La première leçon de l’année 2019/2020, a déclaré le ministre Abdelhakim Belabed, portera sur «la situation politique» du pays, car l’école «ne saurait rester en marge» de ce qui s’y passe, a-t-il déclaré.

Par Leïla Zaimi et Lyes Sakhi
Qu’importe la polémique, le traditionnel cours inaugural, cette année, dans les écoles algériennes, sera politique ! Dans sa déclaration à ce sujet, jeudi, le ministre de l’Education nationale a affirmé que la première leçon de l’année, qui sera donnée dans tous les établissements de la République, «sera en relation avec le contexte que vit le pays».
Depuis que l’Algérie vit au rythme du mouvement du «22 février» et des tractations menées pour aboutir à une solution à la crise politique et institutionnelle qu’elle connaît, on suppose que cette première leçon portera sur les vertus du dialogue et de la concertation.
Au risque de se contredire et de se mettre en porte-à-faux par rapport à la règle selon laquelle l’école doit être maintenue à l’abri des convulsions politiques, Abdelhakim Belabed a affirmé, selon l’APS, que «l’école ne saurait rester en marge de ce qui se passe dans le pays». Rassurant, le ministre a ajouté que l’institution scolaire «va contribuer (…) à faire connaître les efforts consentis par l’Etat» avec la collaboration des «partenaires», sans doute les associations des parents d’élèves avec lesquelles il s’est réuni. Et pour ce qui est du cours inaugural, celui-ci «encourage, entre autres, le raffermissement des liens entre les citoyens avec leur Etat dans l’intérêt du pays», a indiqué le ministre.
L’année dernière, pour ceux qui s’en souviennent, le cours inaugural de la rentrée 2018/2019 a porté sur le «secteur public, enjeux et défis» et a eu lieu exceptionnellement, à l’initiative du Premier ministre Noureddine Bedoui, à l’Ecole nationale d’administration (ENA) où avait été invitée l’ancienne ministre Nouria Benghebrit. Celui de la rentrée de l’année 2017/2018 avait porté sur le thème de l’«éco-citoyenneté», tandis que, pour 2016/2017, le sujet a porté sur la «révolution du 1er Novembre».
Autres temps, autres mœurs, donc, et la leçon inaugurale, cette année, sera particulièrement observée en raison du contexte national actuel et des paramètres politiques qui devraient voir d’autres départements ministériels, celui des Affaires religieuses en particulier, se lancer dans les jours prochains dans un grand débat sur le sens moral et religieux du dialogue, du «tachawour» et de l’entente pour dénouer les conflits.
Pour revenir à l’Education nationale, ses établissements accueilleront, en ce début du mois de septembre, plus de 9 millions d’élèves. Avec la particularité, cette année, qu’un grand nombre d’établissements devront prendre en charge plus de 36 000 élèves «aux besoins spécifiques», ainsi que cela a été décidé lors du Conseil du gouvernement présidé le 22 août par M. Noureddine Bedoui. A l’issue de ce Conseil, on a appris que 186 nouvelles classes leur seront donc ouvertes, pour atteindre 851 dans un délai qui n’a pas été précisé. Ce qui l’a été, en revanche, c’est qu’une circulaire interministérielle a été communiquée aux établissements scolaires afin de faciliter l’intégration de cette catégorie dans le milieu éducatif et d’assurer la complémentarité avec la Solidarité nationale. Pour rappel, la circulaire a été élaborée après la mise en place d’une commission interministérielle présidée par le ministre de l’Education nationale, chargée de faciliter l’intégration des élèves aux besoins spécifiques dans les écoles et établissements du secteur, et qui regroupe la santé, la formation professionnelle et la solidarité nationale.

Quid de la réforme du Bac et de l’enseignement de tamazight ?
On observera que jusqu’à présent, le ministre de l’Education nationale n’a pas abordé le dossier du baccalauréat pour lequel un projet de réforme a été conçu et dont l’application devait, selon les annonces officielles précédentes, commencer dès l’année 2020, c’est-à-dire dans quelques mois. «Le projet de réorganisation du baccalauréat sera lancé à partir de 2020 avec l’intégration, dans un premier temps, de l’évaluation continue durant l’année scolaire 2019/2020, avant de procéder à la réduction du nombre de jours des épreuves écrites à 3 journées au lieu de 5, sans pour autant supprimer une quelconque matière», a déclaré, fin décembre 2018, on s’en souvient, le représentant de la direction de l’enseignement secondaire (DESGT) au ministère de l’Education nationale, Abdelhafid Hadj Sadouk.
Le dossier ne serait-t-il pas encore tout à fait au point ? Les prochaines semaines devraient apporter leur lot d’informations à ce sujet, comme à celui se rapportant à la généralisation de l’enseignement de tamazight. Abdelhakim Belabed ne l’a pas encore abordé. Mais l’objectif, depuis février 2018 au moins, est de passer de 38 wilayas, où la langue berbère est enseignée, à la totalité des wilayas de la République. Qu’en sera-t-il cette année ? Tout ce qu’on sait pour l’instant est que le secrétaire général du Haut-commissariat à l’amazighité (HCA), Si El Hachemi Assad, plaide à nouveau et depuis juin dernier en faveur de l’amendement de la loi d’orientation sur l’éducation nationale de janvier 2008 pour supprimer l’aspect facultatif de l’enseignement de tamazight à l’école.
«Le verrou qu’il faut faire sauter est l’aspect facultatif de l’enseignement de tamazight. Il faut débattre davantage de la nécessité d’amender la loi d’orientation de l’Education nationale. Cette loi doit s’adapter aux données de la Constitution de 2016 qui a élevé tamazight au rang de langue nationale et officielle», a-t-il déclaré au début de l’été, en marge d’une réunion préparatoire du forum de formation des enseignants de tamazight de la wilaya d’Alger. Tout semble indiquer que le ministère de l’Education nationale, et donc le gouvernement, ne semble pas encore prêt à réviser cette loi, alors que l’Académie de tamazight a perdu de sa visibilité durant ces derniers mois sans que l’on sache sur quels dossiers travaillent ses membres.

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