Regain de malaise à l’école ! Le secteur de l’Education nationale renoue avec les mouvements de protestation. Il ne s’agit pas d’une action légale, menée par des syndicats reconnus et agréés, mais d’une grève sans préavis ni tutelle.

Hier, plusieurs établissements scolaires du primaire ont fait grève. Des élèves ont été contraints de retourner chez eux dès la matinée. Et pour cause, des enseignants ont refusé de dispenser les cours répondant à un appel anonyme à une journée de grève lancé sur le réseau social Facebook.
D’après non sources, la grève a touché partiellement des écoles primaires dans plusieurs wilayas du pays, à l’image des wilayas d’Alger, Bouira, Blida, Tipasa, Boumerdès, Tizi Ouzou, Constantine, Guelma, Annaba, Batna… Les enseignants grévistes exigent du ministère de l’Education nationale les mêmes avantages et privilèges que leurs collègues des cycles moyen et secondaire. Autrement dit, ils demandent la séparation entre la mission de formation et celle de la surveillance et le suivi des écoliers pendant les récréations. Ils réclament le recrutement d’un personnel spécial pour cette mission comme cela se fait dans les CEM et lycées. En outre, les protestataires demandent une classification de l’enseignant primaire avec une hausse des salaires.
A noter que des enseignants ont organisé un rassemblement devant le siège du ministère de l’Education nationale à Alger pour demander la prise en charge de leurs revendications par la tutelle. Le sit-in auquel ont pris part quelques dizaines d’enseignants s’est déroulé sous les regards des services de sécurité qui se sont contentés d’organiser la circulation routière et de sécuriser l’entrée du ministère. Dans la wilaya de Bouira, des dizaines d’enseignants du primaire ont tenu un rassemblement au siège de la direction de l’Education nationale pour exiger une satisfaction urgente de leur plateforme de revendications. Des protestataires ont menacé de passer à des actions plus radicales au cours des prochains jours si le ministère de tutelle ne donne pas une réponse favorable à leurs doléances. Des groupes de discussions des enseignants du palier primaire ont été créés ces derniers jours sur le réseau social Facebook. Leur finalité, mobiliser le maximum possible d’enseignants en vue de mener de nouvelles actions de protestation.

Les syndicats se démarquent
Les syndicats de l’Education se sont tous démarqués de cette action qui s’est tenue sans casquette. « Nous n’avons pas été informés de cette action. Nous n’avons rien à voir avec cette action de protestation », a déclaré le chargé de communication du Cnapeste, Messaoud Boudiba. Il précise : « Des enseignants ont répondu à des appels anonymes sur les réseaux sociaux. » Interrogé sur le taux de suivi de cette action, il dira que son syndicat ne dispose pas encore de chiffres. «Nous n’avons pas de chiffres précis sur le taux de suivi de cette grève, mais nous pouvons dire qu’elle n’a pas été massivement suivie », précise-t-il, avant d’écarter la possibilité de soutenir cette démarche. « Nous avons nos propres méthodes de travail que nous respectons », affirme-t-il. A une question sur la légitimité des revendications exprimées par les protestataires, il dira que celles-ci sont légitimes aux yeux de son organisation syndicales. « Au Cnapeste, nous estimons que les revendications exprimées par les enseignants grévistes sont légitimes », note-t-il. Nous avons essayé en vain de joindre les autres organisations syndicales du secteur de l’Education nationale. Le ministère de l’Education nationale n’a pas réagi à cette grève qui risque de prendre de l’ampleur dans les prochains jours.

Amélioration du cadre de travail
A Tizi Ouzou, l’action des enseignants du cycle primaire de l’Education nationale a été suivie d’un sit-in devant la direction locale de l’éducation. L’amélioration de leur cadre de travail et l’instauration d’une égalité dans le classement catégoriel entre les enseignants des trois paliers de l’Education nationale, recrutés sur la base de la licence, figurent parmi les revendications défendues par les protestataires.
Venus de différentes localités de la wilaya, ces derniers ont répondu à un appel lancé sur les réseaux sociaux. Ils ont brandi des pancartes appelant à la «réhabilitation de l’enseignant du primaire» et à la prise en charge de ses préoccupations qui versent «dans l’intérêt de l’école et de l’élève ».
« L’enseignant du primaire est lésé sur tous les plans malgré la charge de travail qu’il accomplit au quotidien, car en plus des tâches pédagogiques, il doit assumer d’autres tâches d’accompagnement des élèves, à savoir surveiller les élèves pendant la récréation et à la cantine », nous explique-t-on. A ce propos, il serait judicieux, ajoute-t-on, de « procéder à la spécialisation afin d’alléger la charge de travail qui pèse sur l’enseignant qui se retrouve, parfois, contraint de dispenser pas moins de 11 matières. A cela s’ajoute le volume horaire dépassant les 30 heures/semaine qui doit être de ce fait révisé ».
Les protestataires ont, également, soulevé d’autres revendications ayant trait au côté pédagogique et à l’organisation du travail au sein des écoles, à l’instar de la surcharge des classes et le fait de dépendre de deux tutelles, la direction de l’éducation en tant qu’employés et les communes auxquelles incombe la gestion des écoles. Une dualité de sources de décision qui « ne facilite guère la tâche à l’enseignant qui est, chaque fois, balloté d’une tutelle à une autre pour la moindre réclamation », ont-ils déploré.

« Réhabilitation de l’enseignant du primaire »
Sur le problème de disparité dans le classement par catégorie, constatée entre les professeurs des trois cycles de l’Education nationale, les enseignants protestataires exigent l’application du décret présidentiel 14-266 du 28/9/2014, fixant la grille indiciaire des traitements et le régime de rémunération des fonctionnaires qui détermine le grade de professeur de l’école primaire à la catégorie 13 au lieu de 12.
Le directeur local de l’éducation, Laloui Ahmed, qui a reçu une délégation des protestataires en compagnie du chef de Cabinet du wali, a estimé que leurs doléances « sont légitimes et réelles », assurant y « travailler pour trouver des solutions » pour celles relevant de sa compétence. Le responsable local a, également, rappelé, à l’occasion, la création prochaine d’un office national de gestion des écoles primaires, qui prendra en charge les différents problèmes soulevés au niveau de ce palier de l’enseignement.
La rentrée scolaire au niveau de la wilaya a été, également, marquée cette année, par la fermeture de plusieurs écoles primaires par des parents d’élèves, réclamant de meilleures conditions pour la scolarisation de leurs enfants. Une situation qui a fait, pour rappel, l’objet de débats lors de la récente session de l’Assemblée populaire de wilaya (APW). Des orientations ont été données par le chef de l’exécutif local, Mahmoud Djamaâ, pour corriger les dysfonctionnements.