L’accident qui a coûté la vie à un élève dans une école à Bouandas près de Sétif, dimanche 6 octobre, a eu l’effet d’une onde de choc dans le pays et relancé le débat sur l’école algérienne. Et pour cause, il a provoqué un inquiétant déplacement de curseur des préoccupations de réformes et de modernisation du dispositif pédagogique mises en avant depuis le tournant de la décennie 2000, vers des questions d’accueil et de sécurité qu’on croyait réglées, mais qui sont loin de l’être, aussi bien dans les grandes villes du pays que dans ses campagnes, où le public scolaire, rapportent des témoins, font parfois face à des difficultés et des problèmes d’un autre âge.

Par Salim Benour et Leïla Zaimi
Ce renversement de situation a eu pour effet immédiat de dévoiler la faiblesse du mouvement associatif en milieu scolaire et la difficulté des associations de parents d’élèves à être en nombre suffisant pour intervenir auprès des chefs d’établissement et des enseignants pour trouver des solutions aux défaillances constatées. Selon l’Association nationale des parents d’élèves (ANPE), les collectifs associatifs de parents, présents dans les écoles, collèges et lycées d’Algérie, est réduit à une portion congrue, amputant le secteur d’un partenaire social capable d’apporter des solutions aux problèmes posés dans ces structures. Selon la vice-présidente de l’ANPE (lire entretien), la faiblesse du nombre d’associations de parents d’élèves résulte de deux phénomènes, la défiance des chefs et responsables d’établissement vis-à-vis des initiatives associatives et leur emploi à décourager toute entreprise dans ce sens, les rendant plus difficiles à concrétiser. Un effet de découragement qu’un syndicaliste explique par le regard de « tout responsable sur l’action associative » qui y voit, non pas une opportunité d’échange et de soutien mais une « source de problèmes ». Les lanceurs d’alerte, car c’est aussi cela le travail des associations de parents d’élèves, n’ont pas bonne presse non plus en milieu scolaire et éducatif. Il a fallu la mort d’un enfant dans un accident à l’intérieur d’un établissement pour qu’on recommence sérieusement à parler des difficultés cachées de l’Ecole algérienne et à pointer les conséquences de la faiblesse du tissu associatif dans le secteur. Parmi elles, l’absence d’une voix audible pour défendre les intérêts matériels et moraux des élèves et de leurs parents, alors qu’ils sont au cœur même des enjeux de l’éducation nationale. Jusqu’à présent, ce sont les syndicats enseignants et des personnels du secteur qui se sont chargés, par leurs discours sur leurs réalités socio-professionnelles et par leurs actions, de faire entendre cette voix et, par ricochet, à souligner l’importance des associations.
Ecole, un portrait aux antipodes de l’esprit des réformes
Dans un entretien avec Reporters à l’occasion de la Journée mondiale de l’enseignant, le syndicaliste Meziane Meriane, coordinateur national du Snapest, partage le « constat d’un champ associatif faible » en milieu scolaire et insiste aussi sur « le statut toujours dévalorisé de l’enseignant » qui « ne travaille pas dans de bonnes conditions » et « subit les défaillances de l’administration ».
Il dresse de la situation générale un portrait qu’on aimerait voir plus souvent pour « poser les vrais problèmes», nous dira-t-il. «Le problème de la surcharge d’effectifs se pose toujours avec une gravité qui diffère d’une région à une autre. Le manque d’enseignants faute de postes budgétaires demeure important aussi et l’on se retrouve à caser les élèves ici et là selon les moyens et les combinaisons possibles», poursuit-il. « Le livre scolaire n’est pas non plus disponible dans certains établissements scolaires. Et là, je ne comprends pas pourquoi, on ne distribue pas les manuels avant la rentrée scolaire. Pourquoi attend-on la rentrée pour faire les choses dans le désordre ? », s’interroge le coordinateur du Snapest, en estimant que dans ce domaine, syndicats et associations peuvent être d’un « grand appui » aux chefs d’établissement.
Autre volet où la mutualisation des atouts et des efforts des acteurs syndicaux et associatifs peut servir à résoudre les difficultés, celui de militer pour l’aménagement des programmes pédagogiques dans le Sud : « A cause des conditions climatiques, nous avons toujours demandé des horaires aménagés et adaptés au bon exercice pédagogique. Au mois de septembre, des élèves ont connu des températures de 50° et nous plaidons depuis longtemps pour un programme spécial pour les élèves et les enseignants du Sud ».
« Syndicats et associations, affirme-t-il, peuvent également s’unir dans la lutte contre les phénomènes de violence en milieu scolaire». «La violence est d’abord un phénomène social. La question que nous devons nous poser est pourquoi elle gagne l’établissement scolaire.
Une des meilleures réponses possibles à notre avis est de l’endiguer par la discipline scolaire qu’il faut rétablir là où elle n’existe pas en associant l’administration, les syndicats et les parents d’élèves ».