Par AZIZ LATRECHE ET MERIEM KACI
Le secteur de l’Education nationale évolue visiblement à deux vitesses, concertations par-ci et débrayages par-là. Ce qui n’est pas rassurant en dépit du retour au dialogue à la faveur de la désignation de M. Ouadjaout à la tête du secteur en remplacement de Belabed.
Il n’a pas fallu plus de 24 heures, après le premier round de concertation entre M. Ouadjaout et des organisations syndicales, pour enregistrer une nouvelle action de protestation menée par la Coordination des enseignants du cycle du primaire.
Côté concertation, les syndicats du secteur de l’éducation se sont entendus avec le ministère de procéder à des rencontres bilatérales pour débattre des différents problèmes qui enveniment la situation dans ce secteur, qui peine malheureusement à asseoir un climat de sérénité de façon à permettre de s’attaquer davantage aux questions d’ordre pédagogique. Car pour le moment, ce sont les préoccupations socioprofessionnelles qui prédominent les débats.
En tout état de cause, et après un tour de table avec les représentations syndicales du secteur, il a été convenu d’un calendrier à établir pour entamer un cycle de rencontres bilatérales entre la tutelle et chaque organisation.
«Un calendrier sera établi incessamment pour permettre des rencontres bilatérales entre les cadres du ministère et des membres
des bureaux nationaux des syndicats concernés pour débattre des lourds dossiers de ce secteur», a affirmé Meziane Meriane, le coordinateur national du Syndicat national des professeurs de l’enseignement supérieur et technique (Snapest).
A la question de savoir si cette rencontre a été fructueuse ou non, Meziane Meriane a souligné que «c’est le terrain qui répondra à cette question», avant d’ajouter que les dossiers qui attendent d’être traités dans le domaine de l’Education concernent globalement «l’avancement des promotions internes, la réduction de la taxe IRG au profit des travailleurs, le dossier des œuvres sociales, ainsi que le dossier de la retraite».

Un cycle de rencontres bilatérales en vue
La réunion d’avant-hier, qui s’est tenue en fin d’après-midi, a connu la participation de 13 syndicats du secteur de l’Education, à l’instar du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire (Cnapeste) ainsi que l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef).
Au début, il était question de la participation d’une quinzaine de syndicats qui représentent l’ensemble du personnel du secteur au moment où le Conseil des lycées d’Algérie (CLA) avait rendu publique sa décision de boycotter le rendez-vous. Le Syndicat autonome des travailleurs de l`éducation et de la formation (Satef) a, lui aussi, opté pour la chaise vide. Contacté hier par nos soins, Boualem Amoura, le secrétaire général du Satef, a expliqué que l’absence de son syndicat à cette réunion était due au fait qu’«il ne donnait pas d’importance à ce genre de réunion protocolaire». Néanmoins, «nous serons présents durant les réunions bilatérales qui vont débattre des véritables dossiers du secteur», a-t-il relevé. Evoquant d’autres raisons, il parle aussi de «reproches» à l’égard de «certains syndicats présents qui ont soutenu le scénario d’un cinquième mandat pour l’ancien président Abdelaziz Bouteflika».

Grève et sit-in des enseignants du primaire
Côté contestation, la paralysie dans des établissements scolaires relevant du cycle primaire, à l’appel de la Coordination nationale des enseignants du primaire persiste. Un débrayage qui a été accompagné par des rassemblements devant les directions de l’Education et devant le siège de tutelle à Alger. Le débrayage a été « massivement suivi» d’après le coordinateur de ladite coordination, Bachir Kiouas, qui estime à 60% le taux de suivi. Ce dernier dénonce «le harcèlement et les représailles» que subissent les enseignants grévistes. « Notre coordinateur à Bouira a été convoqué par une commission paritaire, sous prétexte d’une absence de trois jours qui n’a pas eu lieu», dénonce notre interlocuteur.
Cet épisode, poursuit M. Kiouas, s’est reproduit avec notre coordinateur à Ouargla et un autre à Tissemsilt.
La coordination, qui a été reçue à maintes reprises sous Belabed, est disposée à poursuivre le dialogue avec Ouadjaout, même si la tutelle ne les a pas conviés à la rencontre de concertation qui a eu lieu lundi dernier entre la tutelle et son partenaire social. «L’acception de dialogue, explique le coordinateur, est conjuguée à la bonne volonté politique de la tutelle à répondre par la positive aux doléances qui lui sont soulevées».
Les enseignants du primaire ont, en octobre dernier, organisé une action surprise, avant que leurs actions et revendications ne soient portées par deux syndicats du corps enseignant alors qu’ils s’étaient au départ démarqués du débrayage.
Les principales revendications sont à caractère socioprofessionnel. Les enseignants du primaire réclament la modification du statut particulier, de sorte à reclasser les enseignants du secondaire, du moyen et du primaire au même grade de base, l’application du décret présidentiel 266-14 avec effet rétroactif et la création de nouveaux grades d’enseignants pour les matières scientifiques, littéraires et l’éducation physique, ainsi que la diminution du volume horaire.
Les enseignants demandent également la restitution du droit à la retraite anticipée et sans condition d’âge, la régularisation de la situation des enseignants formés après le 3 juin 2012, afin de leur permettre de bénéficier des différentes promotions et enfin la révision des programmes pédagogiques pour, notamment, alléger le poids des cartables. «On veut aller vers «une Ecole de qualité qui ne peut avoir lieu avec la contractualisation», ajoute M. Kiouas, estimant que «les contractuels sont doublement exploités et marginalisés».
Au rassemblement observé à Alger par des enseignants, venus de plusieurs wilayas, les représentants des enseignants ont affirmé que les syndicats du secteur, qui ont rencontré le ministre, mardi, «ne les représentent pas», exigeant qu’ils soient, eux aussi, reçus par le ministre pour présenter la plateforme de leurs revendications.
«Nous allons reprendre notre mouvement de protestation lundi de manière périodique», ont-ils déclaré, brandissant la menace d’une
«grève générale illimitée si la tutelle ne répond pas à leurs revendications».