Par Milina Kouaci
Rythmé par de successives grèves touchant les trois paliers, le secteur de l’Education nationale ne semble pas près d’amorcer sa paix sociale. Un nouveau préavis de grève vient d’être lancé par un front de 14 syndicats qui menacent d’une grève nationale de trois jours les 9, 10 et 11 mai. L’alerte n’a pas laissé de marbre la tutelle, qui répond par une offre de dialogue enveloppée dans un message rassurant.
En effet, l’appel à la grève a fait réagir Mohamed Ouadjaout, ministre de l’Education nationale, qui s’est engagé à prendre en charge toutes les préoccupations soulevées.
Lors d’une visioconférence avec les directeurs de l’Education de wilaya sur les mouvements de contestations qui marquent toujours le secteur, M. Ouadjaout a mis en avant son engagement à prendre en charge les préoccupations soulevées légalement, conformément au cadre juridique en vigueur.
Il a appelé, à cette occasion, la communauté éducative à «faire preuve de responsabilité et à adhérer aux efforts de dialogue de manière à assurer la stabilité du secteur au service de l’élève et du savoir».
Le premier responsable du secteur estime que «l’amélioration de la situation éducative et socioprofessionnelle ne saurait être réalisée que par le dialogue continu et le travail responsable et collectif basés sur la confiance et le respect mutuel». Il appelle à ce propos les syndicats agréés à ne pas céder aux publications anonymes qui, à ses yeux, tentent de «déstabiliser et d’hypothéquer l’avenir» des élèves à quelque semaines de la fin de l’année scolaire. M. Ouadjaout a invité également les mêmes syndicats à tenir des réunions périodiques et continues pour se concerter et examiner la situation locale que connaît le secteur de l’Education, ainsi que les inspecteurs à intensifier les visites au niveau des établissements éducatifs en vue de régler les problèmes soulevés et recourir à l’action de proximité et de sensibilisation pour un accompagnement effectif sur le terrain. Il a indiqué avoir donné des instructions pour l’accélération du paiement des droits financiers des employés, notamment les nouvelles recrues, les suppléants et les contractuels, outre les rappels cumulés depuis 2015 (rappels de salaires et de promotions), rappelant la consécration d’importants montants à cet effet qui reflètent les efforts de l’Etat, qui accorde un intérêt majeur à la régularisation des dossiers en instance qui seront tous pris en charge au titre de l’année financière 2021».
Le même responsable a souligné, par ailleurs, l’impératif de «prendre en charge les diplômés des Ecoles normales supérieures en tant que produit de formation destiné au secteur et de veiller à la promotion du personnel via les concours professionnels et les listes d’habilitation dans les différents grades, tout en insérant les détenteurs de contrat de pré-emploi et d’insertion sociale en fonction des besoins exprimés». Selon M. Ouadjaout, l’opération se poursuit au niveau des directions de l’Education.
En ce qui concerne les dossiers à caractère sectoriel commun, il a indiqué que le ministère de l’Education nationale «poursuit ses efforts pour examiner et régulariser tous les dossiers», relevant que son secteur «consacre le principe de partenariat social par la tenue d’une série de rencontres régulières avec les partenaires sociaux agréés». Mais à contrario de l’avis du ministre, l’Intersyndicale estime que «la situation socioprofessionnelle dégradante ne tolère pas plus de patience», appelant le ministère de tutelle et le gouvernement à rassurer les travailleurs pour éviter une explosion sociale. Elle renvoie ce qu’elle qualifie de «soulèvement dans le secteur au cumul et à la non-prise en charge par le gouvernement des revendications syndicales».
Le débrayage a été annoncé au lendemain de la réaction du Premier ministre Abdelaziz Djerad, qui a fustigé mercredi «l’exploitation abusive et arbitraire» de l’exercice des libertés syndicales qui ne sera que contre-productive. Ce dernier accuse des organisations syndicales non agréées d’être derrière ces actions en soulevant certaines revendications, dont les demandeurs savent qu’elles ne sont pas réalisables. Exprimant toutefois son engagement à adopter une approche de dialogue avec les différents partenaires sociaux, un «moyen optimal de conforter la paix sociale qui demeure une condition nécessaire à la réalisation de la croissance économique souhaitée». n