Même dans un contexte d’urgence sanitaire, il n’a pas fallu plus d’un mois depuis la reprise des cours pour voir le secteur de l’Education renouer avec les actions de protestation à l’appel de deux syndicats d’enseignants qui veulent presser les autorités publiques à l’effet de mettre à la disposition des établissements les moyens nécessaires de prévention contre la pandémie, une revendication de conjoncture accompagnée par d’anciennes doléances socioprofessionnelles.

Et si l’Intersyndicale a décidé, durant le week-end, de surseoir à son intention de grève suite à la décision du ministère de l’Education d’accorder une enveloppe «exceptionnelle» aux écoles en réponse aux doléances exprimées dans ce sens, l’Unpef a préféré jouer en solo en appelant à un débrayage demain dans les trois paliers. Une démarche similaire a été également retenue par la Coordination nationale des enseignants du cycle primaire qui annonce une journée de grève lundi prochain.
L’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef) a opté donc pour «une journée nationale de grève» motivée par «l’incapacité» des collectivités locales à garantir les moyens de préventions sanitaires. «Au moment où nous attendions des solutions efficaces de la part des pouvoirs publics, nous sommes surpris par les déclarations du ministre de la Santé, qui impute la responsabilité aux travailleurs de l’éducation dans la transmission du virus de la Covid-19 à partir des cafés», lit-on dans le communiqué de l’Unpef.
Dans ce contexte de crise sanitaire, l’Unpef dit réitérer son appel à l’application du protocole sanitaire pour protéger les fonctionnaires du secteur, tout en dénonçant le «manque flagrant» de moyens humains et matériels, notamment au niveau du cycle primaire. L’organisation syndicale demande, à ce propos, de dissocier les écoles primaires de la gestion des Assemblées populaires locales et d’accorder une aide financière pour la gestion des collèges et lycées afin de freiner la propagation du coronavirus dans les établissements. Le syndicat réclame à cet effet l’activation du dossier de la médecine du travail pour mener une enquête épidémiologique dans le secteur de l’éducation concernant la Covid-19 et revoir les lois sur la protection sociale des éducateurs. Il exige, par ailleurs, de réviser le calendrier hebdomadaire des trois cycles en réduisant le nombre de séances de cours et en gardant le samedi comme jour de repos, mettant en garde quant aux conséquences de la politique de la «sourde oreille» adoptée par la tutelle vis-à-vis des revendications «légitimes» de la communauté éducative.
Pour sa part, la Coordination nationale des enseignants du primaire appelle à une grève nationale lundi 30 novembre, avec l’objectif de «déplorer le mutisme» de la tutelle qu’elle accuse de «fuir ses responsabilités et de ne pas tenir ses engagements». La coordination, qui dit constater «l’absence totale» du protocole sanitaire, estime «impossible» de le mettre à exécution dans les écoles notamment celles relevant des zones d’ombre. Aussi, le syndicat regrette de ne pas prendre en charge les fonctionnaires du secteur atteints de coronavirus et réclame des tests (PCR et sérologiques) et des soins gratuits au profit des élèves et des enseignants.
Les enseignants du primaire regrettent également qu’aucune mesure ne soit prise au profit des enseignants souffrant de maladies chroniques et enseignantes en état de grossesse qui continuent de dispenser des cours en ce temps de crise sanitaire.
Moyens de prévention, les syndicats en attente de concret
La situation épidémiologique continue d’alimenter les craintes et appréhensions de la communauté éducative. Parents d’élèves et syndicats d’enseignants, bien que convaincus de la nécessité de maintenir les écoles ouvertes, s’inquiètent toutefois de la santé du personnel enseignant, administratif et des élèves.
Ils disent, en effet, attendre à ce que les moyens de prévention annoncés par la tutelle soient mis à la disposition des établissements, regrettant le temps perdu et le manque d’anticipation chez les directions de wilaya qui auraient pu, estime-t-on, y remédier pendant la longue période de suspension des cours à cause de la pandémie. Pour eux, «le manque flagrant» dans les moyens de lutte contre le coronavirus, constaté au lancement de la rentrée scolaire, continue d’être soulevé dans l’ensemble du territoire national. Le président de l’Organisation nationale des parents d’élèves, Ali Benzina, reproche au ministère de l’Education nationale son «inertie», dans le sens où, dira-t-il, il «n’a pas exploité» les premiers mois de la crise sanitaire pour l’élaboration d’un protocole sanitaire et identifier les moyens de le concrétiser par la suite.
«La tutelle a perdu du temps pour assurer une rentrée dans les meilleurs délais et dans de bonnes conditions sanitaires et pédagogiques», souligne le président de l’ONPE. Plus explicite, il indique que la tutelle a alloué une aide financière au profit des établissements il y a «quelques jours de ça, alors que nombre de syndicats ont crié depuis le début de l’année scolaire au manque de moyens de prévention sanitaire».
Après donc avoir appelé à la fermeture immédiate des écoles, le président de l’ONPE change de discours en se déclarant «contre la fermeture des écoles ou la suspension des cours, non sans exprimer son «sentiment d’incertitude sur la situation épidémiologique et des risques de sa propagation dans le milieu scolaire». Ce dernier évoque une autre «faille» dans la gestion des établissements. «La rentrée scolaire a eu lieu le 21 octobre pour le primaire et le 4 novembre pour les cycles moyen et secondaire, mais ce n’est que la semaine dernière que le ministère de l’Education a dévoilé les plans exceptionnels de la programmation des cours et mis en place quelques changements aux programmes d’enseignement des trois cycles afin de réduire le risque de contamination», ajoute Ali Benzina. Pour sa part, le président de l’Association nationale des parents d’élèves (Anepa) Khaled Ahmed estime que l’action de la tutelle est de nature à «rassurer» la communauté éducative davantage. «Cette enveloppe financière va permettre d’acquérir les moyens de protection contre le coronavirus à l’image des détecteurs thermiques, de solutions hydro-alcooliques, de masques de protection et de désinfectants», dit-il. Ce dernier critique les voix appelant à la fermeture des écoles. «La pandémie risque de durer dans le monde et il est insensé de confiner les élèves et de les priver de leur droit à la scolarité», poursuit Khaled Ahmed.
Estimant que la fermeture des écoles est «improbable à l’heure actuelle», le porte-parole du Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste), Messaoud Boudiba, recommande de son côté de mettre en place des «cellules participatives composées d’éléments de la santé publique, de l’éducation et de l’intérieur dans chaque établissement scolaire». Ces cellules assureront la «fluidité de l’information, le contrôle et le dépistage». C’est ainsi qu’«on parviendra à rassurer la communauté éducative prise de panique et nous permettre, en parallèle, d’avoir une vision plus claire sur la situation dans les établissements scolaires».
Messaoud Boudiba reconnaît toutefois qu’il ne sera pas aisé de «dissiper le doute et la peur» de la communauté éducative, avec la hausse considérable des cas de contaminations à la Covid-19 qu’il renvoie au «laxisme» des citoyens dans l’observation des gestes barrières. <