2003 sans disposer de formation pour les directeurs, inspecteurs ou même les enseignants. Par conséquence, depuis 13 ans, aucun enseignant ne travaille avec ». « Sans formation sur cette méthode, chaque enseignant travaille avec une méthode qui lui semble la plus correcte et la plus adéquate pour un bon rendement de nos élèves », soutient M. Ferguenis.
Sur un autre volet, le porte-parole du Snapap pense que les réformes scolaires ne se font pas uniquement sur le registre pédagogique, mais, il faut assurer en parallèle tous les moyens nécessaires pour qu’elles aient les objectifs escomptés. « La situation dans les écoles primaires gérées par les APC est intenable. La plupart des APC sont déficitaires », a-t-il dit, invitant ainsi la ministre à œuvrer pour détacher la gestion des établissements primaires des collectivités locales et de les joindre à l’Education nationale.