Des annonces sur orientation du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, et des «acquis» pour la famille de l’éducation nationale. Nouria Benghebrit est-elle parvenue à contenir dans l’œuf la contestation en s’assurant la poursuite du programme scolaire dans la sérénité ? Pas si sûr.

En effet, la ministre de l’Education nationale n’a pas fait que des heureux à l’occasion de la réunion tenue jeudi dernier au siège de son département. Des syndicats du secteur regroupés au sein d’une coordination et qui avaient prévu de se réunir autour de Mme Benghebrit étaient surpris par « un chargement de programme », se retrouvant dans une rencontre d’annonces. Cette rencontre a permis d’informer le partenaire social d’une série d’instructions ministérielles données « sur orientation du président de la République Abdelaziz Bouteflika », a déclaré la ministre dans un point de presse, à savoir de nouvelles mesures pour le dossier de promotion du personnel et l’application du décret présidentiel promulgué en 2014 qui touchera 8 filières du secteur ainsi que 21 corps sur un total de 28, et 26 grades sur 46.
La ministre précisera que ces procédures relatives au dossier de la promotion « ont été prises en dépit de la crise, en consécration du principe de l’attachement à la politique de la solidarité nationale et à la justice sociale ». La ministre de tutelle, qualifiant les nouvelles procédures relatives au dossier de la promotion d’« importantes », a souligné qu’il sera procédé durant 2018 et 2019 à la même modalité de promotion suivie durant les années 2015, 2016 et 2017. La nouvelle procédure permettra à la commission installée au niveau du ministère composée de représentants des partenaires sociaux, de veiller sur la transition de la promotion « sociale » au mérite pédagogique.
Quant à la deuxième mesure, il s’agit de « l’application du décret présidentiel promulgué en 2014 qui touchera 8 filières du secteur ainsi que 21 corps sur un total de 28, et 26 grades sur 46 ». L’ensemble de ces mesures sont aux yeux de Nouria Benghebrit « un acquis collectif à même de pallier certains dysfonctionnements au niveau du secteur ». Pourtant, ce n’est pas l’avis de tous les syndicats dont ceux ayant été déçus de voir leur rendez-vous pris il y a des semaines se transformer en « un coup médiatique », pour reprendre les propos de Boualem Amoura. Ce dernier, secrétaire général du Satef, estime que le département de Nouria Benghebrit cherche à « éloigner les syndicats et les travailleurs du secteur des vraies questions, notamment la promulgation du statut particulier ». « Les travaux de la commission ayant apporté des correctifs à l’actuel texte sont terminés et nous attendons la publication de la mouture finale », rappelle-t-il.

« Acquis »

De plus, avertit le SG du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef), « ces nouvelles mesures vont créer des divisions au sein des différentes catégories de travailleurs », à l’exemple des enseignants du cycle moyen qui vont certainement monter au créneau pour réclamer des dispositions similaires. M. Amoura explique que pour des « raisons d’éthiques, il était inconcevable de prendre part à une réunion qui était la nôtre, mais transformée en dernière minute à une rencontre avec effet médiatique ». Ainsi, les cinq syndicats constitués en coordination et qui avaient entamé une grève cyclique de deux jours, se sont tout simplement retirés et ont quitté le département ministériel, malgré « les appels à la raison » du chef de cabinet de Mme Benghebrit. Il s’agit des syndicats Satef, Unpef, Snapest, Cla et SNTE.
Quant à ceux qui ont participé à la réunion, le Cnapeste, le FNTE relevant du Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (Snapap), le Syndicat national des corps communs et ouvriers professionnels de l’éducation nationale (SNCCOPEN) et le Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement primaire (SNAPEP), conviés à se joindre au rendez-vous programmé initialement avec la coordination des cinq autres syndicats, ils ont exprimé leur satisfecit.
Salim Oualha, coordonnateur national du Cnapeste, précisant que la rencontre « n’était pas  programmée au préalable » a porté sur l’annonce des nouvelles mesures dans différents domaines et plusieurs résultats dont le dossier de promotion. Ce dossier « sera mis en œuvre par décision du président de la République durant 2018 et 2019, au même titre que les trois dernières années », a encore soutenu Oualha, ajoutant que « 45 000 promotions annuelles » ont été enregistrées durant les deux dernières années.

Promotions

Le coordinateur du Cnapeste n’a pas manqué de saluer par ailleurs « la mise en œuvre du décret présidentiel relatif à la promotion des enseignants du primaire de la catégorie 11 à 12 ». Mais, le point sur lequel Oualha n’a pas réagi est celui relatif au statut du directeur d’établissement que son Syndicat a toujours refusé qu’il soit supérieur à celui de l’enseignant formateur. La ministre a relevé à l’occasion que « le statut du directeur d’établissement éducatif ayant le même grade que l’enseignant formateur et l’inspecteur d’éducation dont les rôles seront valorisés en termes de prérogatives ». Le Cnapeste qui avait annoncé une grève de deux jours à partir de ce 9 avril, va-t-il se contenter de ces annonces et revenir sur sa décision ? Rien n’est encore sûr. Tout dépendra aussi de « l’évaluation » du nouvel accord conclut le 3 avril dernier entre les deux parties et soumis à la base.  « Nous soutenons l’intérêt du personnel du secteur », a souligné à ce propos Oualha.

Risque d’un nouveau front
Et c’est sur le même optimisme que Mme Benghebrit a enchaîné, indiquant que la mise en œuvre de ces procédures «permettra de restaurer la stabilité au secteur et de consacrer la dignité de plusieurs catégories». « Nous visons une école ouverte et de qualité en s’appuyant sur une politique de formation qui concerne toutes les catégories », a-t-elle poursuivi, non sans éluder le boycott des cinq autres syndicats. Pour elle, « il s’agit d’un malentendu » après que les concernés aient appris que la réunion était pour l’annonce des nouvelles mesures et non pas une séance de dialogue pour débattre de certaines revendications. Sur ce, elle dira que le ministère « ne cède pas à la surenchère ». Mais, d’ores et déjà ses propos n’ont pas été bien digérés par la coordination syndicale. « Il est tout à fait attendu qu’après ce désengagement, nous n’allons pas rester les bras croisés. Le combat continuera et nous allons nous réunir pour décider des suites à donner à notre mouvement », nous dira Boualem Amoura, insistant sur le fait que « le combat allait se poursuivre sur le terrain ».