Suite aux informations faisant état de la révision des manuels scolaires de sciences islamiques destinés aux lycéens,

la Coordination nationale des enseignants de sciences islamiques a convoqué l’ensemble de ses membres pour une réunion d’urgence, hier à Alger, au siège de l’Unpef, afin de débattre du futur de cette matière qu’ils jugent « en danger », mais également pour faire part de ses préoccupations de l’heure.

« Nous avons reçu des informations concernant une éventuelle réforme des manuels scolaires qui est en train de se faire actuellement en pleine période de vacances. Nous ne sommes pas contre les réformes, mais pourquoi cela se fait dans l’opacité ? Nous sommes les premiers concernés par ces manuels, pourquoi nous avons été écartés ? », s’est interrogé le secrétaire général de la Coordination Chihoub Boudjemaâ dénonçant la non participation des enseignants dans l’élaboration des méthodologies et des programmes de la deuxième génération.
«Les travaux de la commission du cycle secondaire ont commencé ces jours-ci et dans le secret. Pourquoi dans le secret? Nous aurions aimé que les enseignants soient de la partie. Qui mieux que l’enseignant peut savoir la méthodologie avec laquelle il faut enseigner ? D’autant plus que beaucoup d’erreurs ont été signalées dans les méthodologies de la 2e génération pour le primaire et le moyen», signalent des enseignants en sciences islamiques, présents à cette réunion.
Cette réunion a aussi été l’occasion pour les enseignants des sciences islamiques de faire part de leurs problèmes, mais aussi de dénoncer certaines décisions du département de Nouria Benghebrit.
Il s’agit de la suppression de la matière des sciences islamiques des concours inter lycées. Une décision que les enseignants voient d’un mauvais œil et considèrent comme un manque de considération à leur travail et à la matière surtout. Des enseignants confient également vivre dans l’incertitude tellement cette matière est sujette à des décisions contradictoires.

Des enseignants non spécialisés
«On nous annonce que cette matière ne sera plus enseignée dans le secondaire, puis on nous assure du contraire. Ensuite, on entend dire que les horaires de l’enseignement de cette matière seront réduits. On n’y comprend plus rien», signalent-ils. Aussi, les enseignants ont dénoncé l’attribution de l’enseignement des sciences islamiques à des enseignants non spécialisés dans le cycle moyen et supérieur, notamment par des enseignants de philosophie. «Il n’est pas normal de voir un enseignant de philosophie ou de littérature enseigner les sciences islamiques », s’est exclamé Fodil Chiab, membre de la Coordination. «C’est du jamais vu. Un enseignant de philosophie peut-il enseigner les sciences el Fikh ? Déjà que c’est difficile à enseigner par un spécialiste ! Comment fournir aux élèves une formation religieuse de qualité dans ce cas-là ?», s’interroge-t-il.
La coordination se demande, dans ce contexte, pour quelle raison recrute-t-on des enseignants de philosophie pour enseigner les sciences islamiques, alors que les diplômés dans cette spécialité ne manquent pas. «Ce n’est pas logique et ce n’est pas réglementaire. La loi oblige les enseignants à n’enseigner que dans leurs spécialités. Nous avons sollicité la ministre de l’Education pour un entretien afin de lui exposer toutes ces anomalies, mais nous n’avons pas encore eu de réponse», souligne le SG.

Surcharge et rythme insoutenable
Les enseignants ont également demandé la réhabilitation de la spécialité des sciences islamiques dans les lycées, mais aussi de réduire la pression sur certains enseignants qui, dans certains établissements assurent jusqu’à 26 heures de cours par semaine et cela à travers le recrutement des jeunes diplômés, la moyenne étant fixée à 18 heures par semaine. « Certains enseignants donnent des cours à plus de 500 élèves, c’est pour cela que la plupart d’entre eux sont pressés de partir en retraite anticipée. Le rythme que nous menons est insoutenable », a fait savoir un enseignant venu de la wilaya de Ouargla, sachant que le nombre d’enseignants en sciences islamiques à travers le territoire national avoisine les 5 000. Selon le secrétaire général de la coordination, les enseignants sont «surchargés» de classes. Mais comme le nombre des postes pédagogiques pour les sciences islamiques a été réduit pour l’année 2017, a fait savoir le SG de cette coordination, la situation de ces enseignants ne risque pas de s’améliorer.
La Coopération a aussi demandé l’augmentation des heures d’enseignement consacrées à cette matière pour éviter aux jeunes d’être entraînés vers les courants obscurantistes. « Il est très important d’augmenter les heures consacrées à l’enseignement des sciences islamiques car cela va nous permettre de mieux former la nouvelle génération et lui donner une base solide qui ne pourra pas être atteinte par l’influence des courants extrémistes présents en force sur les réseaux sociaux », a fait savoir M. Chiab. Pour conclure, la Coordination a appelé à la création d’un conseil supérieur de l’éducation islamique qui sera le garant de l’école algérienne des différents conflits idéologiques. Face à ces revendications exprimées a maintes reprises par la Coopération nationale des enseignants de sciences islamiques, le ministère de l’Education a, comme à l’accoutumée, fait la sourde oreille, a-t-on dénoncé. « Nous avons tenu cette réunion pour nous faire entendre mais si la ministre continue de nous ignorer nous allons user de tous les moyens légaux pour faire valoir nos revendications », a conclu Chihoub. La coordination, à l’issue de cette session, devait sortir avec une liste de revendications qui seront soumises à la tutelle ainsi qu’au Premier ministère.