La ministre de l’Education nationale Nouria Benghebrit a répondu, hier, aux syndicats de l’Education qui comptent débrayer les 26 et 27 février, en affirmant que « certaines revendications des syndicats ne relèvent pas des compétences de son département. La nature de la demande syndicale a changé. Les syndicats évoquent la loi sur la retraite, l’augmentation des salaires et la hausse du niveau de vie, qui ne relèvent pas de la compétence du ministère de l’Education nationale », a-t-elle tranché.

Par Meriem Kaci et Wafia Sifouane
Une déclaration qui n’a pas laissé de marbre les syndicats autonomes de l’Education qui ont exprimé, hier, « leur étonnement et leur désarroi » à l’égard du « revirement » de la ministre de l’Education Nouria Benghebrit. Elle est en train de « fuir ses responsabilités », estime-t-on dans le milieu syndical, après l’entretien qu’elle a accordé, hier, à notre confrère « l’Expression », affirmant que « la nature de la demande syndicale a changé » et « par conséquent, les revendications socioprofessionnelles n’auront plus, à terme, leur raison d’être ou ne seront plus aussi déterminantes ». «On est un syndicat sectoriel qui dépend du ministère de l’Education », a répliqué le porte-parole de l’Union nationale des personnels de l’Education et de la Formation (Unpef), Abdelouah Lamrizegar. Théoriquement, ajoute notre interlocuteur, « il est du ressort de la ministre de l’Education de communiquer et de faire parvenir toutes les revendications légitimes au gouvernement et les défendre », souligne-t-il, considérant que « dans le cas où la ministre se démarque de toute responsabilité, cela veut dire qu’elle fuit ses missions ou qu’elle ne s’intéresse pas à la stabilité du secteur ».
De son côté, le secrétaire général du Conseil des enseignants des lycées d’Algérie (Cela), Idir Achour, relèvera que la ministre « a promis d’aller négocier avec le gouvernement et exprimé sa disposition à traiter tous les dossiers en suspens dans la plateforme de revendications soulevées», mais qu’« elle ne l’a pas fait ».
Les six syndicats regroupés dans l’Intersyndicale de la Fonction publique revendiquent, entre autres, le rétablissement de la retraite anticipée qu’ils considèrent comme acquis social, l’augmentation des salaires et la hausse du niveau de vie, ainsi que la révision du statut des fonctionnaires. « Nous attendons une réponse de la ministre qui nous a promis d’aller voir le chef du gouvernement », insiste M. Achour. « On pourrait aller à la radicalisation du mouvement syndical, parce que seul ce type d’action pourra faire valoir notre plateforme de revendications », prévient notre interlocuteur. A noter que Nouria Benghebrit a déclaré que le dialogue « permanent » engagé avec l’ensemble des partenaires du secteur, dont les syndicats, a permis de « réduire considérablement » le nombre de jours de grève ces cinq dernières années, considérant que la tutelle doit fournir encore des efforts pour prendre en charge les doléances des syndicats. « Certes, les jours de grève ont vraiment été réduits, mais cela ne veut pas dire que le secteur restera stable si le ministère ne fait pas d’effort pour résoudre et satisfaire les doléances soulevées par son partenaire social », a déclaré la ministre, soulignant que l’Intersyndicale « a déposé un préavis de grève pour les 26 et 27 février prochains ».
Le Cnapeste s’explique sur sa participation au prochain débrayage
Sur un autre plan, après avoir brillé par sa défection à la première action de débrayage de l’année, le 21 janvier dernier, initiée par l’Intersyndicale du secteur de l’Education nationale, le Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste) a confirmé sa participation pour la seconde action de l’Intersyndicale, qui prévoit une grève nationale de deux jours, les 25 et 26 février prochains.
En effet, après avoir suscité l’incompréhension des observateurs du secteur de l’éducation par son silence, le Cnapeste a tenu à apporter quelques précisions et affirmé son soutien indéfectible à l’Intersyndicale de l’Education nationale.
«Nous nous considérons comme un membre essentiel de l’Intersyndicale. Si nous n’avons pas pris part à la grève du 21 janvier, c’est à cause du manque de temps, la date décidée par l’ensemble des syndicats ne nous permettait pas d’enclencher le mécanisme du travail syndical à temps, car on ne peut envisager une telle action sans avoir tenu le conseil national du Cnapeste au préalable», a indiqué Messaoud Boudiba, porte-parole du syndicat.
Considéré comme l’un des syndicats les plus importants du secteur de l’Education, le Cnapeste a, rappelons-le, eu de nombreux bras de fer avec la tutelle. Le dernier en date s’est d’ailleurs soldé par une grève de plus de trois mois dans quatre wilayas en 2018. Aujourd’hui, et après l’échec cuisant qu’a endossé l’Intersyndicale le 21 janvier dernier en réalisant un faible taux de participation à la grève, l’action prévue les 25 et 26 février promet de réaliser un meilleur score.
De son côté, Kamel Nouari, activiste dans le secteur de l’Education, a indiqué que la participation du Cnapeste à la prochaine action de protestation de l’Intersyndicale n’est pas fortuite, mais survient suite à une longue négociation entre le syndicat et les autres membres de l’Intersyndicale pour l’adoption d’une revendication relative à la différenciation entre les trois paliers de l’Education dans la classification de la grille salariale.
Le Cnapeste, qui n’a pas démenti cette information, a indiqué qu’il s’agit bien de sa propre revendication, mais que le reste des syndicats membres de l’Intersyndicale ont adopté à l’unanimité. «Il s’agit certes d’une revendication du Cnapeste, mais sur laquelle l’ensemble des syndicats se sont mis d’accord. Nous n’avons fait qu’enrichir la plateforme de revendications», a précisé M. Boudiba. Notre interlocuteur a déploré l’absence de réaction de la tutelle, en soulignant que cela risquerait de pousser les syndicats à «radicaliser» leur mouvement de protestation. «Pour l’instant, nous sommes dans l’attente mais nous avons un calendrier d’actions bien établi que nous allons mettre à exécution jusqu’à satisfaction de l’ensemble de nos revendications», a-t-il indiqué.