Après la décision du Cnapeste, mardi dernier, d’abandonner son mot d’ordre de grève et d’appeler ses adhérents à la reprise des cours, l’ambiance dans le secteur de l’Education nationale est au rattrapage général, en particulier dans les régions où le débrayage du syndicat des enseignants s’est fait le plus ressentir, à l’exemple de Bejaïa et Blida, des wilayas où les élèves ont été soumis durant plusieurs semaines à un congé scolaire forcé.

Le bilan du mouvement, lui, est forcément négatif pour les protagonistes : la ministre, Nouria Benghebrit, sera obligée de s’asseoir, cette semaine, à la table de négociations avec un syndicat qui n’a jamais voulu entendre ses appels au dialogue, le Cnapeste n’a pas obtenu ce qu’il réclamait, à moins que les parties qui ont mené secrètement la médiation qui a conduit au retour en classe se soient engagées dans ce sens, et, enfin, les élèves qui doivent se soumettre au fait accompli et accepter «d’avaler» en un temps record les leçons non dispensées lors des longues semaines d’arrêt des cours. Plus que mauvais, le bilan est inquiétant.
La reprise des cours par les enseignants du Cnapeste rend caduque la décision de justice proclamant leur grève «illégale». Pour preuve, les directeurs de l’éducation ont été instruits de «faciliter la réintégration des enseignants» frappés par la mesure de radiation. Dans son communiqué, en effet, «le ministère de l’Education nationale a instruit tous les directeurs de l’éducation de faciliter la réintégration dans leurs établissement de tous les enseignants grévistes, auxquels n’a pas encore été notifiée leur radiation, y compris les enseignants grévistes ayant déposé leurs recours après notification de leur radiation». Le texte trahit un accord tout en subtilité et nuances, mais dont le sens n’est rien d’autre que : «Tout le monde est pardonné, tous en classe !». Pour confirmer celà, on lit dans le même communiqué que «pour les enseignants radiés n’ayant pas encore déposé leurs recours, des instructions ont été données aux chefs d’établissement pour leur faciliter les dépôts de recours et leur réintégration immédiate».
Les parent d’élèves, espèrent «que la procédure sera rapide parce que trop de temps a été perdu et personne n’a imaginé que le Cnapeste, qui a été radical jusqu’au bout, pouvait arrêter la grève sans la levée des sanctions de radiation qui ont touché certains de ses adhérents», selon l’un d’eux. Il n’a pas tort et il n’est pas sûr que demain, dimanche, le syndicat et le ministère de l’Education trouveront du temps à débattre de ce point, sachant encore une fois que l’atmosphère dominante est à l’apaisement et «l’oubli des semaines de guerre» que les deux parties se sont livrée avant qu’une «autorité supérieure» n’intervienne pour ramener le calme sous le préau.

Des examens de fin d’année uniquement sur les leçons dispensées
Ce qui est sûr, en revanche, est que cette année, qui rappelle celles passées par les ministres Baba Ahmed et, bien avant, Benbouzid, verra le retour de l’exception et de l’application du principe du «seuil», la fameuse «‘ataba», obligeant le département de Benghebrit à faire concourir les élèves des classes d’examen sur la base du seul programmé enseigné, ce qui n’est pas prévu par le calendrier pédagogique habituel. Cette réalité, c’est le conseiller du ministère de l’Education, Mohamed Chaïb Draâ qui l’a admise jeudi dernier lors de son passage dans «L’invité de la rédaction» de la Chaîne III. M. Chaïb Draâ a précisé que les élèves en classes d’examen, notamment de terminale, seront naturellement testés sur les connaissances qu’ils auront acquises seulement. Il a indiqué que la ministre «a répondu à toutes les revendications du Cnapeste», ajoutant que «90% de ces revendications ont été déjà prises en charge, notamment celles des wilayas de Blida et Béjaïa où le mouvement de grève avait commencé». Il a rappelé, dans ce sens, la décision du ministère d’envoyer dans ces deux wilayas des commissions composées de représentants de la tutelle et du Cnapeste, pour tenter de résoudre les problèmes qui s’y posent. M. Chaïb Draâ a indiqué, par ailleurs, qu’une autre rencontre entre le ministère et l’ensemble des partenaires sociaux aura lieu le 7 mars prochain pour «discuter notamment des ratios permettant la promotion de professeur à professeur principal et de professeur principal à professeur formateur», une revendication des collectifs qui ont débrayé les 21 et 22 février passé.