Lundi dernier, l’Education nationale a été perturbée par une grève surprise des enseignants du primaire. Ce mouvement de débrayage a eu un impact différent en fonction des régions, selon les bilans avancés par les directions locales du secteur.

Ainsi dans les wilayas de l’Est, pour lesquelles des chiffres officiels ont été fournis, le taux de suivi a varié de 2 à plus de 51%. A Constantine, par exemple, l’adhésion à la cessation des cours a été de 37%, selon les informations recueillies par l’agence APS auprès des services de la direction locale de l’éducation. A Guelma, qui a connu une forte mobilisation, elle a été de 51,57% avec «1 440 enseignants grévistes sur un total de
2 780» en activité, selon les estimations locales. Pour les wilayas de l’Ouest, du Sud et des Hauts-Plateaux, les chiffres n’étaient pas disponibles jusqu’à hier, mais nos correspondants ont signalé des perturbations sans possibilité de les chiffrer correctement. Il n’en demeure pas moins que l’aspect inédit de cette journée de grève n’était pas dans le fait que des enseignants du primaire – dont certains travaillent dans des conditions pénibles- cessent le travail mais que leur mouvement ait pu avoir lieu en dehors des cadres de mobilisation traditionnels. Pour une fois, en effet, l’appel au débrayage dans tout le territoire national et pour l’ensemble des enseignants du primaire dans le pays n’est pas venu des syndicats du secteur. Aucun de ces collectifs n’a, en effet, publié un préavis ou un avis annonçant le recours à une journée d’interruption des cours et de colère contre le ministère de l’Education nationale pour des motifs socioprofessionnels. Tous ont été d’autant plus surpris que l’appel à la grève surprise ne portait aucune signature d’aucune organisation de la corporation. Anonyme, il a été de surcroît diffusé via Facebook avec l’effet de propagation et de «partage» qu’on devine. Pourquoi cette attitude ? La réponse est dans le témoignage des enseignants du primaire eux-mêmes. Certains parmi ceux qui ont été interrogés hier par nos soins à Alger décrivent une «véritable situation de crise marquée par la surcharge des effectifs» et de «mauvaises conditions d’enseignement», notamment. D’autres ne comprennent pas «pourquoi l’enseignant du primaire demeure toujours moins considéré que ses collègues du moyen et du secondaire en termes de statut et de rang d’emploi». Se disant moins bien payés et moins considérés, ils ne condamnent pas l’appel anonyme à la grève même si beaucoup ne l’ont pas rejointe. En filigrane, il pose la sérieuse question de la représentation et de la représentativité des syndicats du secteur auprès des enseignants du primaire. Dans la grève surprise de dimanche dernier, tous les syndicats de la place ont été débordés et bousculés comme s’ils étaient l’objet d’un «hirak» contestant leur légitimité et, donc, leur capacité à défendre les intérêts matériels et moraux de cette catégorie d’enseignants. Un phénomène qui n’a pas manqué de faire réagir certains collectifs et exprimer leur inquiétude. «Les revendications des enseignants du primaire sont légitimes. Mais, il est nécessaire de les encadrer. Ce genre d’appels anonymes rendent le mouvement syndical anarchique, voire illégitime», s’alarme Abdelouahab Lamri Zeggar. Pour le porte-parole de l’Unpef, c’est un signal auquel il s’agit de faire attention. Au mieux, il signale un désaveu des syndicats établis, au pire un divorce avec leurs directions et la recherche de formes d’organisation et de contestations plus radicales que celles observées depuis que les collectifs autonomes du secteur de l’Education nationale sont devenus des acteurs incontournables du champ syndical algérien. «Nous sommes inquiets. Ce genre d’appel anarchique engendre le désordre dans le secteur de l’éducation. Il ne sert aucune partie. Ni les enseignants ni le ministère ni le mouvement syndical», insiste le porte-parole de l’Unpef, qui craint même que les initiateurs de l’appel «ne soient pas du secteur de l’éducation». «Avec ce genre de grève, la force éducative et syndicale risque de déraper et de s’affaiblir», conclura-t-il, alors qu’il considère «légitimes» les revendications portées sur le terrain. «Il s’agit de demandes légitimes, dira M. Zegar, les enseignants du primaire veulent être dans la même catégorie que leurs collègues des autres paliers. Ils militent pour une diminution du volume horaire et cherchent la spécialisation dans les matières enseignées. Ils revendiquent également des adjoints éducatifs pour accompagner les élèves».