A la tête d’un secteur qu’elle tente de réformer, Nouria Benghebrit a rendu public, hier, un communiqué dans lequel elle est revenue sur la nécessité et l’urgence de la refonte du système scolaire, tout en indiquant que la politique éducative en Algérie repose sur un «cadrage stratégique» des opérations à entreprendre jusqu’en 2030 pour assurer la continuité de la mise en œuvre de la réforme du système scolaire.

Une réforme qui, rappelons-le, a pour objectif d’aller vers un enseignement de qualité. Se basant sur les travaux des deux conférences nationales sur l’éducation, tenues respectivement en 2014 et 2015, la ministre se donne donc de nouveaux délais. Elle laisse entendre que le chantier de la réforme ne pourrait être suffisamment bouclé que dans une décade à l’horizon 2030. Ses arguments se déclinent en deux parties: l’une non dite qui consiste à suggérer que son mandat ne lui a pas permis dans un contexte socio-économique turbulent de rattraper le retard accumulé par ses prédécesseurs et s’attaquer à la feuille de route et de mission fixée par le chef de l’Etat en 2003 pour une école algérienne tournée vers la modernité et la préparation des élites futures à des défis nouveaux. L’autre, plus prosaïque, qui consiste à rappeler les taux d’échec scolaire et de déperdition, surtout en cycle moyen, ainsi que les faibles résultats obtenus dans les examens du baccalauréat. Dans ce sillage, Mme Benghebrit n’a pas hésité à tacler son prédécesseur en évoquant la pratique « antipédagogique » du seuil des programmes (ataba) dans le secondaire, et ce, pendant sept années consécutives (2008-2015), une pratique qui a conduit à « la suppression de concepts et de savoirs structurants de certaines disciplines scolaires : physique, maths, philosophie et qui sont d’indispensables pré-requis pour poursuivre des études dans l’enseignement supérieur », rapporte le document.
Même si, aujourd’hui, le taux de scolarisation des enfants correspond aux normes internationales, cela n’est pas le cas pour le management pédagogique et administratif, a fait savoir Mme Benghebrit. Souvent critiquée pour sa démarche mais saluée par beaucoup dans sa recherche de soustraire l’école aux pesanteurs idéologiques en cours dans la société, Nouria Benghebrit a placé la modernisation de son secteur avec l’introduction des TIC, la refonte du système pédagogique et la bonne gouvernance, comme les défis majeurs que son secteur devra affronter. Cependant, si la première responsable ne manque pas d’optimisme, cela est loin d’être le cas des partenaires sociaux et professionnels du secteur qui ne peuvent concevoir une quelconque amélioration dans le secteur sans une hausse budgétaire.
Chose qui ne risque pas de se produire en cette période d’austérité. « La première responsable a bien le droit d’exiger la qualité qui doit être à la portée de tous, mais il faut aussi se donner les moyens de sa politique.
Plus de 60 % du budget attribué au secteur de l’Education est destiné aux salaires des fonctionnaires, comment voulez-vous que les choses s’améliorent ? », a fait savoir Meziane Meriane, président du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest) qui a jugé que nulle réforme ou autre action ne devrait être entreprise sans évaluer au préalable le système éducatif actuel. « Il faudra en premier lieu évaluer correctement le système éducatif pour pouvoir aller de l’avant. Des réformes ont déjà été entreprises par le passé, mais elles n’ont pas été évaluées correctement. Il faut que cela se fasse de manière objective pour déceler les lacunes de ces réformes et faire en sorte qu’elles soient plus efficaces », a fait savoir notre interlocuteur. Un avis partagé par le secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA) qui a également souligné l’importance de la révision du budget d’Etat alloué au secteur de l’Education. « L’ancienne politique éducative a fait son temps et a fait des ravages dans les milieux scolaires. Nous sommes conscients que les choses doivent changer pour pouvoir aller de l’avant, c’est pour cela que nous avons toujours répondu présent aux rencontres avec la tutelle quand cette dernière nous ouvre la porte du dialogue. Mais il ne faut pas aussi négliger l’importance de l’aspect financier», a fait savoir Idir Achour.